Auteur : Chloé Delaume
Date de saisie : 05/10/2006
Genre : Cinéma, Télévision
Editeur : Verticales-Phase deux, Paris, France
Prix : 14.50 € / 95.11 F
ISBN : 978-2-07-078139-3
GENCOD : 9782070781393
Ce que nous vendons à Coca-Cola c'est du temps de cerveau humain disponible. Chloé Delaume a voulu comprendre en quoi consistait la mise en disponibilité mentale des téléspectateurs. Durant 22 mois, du lever au coucher, elle s'est faite "sentinelle" de la télévision, devenant son propre sujet d'étude, se soumettant aux flux de messages médiatiques et publicitaires, ingurgitant Le maximum de programmes de divertissement, téléréalité surtout, pour en ramener " des informations du réel". A travers cette expérience limite, la narratrice décrypte sa mutation en cours: cerveau et corps se modifient inéluctablement. Quand l'humain n'est plus qu'un outil au service de " la fiction collective ". J'habite dans la télévision est un puzzle où chaque pièce pullule de références, de propos télé-rapportés, appliquant au discours du neuro-marketing une grille de lecture singulière, dont la lucidité a parfois des accents paranoïaques. L'humour de Chloé Delaume sédimente ce texte et invite chacun à s'interroger sur la marge de manoeuvre de son libre arbitre.
Chloé Delaume est née à Paris en 1973. Elle a notamment publié Les mouflettes d'Atropos (Farrago, 2000), Le cri du sablier (Farrago/Léo Scheer; Prix Décembre 2001), Corpus Simsi (Léo Scheer, 2003) et Les juins ont tous la même peau (La Chasse au Snark, 2005). Elle a rejoint les éditions Verticales en 2004 avec Certainement pas.
C'est l'une des voix les plus originales de la littérature française. Des Mouflettes d'Atropos ("Folio" n° 3915) au Cri du sablier ("Folio" n° 3914, prix Décembre 2001), Chloé Delaume - son pseudonyme, un hommage conjoint à Vian et Artaud - a toujours poussé très loin ses investigations dans le territoire de l'autofiction. Et ce même s'il s'agissait moins de donner à lire ses états d'âme que de jongler avec les mots, multipliant pirouettes et inserts narquois. Ce qu'elle a toujours fait, avec talent. Pourtant, avec J'habite dans la télévision, Chloé Delaume s'est un peu perdue. Peut-être parce qu'elle hésite entre les genres - ce n'est ni un essai ni ce qu'elle sait si bien faire, retricoter son passé avec des mots triturés à l'infini.
Pièce 1/27
Vous n'êtes pas ici par hasard. Le hasard n'existe jamais, un jour prochain vous comprendrez. Je ne sais pas qui vous êtes ni pourquoi vous êtes là. Encore moins si vous resterez ici, entre ces lignes. Ou si vous êtes déjà partis. Je ne sais pas grand-chose et encore moins sur vous mais ce dont je suis certaine c'est que vous êtes capables de recevoir des informations. Des informations du réel. Du réel de là où je suis.
En ce moment vous êtes ici en ce moment vous êtes debout. L'humain se doit d'être vertical. Avec l'âge on se voûte, il faut y prendre garde, les torts comme les neurones ça ne se redresse pas.
En ce moment vous êtes ici et ça veut dire des choses, des choses très importantes. Que vous êtes vivants par exemple encore vivants, peut-être pas pour très longtemps mais un petit peu vivants quand même. Et puis aussi, surtout, qu'à cet instant précis vous ne regardez pas la télévision.
Vous êtes l'élite n'est-ce pas. Ou pire. Un tibia fracturé social qui feint la cicatrisation, vaudou cataplasme culturel. Vous n'êtes plus partisans de rien, si ce n'est de l'optimisation. Des glaucomes clématites s'épanouissent pleines fissures, hélas la moelle hélas se niait d'être infectée. Alors évidemment. La télévision du réel, du réel de là où je suis, ça ne vous intéresse pas tellement. D'ailleurs vous ne la regardez jamais, la télévision, jamais vraiment. Sinon vous comprendriez mieux ce qu'il s'y passe. Ce qu'il s'y passe exactement.
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