Auteur : Isabelle Autissier | Erik Orsenna
Date de saisie : 28/09/2006
Genre : Récits de Voyages
Editeur : Stock, Paris, France
Prix : 19.00 € / 124.63 F
ISBN : 978-2-234-05906-1
GENCOD : 9782234059061
«Antarctique.
La terre la plus australe et la plus mystérieuse, grande comme vingt-six fois la France.
Antarctique.
Un continent longtemps protégé de la curiosité des hommes par la brume, les tempêtes, les courants et les glaces.
Antarctique.
Grand repaire du froid, essentiel à notre climat. Mémoire des temps les plus anciens. Point de vue irremplaçable pour tous les scientifiques.
Antarctique.
Qui ne voudrait partir un jour là-bas sur la trace des plus vaillants explorateurs ? Qui ne rêverait de saluer le Grand Sud pour tenter de comprendre un peu mieux la mécanique géante de la planète ?
Le 8 janvier 2006, sur le fier voilier Ada, nous avons d'Ushuaia levé l'ancre. Cap au 180. Deux mois plus tard, nous sommes revenus. Nous allons tout vous raconter.»
I. A. et E. O.
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A bord du voilier de 15 mètres qu'elle vient d'acquérir, Isabelle Autissier a embarqué son ami Erik Orsenna. Ils ont jeté l'ancre dans les baies où avait mouillé le Pourquoi-Pas ? du commandant Charcot, ont admiré montagnes enneigées et icebergs, ont affronté les dangers du détroit de Drake. Avec l'expérience de la concurrente du Vendée Globe, avec la hauteur de vue de l'auteur du Portrait du Gulf Stream, Salut au Grand Sud raconte leur croisière...
C'est pour le lecteur un grand bonheur que d'embarquer en compagnie d'un équipage aussi brillant.
Journal d'Isabelle Pourquoi l'Antarctique ?
Au-dessus de mon lit d'enfant, il y a eu pendant longtemps une carte de l'Atlantique au format dit «grand aigle», la taille maximale. Tout en bas, au plus près de mon regard, courait la ligne sinueuse d'une terre : l'Antarctique. Mais cette ligne était loin d'être l'objet de mes fascinations. J'étais bien plus attirée par ces îles perdues émergeant du rift océanique : Sainte-Hélène, Ascension, Tristan Da Cunha, et évidemment par le cap Horn.
Beaucoup plus tard, une rencontre pourtant redoutée excita mon imagination. C'était un matin clair, dans les quarantièmes rugissants. Pour une fois la course suivait sereinement son cours, pas de casse, pas de mauvais temps. Je barrais distraitement, et mon oeil fut attiré par une masse sombre à l'horizon.
Une île ? Ici ? Impossible. Je suis au nord de Kerguelen. Rien ne fait surface avant des milliers de milles. Coup d'oeil à la carte, jumelles, quelques secondes de vertige à se demander si je suis bien là où je pense être...
C'est un iceberg, immense et solitaire. Une glace colossale est posée là, dérivant depuis des mois ou peut-être des années. Je la longe à distance respectueuse. Elle mesure plus d'un kilomètre, le soleil pâle joue sur ses facettes, tantôt bleutées, tantôt grises, tantôt éclatantes de lumière. La mer gronde à son pied. Elle est là, cette glace, impassible et condamnée à mourir. Elle irradie de beauté autant que d'une étrange mélancolie.
C'est ce matin-là que j'ai pris conscience que quelque chose vivait, loin dans le sud, au-delà de cette barrière des quarantièmes et des cinquantièmes qui me semblaient pourtant déjà la fin du monde. Cette terre m'apparut avec une sorte de puissance mystérieuse, capable de produire cet objet si contradictoire, sommet de la force et de la fragilité.
Au départ, donc, il y eut une émotion. Elle ne m'a plus quittée.
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