Auteur : Michèle Desbordes
Date de saisie : 13/10/2006
Genre : Romans et nouvelles - français
Editeur : Verdier, Lagrasse, France
Prix : 14.50 € / 95.11 F
ISBN : 978-2-86432-479-9
GENCOD : 9782864324799
Livre des commencements et du temps qui s'achève, L'Emprise est une confidence poignante, doucement consentie, des éblouissements et des déchirements premiers qui vont rythmer toute une vie.
Ce qui, dans la retenue, se dévoile pourtant d'histoires tenues secrètes ne se légitime que de convoquer, à travers ces instants d'absolue félicité ou de désastre, les êtres aimés.
«Je doute et je trébuche, et mets au panier comme jamais mais je continue, me disant qu'à présent ce serait trop de solitude, trop de séparation. Qu'il me les faut là près de moi encore un temps, qu'un temps encore je sente leur regard, leur haleine, leur tourment dans le jour qui faiblit, qu'encore une fois nous figurions les uns près des autres dans le demi-jour, la lumière indécise, cet endroit du monde où d'un rien parfois on peut vivre ou mourir.»
Un livre posthume a forcément valeur testamentaire. Ainsi aborde-t-on, non sans émotion, L'Emprise, dernier récit de Michèle Desbordes, morte l'hiver dernier à l'âge de 65 ans (Le Monde du 27 janvier). Accompagné d'un recueil de proses sur quelques figures de l'art et de la littérature, ce livre vient, en apparence, mettre un point final à une oeuvre brève et tardive - une dizaine de titres sur dix années. Le caractère autobiographique de L'Emprise pourrait renforcer ce sentiment. Ce pourrait n'être que le récit d'une vie, de la Sologne à Orléans, une récapitulation des souvenirs, des figures, des circonstances... Mais à lire ce texte magnifique, c'est une autre impression qui domine. Ainsi, L'Emprise ne vient pas conclure mais au contraire ouvrir, non pas à partir de rien, mais d'une vie. Simplement d'une vie. Michèle Desbordes est l'écrivain du silence : "Je me suis toujours, et jusque dans l'écriture, mieux trouvée de ce qui se tait et se cache que du contraire."...
Dans le retrait qui était le sien, dans le silence qu'elle préféra toujours à la vacuité des langages convenus, elle a inscrit une oeuvre tremblante et solide, une oeuvre qui tient debout par sa fragilité même.
C'est une histoire de maison, dans l'été qui s'achève. Grande comme un château. Indestructible, éternelle. La guerre semble loin pour la fillette qui sautille au côté de sa mère, ou tangue joyeusement sur les épaules de son père, alors que celui-ci marche à grands pas dans la nuit. Des instants fragiles, des gestes infimes trop vite effacés par le malheur. Car, demain, le portail se refermera sur la propriété. Le père écrasera sa voiture contre un arbre. La mère ne saura dès lors plus sourire ni aimer ses enfants. Et la fillette, devenue grande, choisira l'écriture pour parler de toutes ces vies brisées.
L'Emprise, évocation familiale où se côtoient des instants de fête et de longs tourments, est le dernier livre de Michèle Desbordes, décédée il y a sept mois...
L'Emprise est simplement une confidence, un désir de raviver les moments de bonheur infimes et dispersés. L'auteur y parle de l'âcreté des larmes et du tremblement de l'air, des parfums de luzerne et de tout ce qu'on perd, lentement, tristement.
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