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Trans

Couverture du livre Trans

Auteur : Pavel Hak

Date de saisie : 06/11/2006

Genre : Romans et nouvelles - français

Editeur : Seuil, Paris, France

Collection : Fiction et Cie

Prix : 15.90 € / 104.30 F

ISBN : 978-2-02-084252-5

GENCOD : 9782020842525


  • La dédicace de l'auteur

Mon roman, Trans, commence par la description d'un État totalitaire où les personnages sont dans une situation de survie. Ces personnages veulent s'échapper de ce pays. Voilà le début. Ensuite, démarre cette sorte d'aventure où ils se sont engagés par ces choix-là. Les personnages sont, comme je l'ai dit, dans une situation de survie, et c'est une sorte de nécessité, au départ. Je pense que c'est la chose la plus importante à comprendre. C'est la nécessité qui détermine, d'une certaine manière, ces personnages-là. Ce n'est pas seulement le désir. C'est le pouvoir totalitaire qui les met dans cette situation de famine, de combat pour la vie. Mais ensuite, dès qu'ils quittent ce pays, ils se confrontent, d'une certaine manière, à toute une série de dispositifs de pouvoir qui sont, au fond, tout autant destructeurs, que ce soit le réseau de passeurs, le chantier, le bureau de police ou le centre de rétention. Tout cela représente les dispositifs de pouvoir, qui ont une très forte tendance à traiter les individus comme une sorte de masse excédentaire, en déshumanisant ces gens. C'est peut-être cela qui représente un des axes de ce roman, cette sorte de combat pour la vie : la déshumanisation exercée par les divers dispositifs de pouvoir, et ce combat des individus concrets en chair et en os pour affirmer leur humanité. Je souhaite à tous bonne lecture.

(Propos recueillis par téléphone)



  • La présentation de l'éditeur

Cela commence dans un pays d'Asie indéfini, vaste morgue gelée dont Wu Tse veut s'échapper. Il y parvient, travaille dans un chantier pour réunir l'argent nécessaire à son passage vers un pays riche. Piégé par un habile entrepreneur, il fait la rencontre d'une jeune femme, la belle Kwan, avec qui il monte un coup pour payer un départ accéléré. Mais le cargo prend l'eau. Wu Tse échoue sur une côte africaine, trouve sur sa route un médecin fou, une équipe scientifique, une tribu anthropophage. Au terme de ses tribulations, il aboutit dans un aéroport occidental. Arrêté à la douane, placé en centre de rétention, il réussit à s'évader. Dans les docks d'un port, il recherche Kwan, petite lueur à l'horizon.

Une fresque époustouflante sur les nouvelles réalités du monde actuel ou à venir, avec ses tyrannies ultra-sécuritaires, ses flux migratoires, ses clandestins, son exploitation des corps, ses trafics, ses corruptions, ses épidémies, ses virus. Le roman n'est jamais aussi réaliste que lorsqu'il se permet d'être visionnaire.


Pavel Hak est né en 1962 en Bohême. Il est l'auteur de trois livres, tous publiés chez Tristram, Safari (roman, 2001), Sniper (roman, 2002) et Lutte à mort (théâtre, 2004).



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  • La revue de presse Claire Devarrieux - Libération du 12 octobre 2006

Tous les textes de Pavel Hak racontent des luttes à mort. La différence, entre la pièce et le roman, c'est que Trans, loin d'être un carnage limité dans le temps et l'espace, est une odyssée.
Une odyssée délirante, bien sûr, l'auteur restant fidèle à sa manière...
Il y a un côté bande dessinée dans ces aventures en série, c'est Tintin au pays des mauvais coups et du viol. Mais Tintin infiniment triste, épuisé, lassé de son humaine condition...
L'auteur place à intervalles réguliers, de manière à encadrer les épisodes, des phrases généralement nominales. Elles vont par deux, elles ont un rythme, une pulsation, ce sont des pensées incrustées, ou bien des condensés d'action, des intertitres de cinéma...
Ces citations, évidemment, ne rendent pas compte de la violence extrême de Trans. Comme toujours chez Pavel Hak, il s'agit d'une violence désarmante.


  • La revue de presse Franck Nouchi - Le Monde du 28 septembre 2006

Comme hypertendu entre la fiction et le réel, voilà un roman à très haute tension. Haletant, violent, insoutenable parfois ; une sorte d'allégorie de la violence, de toutes les violences du monde. Après Safari (2001), Sniper (2002) et Lutte à mort (2004) (1), Trans est le quatrième roman de Pavel Hak. Il confirme l'étonnant talent de cet écrivain d'origine tchèque, exilé en France depuis une vingtaine d'années...
Est-ce ainsi que les hommes vivent ? C'est, livre après livre, toute l'ambition de cet écrivain singulier : donner à voir, à ressentir, à vomir, la violence et l'injustice du monde ; construire une fresque implacable des nouvelles réalités planétaires, actuelles ou à venir. Réaliste et visionnaire à la fois, il propose une écriture de la sensation et de l'image qui n'a guère d'équivalent dans la littérature contemporaine. On ressort de Trans abasourdi. Au milieu de l'extrême noirceur de ce chaos, une petite lueur tout de même, le fol espoir de Wu Tse de retrouver, quelque part au milieu des immenses docks d'un port occidental, sa chère Kwan.



  • Le message de l'auteur

Pavel Hak - 08/09/2006



  • Les premières lignes

Affamés, terrorisés.
Embusqués dans la bouche d'égout.
Personne, à part les patrouilles de soldats, n'a le droit de s'aventurer dans les rues jonchées de cadavres. Mais ils sont là. Et leurs yeux fixent les victimes du froid. Un vieillard, au milieu de la rue. Une femme, un peu plus loin, devant une maison détruite. Et puis, presque tout au fond de la rue, deux enfants, gisant enlacés derrière un muret où ils se sont réfugiés cette nuit, dans l'espoir de survivre.
Silence total. Joues creuses.
Ils attendent sans oser bouger.
Les cadavres qu'observent leurs yeux se trouvent à quelques dizaines de mètres du trou de canalisation. Quelques dizaines de mètres, faciles à parcourir pour un homme bien portant en temps normal. Mais ils sont épuisés. Et (un autre facteur jouant en leur défaveur) le moindre pas le moindre souffle se propagent dans ce silence de tombe à des centaines de mètres, faisant un bruit assez fort pour réveiller les soldats sommeillant sur les miradors. Il faut donc rester immobile, n'émettre aucun son, attendre le premier bruit de la ville... - un bruit assez grand pour couvrir les pas précipités. Sera-ce l'allumage des machines à l'usine d'armement ? Les claquements métalliques des fusils du peloton d'exécution ? Le moteur du camion d'éboueurs ? Les sirènes d'alarme ?
Froid polaire. Crampes à l'estomac.
Lèvres retroussées. Dents.
Tous ceux qui errent à travers le pays à la recherche de nourriture savent qu'ils peuvent crever d'un jour à l'autre. La mort les guette. L'épuisement physique mine leur résistance. Ils n'ont aucune certitude de respirer dans une heure. Et cette fin imprévisible les terrorise. Menace omniprésente qui n'épargne personne. Ni les riches ni les dignitaires du régime. Mais que se passe-t-il avec les morts ramassés par les équipes d'éboueurs embauchés par l'État ? La rumeur parle de festins dans les palais gouvernementaux. Les esprits malintentionnés s'interrogent sur la production de conserves qui (bizarrement) n'a pas cessé malgré la pénurie de viande bovine et porcine. La population, épuisée par des années de restrictions, serait-elle prête à se nourrir de morts ? Le régime s'y oppose. Si les morts étaient des étrangers, le régime ne s'y opposerait peut-être pas avec autant de fermeté, acceptant que la population indigène se nourrisse d'intrus. Les indigènes se dévorant entre eux, le régime ne l'admet pas.


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