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Le temps et la paille

Couverture du livre Le temps et la paille

Auteur : Jean Anglade

Date de saisie : 06/11/2006

Genre : Romans et nouvelles - français

Editeur : Presses de la Cité, Paris, France

Collection : Terres de France

Prix : 20.80 € / 136.44 F

ISBN : 978-2-258-06845-2

GENCOD : 9782258068452


  • La dédicace de l'auteur

Que signifie ce titre Le temps et la paille ? C'est un morceau de proverbe qui n'est pas très courant : «avec du temps et de la paille, les nèfles mûrissent». C'est un proverbe qui avait cours autrefois, quand les paysans n'avaient pour fruits d'hiver que les nèfles, les pommes et les noix. Ils savaient que les nèfles ont besoin de temps et de paille pour être mangeables. S'ils essayaient de les manger juste après la cueillette, elles étaient absolument dégueulasses. Mon histoire souligne bien qu'il lui a fallu du temps pour se former et pour être écrite. C'est ce qui justifie ce titre. De quoi s'agit-il, en fait ? Il s'agit d'un personnage qui me ressemble beaucoup, qui a mon âge : il est né comme moi, en 1915, pendant la Première Guerre mondiale. Il est né dans l'Allier, à Ferrières-sur-Sichon, un petit bourg qui se trouve aux confins de l'Allier, du Puy-de-Dôme et de la Loire. Le voici qui arrive très âgé, en fin de parcours et qui, ayant peur d'oublier ses souvenirs, se met à écrire sa propre histoire. Le «je» que j'emploie dans cette histoire désigne mon personnage ; il ne me désigne pas, moi, même si, entre ce personnage et moi-même, il y a des ressemblances et des points communs. Il est professeur agrégé d'histoire ; j'ai été moi-même professeur agrégé d'italien, et il se trouve qu'il a enseigné au même lycée que moi, au lycée Blaise Pascal, à Clermont-Ferrand. J'aurais pu le connaître, s'il avait existé, parce qu'en fait, il n'a pas existé. C'est un personnage d'invention. C'est ce qu'on a l'habitude de mettre au début des romans, même s'il me ressemble beaucoup. Il a un signe particulier : il ne possède que la main gauche. Il a perdu la main droite à Dunkerque, en 1940. C'est un personnage que j'ai inventé mais qui a été nourri de souvenirs. J'ai connu plusieurs de mes amis qui ont subi à Dunkerque, en 1940, le bombardement des avions allemands sur la flotte française et en particulier, sur le contre-torpilleur Sirocco qui était occupé par des Bourbonnais, des habitants de l'Allier et par des Auvergnats, des habitants du Puy-de-Dôme, des soldats du 92e régiment d'infanterie et du 116e régiment d'artillerie. Ils avaient les Allemands aux trousses, et ils s'efforçaient de franchir la Manche pour aller en Angleterre. Un de ces avions a été plus adroit : il a fait sauter le contre-torpilleur Sirocco. Sur les deux cent cinquante soldats qui étaient là, deux cents environ se sont noyés. Il en est resté une cinquantaine dont mon personnage qui est nourri à la fois, d'imagination et de souvenirs. Il y a perdu le bras droit, et il a été obligé de faire un séjour assez long en Angleterre pour devenir capable de se débrouiller tout seul avec sa main gauche. Voilà le commencement de cette histoire qui est assez longue. J'espère qu'elle intéressera ceux qui mettront le nez dedans. Vous verrez comment cet homme, arrivé à 88 ans, a envie de se suicider, parce qu'il est seul. En fait, il ne le fait pas, et vous verrez comment il est tiré d'affaire et comment il réussit à accomplir une vieillesse chargée et pas inutile du tout.

(Propos recueillis par téléphone)



  • La présentation de l'éditeur

"Avec le temps et la paille, dit un proverbe, les nèfles mûrissent. " Il était donc une fois Jacques Saint-André, fils de forgeron, sa naissance à Ferrières-sur-Sichon, aux confins de l'Allier, du Puy-de-Dôme et de la Loire, ses études pour devenir professeur, son mariage d'amour avec Henriette, leurs trois enfants. Mais, à plus de quatre-vingts ans, le vieil homme est veuf, abandonné de sa progéniture, seul. Aidé par Théo, son jeune voisin, il recourt à Internet afin de se faire adopter comme grand-père. Il reçoit plus de cinquante réponses... Une petite merveille littéraire qui évoque avec drôlerie, sensibilité et originalité la solitude des personnes âgées. Un roman plein d'espoir.

Jean Anglade est l'un des auteurs phares de la collection Terres de France, pour laquelle il a toujours su honorer sa région natale, l'Auvergne. " Héritier spirituel " d'Alexandre Vialatte, autre grand auteur auvergnat, il a écrit plus de quatre-vingts ouvrages. On lui doit notamment aux Presses de la CitéLa Soupe à la fourchette, Les Puysatiers et L'Ecureuil des vignes.



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  • Le message de l'auteur

Jean Anglade - 14/09/2006



  • Les premières lignes

Voici une histoire que je me raconte à moi-même afin de ne pas la perdre ; que je couche noir sur blanc de ma seule main gauche ; dont je serai au point final le premier lecteur. Car je sens que ma mémoire faiblit. Elle porte la charge de mes souvenirs comme la lavandière porte une corbeille remplie de linges sales ; bientôt elle ne distinguera plus dans ce fatras ceux qui sont miens, authentiques, vérifiés, de ceux que j'ai recueillis, que j'ai peut-être inventés. Sans parler de ceux, infinis, que j'ai semés en route. Il est grand temps que j'en fasse le tri. Je les voue, comme disait Montaigne, «à la connaissance particulière de mes parents et amis ; à ce que, m'ayant perdu (ce qu'ils ont à faire bientôt), ils y puissent retrouver quelques traits de mes conditions et humeurs et que, par ce moyen, ils nourrissent plus entière et plus vive la connaissance qu'ils ont de moi».
J'ai mis longtemps, par exemple, à discerner si j'étais auvergnat ou bien bourbonnais. Fils d'un père natif de Ferrières (qu'on dit à présent Ferrières-sur-Sichon), département de l'Allier, et d'une mère originaire de Châteldon, Puy-de-Dôme. Elle parlait un patois qui n'était pas tout à fait celui de Ferrières ; mais ils se comprenaient assez pour se disputer à peu près tous les jours, comme font les vieux ménages, chacun dans son propre dialecte. Il la traitait de bourniaraude, «mal tournée» ; elle le traitait de na de chi, «nez de chien».


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