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Ouest

Couverture du livre Ouest

Auteur : François Vallejo

Date de saisie : 26/01/2007

Genre : Romans et nouvelles - français

Editeur : V. Hamy, Paris, France

Prix : 18.50 € / 121.35 F

ISBN : 978-2-87858-235-2

GENCOD : 9782878582352


  • La dédicace de l'auteur

L'idée de ce roman m'est venue précisément, réellement, de la rencontre d'une photo de mon arrière-grand-père en tenue de garde-chasse avec un chien noir, et d'autres photos, célèbres maintenant, de la prison d'Abou Ghraib parues en 2004, où figure aussi un chien, et en particulier un chien noir, dans la même posture. Pour moi, cela a été une sorte d'électrochoc : de la rencontre de ces deux photos, pouvait naître une histoire. Cette histoire, c'était précisément, pour moi, la confrontation d'un garde-chasse avec un maître nouveau, un maître venu de Paris, qui vient reprendre sa place et qui est complètement l'inverse de ce qu'il attendait. Il croyait recevoir le fils de son père, un homme traditionnel, comme lui ; il découvre, en réalité, un révolutionnaire de la deuxième moitié du XIXe siècle, un homme qui veut tout faire à l'envers de ce que faisait son père. De cette rencontre complètement improbable pour lui, vont naître des relations de plus en plus profondes, de plus en plus inquiètes, de plus en plus terribles aussi, parce qu'il faut, bien entendu, que chacun essaie de trouver sa place par rapport à l'autre. Ce baron un peu révolutionnaire est, en même temps, quelqu'un qui a des goûts sexuels un peu pervers, du moins aux yeux d'un garde-chasse rigide et sérieux. Naturellement, cette opposition de la morale va complètement les détourner l'un de l'autre, ou les rapprocher d'une manière de plus en plus hostile. C'est de cette contradiction permanente, renouvelée, que le roman se nourrit, jusqu'à ce que, évidemment, avec les chiens de la meute, le drame commence à se développer. Je vous souhaite à tous une bonne lecture d'Ouest et de tous les autres livres, bonsoir et à bientôt.

(Propos recueillis par téléphone)



  • La présentation de l'éditeur

Un soir, aux tréfonds des terres normandes, un garde-chasse se découvre un nouveau maître. Le vieux baron de l'Aubépine est mort, un fils le remplace. Lambert était un serviteur à l'âme trop près de ses bois pour s'entendre avec ce l'Aubépine le Jeune pétri de folies politiques, d'obsession des corps et de maladie rentrée. Et pourtant... Ouest, c'est l'histoire d'un huis clos où deux hommes se détruisent dans l'indifférence d'un paysage. La terre détrempée s'englue sur les chaussures, la pluie colle aux yeux, les odeurs de gibier flottent sans fin et les mâtins sont seigneurs des forêts. Ouest, c'est l'histoire d'une jeune fille à la peau de dentelle, d'ingénues fines et de demi-mondaines égarées. Dans le château des Perrières, le calvados sert l'oubli, et l'inquiétude, insidieuse, enténèbre les chairs.

François Vallejo est né en 1960. Comme il le suggère lui-même, historiquement, il serait plutôt "un croisement entre Sophocle et le XVIIIe siècle, un bâtard en somme, cherchant sa route dans le XXIe siècle". Auteur de six romans - tous publiés aux éd. Viviane Hamy - il est lauréat du prix France Télévisions 2001 pour Madame Angeloso, du Prix des libraires 2004 pour Groom et du Prix Pierre Mac Orlan 2005 pour Le Voyage des grands hommes.





  • La revue de presse Laurent Seksik - Le Point du 2 novembre 2006

L'ambition d'une oeuvre totalisante aurait mérité un traitement plus long, mais cette manière qu'a Vallejo de traduire la haine de soi, la fascination de la soumission, la violence d'un monde en mutation compose un miroir où se reflètent, à travers ses fêlures, les peurs et la dislocation de notre contemporain.


  • La revue de presse Agnès Séverin - Le Figaro du 26 octobre 2006

À travers ce sanglant face-à-face, c'est tout un univers rural (presque) perdu qui se manifeste dans toute son exubérante sauvagerie. Les images sobres de François Vallejo sont un hommage constant au paysage, sombre décor qui se prête à tous les drames humains. Le charme des monologues intérieurs opère, qui permet de sonder le tréfonds des coeurs. Les états d'âmes finissent par se confondre pour rendre l'atmosphère sans cesse plus trouble. À l'Ouest, rien de nouveau.


  • La revue de presse Thierry Gandillot - L'Express du 7 septembre 2006

Ouest ou les jeux d'un inquiétant baron. François Vallejo revisite, dans un suspense subtil, la dialectique maître-esclave.

Si l'on ne craignait l'anachronisme, on s'écrierait: quel zazou, ce l'Aubépine ! Fantasque héritier d'un château et d'une meute, longtemps humilié par un père violent et méprisant à l'égard de son fils unique, trop frêle, trop pâle, le jeune baron de l'Aubépine des Perrières ne se conduit en rien comme l'exigerait son rang. Au grand désespoir de son garde-chasse, Lambert, et de sa femme, Eugénie, qui fait office de cuisinière et de servante au domaine.
[...] Déjà remarqué pour Madame Angeloso (prix France Télévisions 2001) ou Groom (prix des Libraires 2004), François Vallejo confirme son talent en revisitant la dialectique maître-esclave de façon aussi subtile que terrifiante dans ce roman historique hitchcockien. Décidément, Ouest pousse à l'anachronisme...


  • La revue de presse Christine Ferniot - Lire, septembre 2006

François Vallejo signe son meilleur roman, sombre et sensuel. Portrait d'un écrivain qui monte.

Avec son nom de danseur de tango, on le verrait bien originaire de Buenos Aires. Or François Vallejo est né dans les quartiers populaires du Mans. Avec son imaginaire qui transforme l'anodin en extravagance, on le croiserait volontiers sur la route, un peu bateleur, un peu marginal. Mais il est professeur de français au Havre, ville béton ouverte sur l'Océan et le reste du monde. Cheveux courts, chaussures cirées, sourire poli, il réserve sa folie à des personnages démesurés qui poussent les murs et vivent «sur la pointe du rocher». A douze ans, il rédigeait des fictions maritimes quand les autres jouaient au foot dans la cour ou se repassaient les Rolling Stones en boucle. «C'était une activité secrète», dit-il, partagée cependant avec son frère aîné qui, lui aussi, noircissait des pages de cahiers. Les parents n'en savaient rien, l'ignorent peut-être encore. Vallejo a conservé dans son grenier ses premiers textes qu'il ne veut pas relire. Parfois des idées lui reviennent et le souvenir de moments de grâce qu'il essaye toujours de retrouver. En 1998, le jeu devient réalité avec la publication de son premier roman, Vacarme dans la salle de bal, une histoire dont le point de départ est un quiproquo de voisinage. L'écrivain part d'un fait réel, minuscule «comme un pilotis qui assure la construction». Il gardera ce principe dans ses autres livres (Pirouettes dans les ténèbres, Madame Angeloso, Groom), faisant glisser un propos anodin, un détail physique, vers des proportions extravagantes: «J'aime ce mélange de folie et de construction maîtrisée.» Derrière ses livres se profile toujours la même éditrice, Viviane Hamy, qui lut son premier roman en quarante-huit heures. Elle le publie désormais tous les dix-huit mois avec constance et passion. Entre eux, il s'agit de ping-pong et d'échanges feutrés. Viviane ne pointe pas chaque ligne du manuscrit, elle laisse entendre qu'à tel ou tel moment l'auteur pourrait aller plus loin. François Vallejo se contente de ces sobres indications, il ne lui en faut pas plus pour réfléchir, densifier ses mots, resserrer sa pensée ou la faire exploser. Entre ces deux êtres, la confiance est totale, la discussion constante et le respect mutuel.


  • La revue de presse Michel Abescat - Télérama du 26 août 2006

... Nous sommes au XIXe siècle, au château des Perrières, quelque part dans l'Ouest. Lambert, l'ancêtre du narrateur, vient d'entrer au service du vieux baron de l'Aubépine, grand meneur de chouans...

On rit de ces relations maître-valet cul par-dessus tête, des tourments de Lambert, dont Vallejo rend à merveille l'esprit et la langue surannés. Mais le livre bientôt s'assombrit. La folie du maître, de plus en plus inquiétante, la raideur du garde-chasse, la perversité grandissante de leur relation poussent au paroxysme d'une violence d'autant plus impressionnante qu'elle est suggérée. Et c'est tout l'art de Vallejo. L'histoire accomplie - forcément très noire - garde au bout du compte son mystère irréductible...



  • Le message de l'auteur

François Vallejo - 19/10/2006



  • Les premières lignes

On a du mal à croire que deux images, aussi bien que deux personnes, pourraient se rencontrer et produire un drôle de mélange, peut-être même une explosion.
Vous recevez un jour de votre famille quelques photos vraiment anciennes, de ce noir et blanc pâli, plutôt floues. Vous y jetez un oeil négligent ou amusé, vos petits ancêtres, rien de plus.
L'une d'entre elles, tout de même, vous intrigue un peu, pas longtemps : une scène champêtre, un type imposant armé d'un fusil, accompagné d'un chien noir tout en muscles, dressé sur ses pattes.
Vous vous dites : c'est curieux que trois ou quatre générations aient tenu à conserver et à transmettre une photo si manifestement ratée ; personnage mal centré ; en déséquilibre : son chien l'a empêché de prendre la pose attendue. Et c'est tout.
Ce n'est pas tout. Le lendemain, un matin du printemps 2004, vous longez un kiosque à journaux et vous apercevez à l'affichage, vous croyez apercevoir... enfin, vous l'apercevez, oui ou non ? C'est elle, votre photo familiale, là, partout.
Vous vous dites : impossible, stupide. Vous prenez les journaux, vous vous y plongez. Si ce n'est pas votre photo, elle lui ressemble beaucoup. Au moins, c'est exactement le même chien, la même posture, les mêmes muscles saillants, le même museau noir, pointu et tendu. Tendu vers quoi ? Vers un prisonnier nu et terrorisé. Vous êtes tombé sur les premiers clichés publiés de la prison d'Abou Ghraib.
Vous pourriez en rester là : un chien ressemble à un autre chien. Mais quelque chose vous pousse à reprendre votre petit carton photographique, vieux de plus d'un siècle, pour comparer, juste pour comparer. Cela vous amuse, d'abord : les deux bêtes sont vraiment superposables, même gabarit, même allure de bâtard puissant, saisies dans le même mouvement, cette férocité identique dans la mâchoire et l'oeil.


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