Auteur : Marc Weitzmann
Date de saisie : 26/08/2006
Genre : Romans et nouvelles - français
Editeur : Denoël, Paris, France
Collection : Roman français
Prix : 16.00 € / 104.95 F
ISBN : 978-2-207-25717-3
GENCOD : 9782207257173
Comment supporter le retour lorsqu'on hait ses propres origines ? Comment accepter la désolation du lieu où l'on a grandi ? Telles sont les questions qui brûlent de l'intérieur Francis, muré dans son silence, pendant un bref séjour dans la banlieue de son enfance. Ce scientifique spécialisé dans les biotechnologies vit à New York où il a tout sacrifié à sa carrière. En pleine crise psychologique et financière, Francis n'a que quarante-huit heures pour régler à Paris quelques affaires dont dépendent sa survie. Quarante-huit heures où il décide de renouer avec son frère avocat qu'il a toujours méprisé. A peine débarqué, la colère le submerge, l'insomnie le gagne, les fantômes surgissent. Les questions qu'il a cru résoudre - comment faut-il vivre ? où trouver sa place ? - se posent à lui de façon aiguë, tandis qu'autour de lui le pays s'embrase et s'enfonce dans la crise. Avec une rage lucide, Fraternité dresse un tableau sans concessions de la France d'aujourd'hui. Une machine de guerre romanesque qui n'épargne rien des illusions contemporaines.
Marc Weitzmann a publié quatre romans : Enquête (1996), Chaos (1997), Mariage mixte (2000) Une place dans le monde (2004), un récit, Livre de guerre (2002) et un livre de chroniques littéraires, 28 façons de se faire détester (2002).
Le héros de Fraternité est un scientifique, installé à New York, de passage en France pour régler divers problèmes personnels. Quand il est parti de Brooklyn, c'était le printemps. A Paris, il trouve la pluie. Un taxi le conduit chez son frère, en banlieue, dans la maison familiale qu'il a quittée vingt-cinq ans plus tôt. Il emprunte des boulevards sans couleur qui se nomment Aragon ou Maurice-Thorez: «Des rues médiocres aux noms médiocrement totalitaires.»...
Fraternité serait censé dénoncer les illusions de la France contemporaine. Si le décor est bien celui d'un pays installé dans une longue dépression, et toujours passionné d'égalité, c'est d'abord un tableau de la misère ordinaire qu'il nous peint...
Weitzmann raconte cette asphyxie avec constance et efficacité (une certaine hargne, aussi). Il écrit sans respirer, au plus près de ses personnages, sans paragraphes, sans oxygène, et cherche dans le prestige des mots la vérité de cette mort au quotidien...
Seul un sourire, en dernière page, vient démentir le sombre de la vision.
C'est l'histoire atroce d'un fils qui règle son compte à sa famille. Chercheur à New York, homme moderne et prospère, de passage à Paris il consacre une soirée à son frère qui habite toujours la commune de banlieue de leur adolescence. Faites confiance à Weitzmann, auteur, il y a quelques années, de «28 raisons de se faire détester», pour transformer cette nostalgique remontée aux sources en véritable descente aux enfers. Il lui suffit de quelques heures dans cette cité hideuse, dessinée par des architectes sadiques qui traçaient des rues comme on aligne des régiments. Tout ce qu'il voit, les gens, les rues, les magasins, tout lui semble un cauchemar taillé dans le Tergal bon marché et enfumé à la Gauloise sans filtre. Et sa jeunesse ressuscite à l'ombre d'un père comédien et communiste...
Ce père et ce frère tellement dévoués aux autres apparaissent comme deux paumés désespérés et mesquins. Sauf qu'ils ont vécu en France, pays du double langage où tu tresses des couronnes à ceux dont, en réalité, tu ne fais aucun cas. Soudain, Weitzmann refuse de jouer le jeu. Parfois, c'est atroce. Mais ailleurs, c'est saisissant. Un homme découvre qu'il méprise ceux qu'il aurait dû aimer. Et on est bouleversé.
Le titre, son ironique écho ! À ne pas prendre au pied de la lettre, car si l'auteur évoque la relation fraternelle, c'est pour mieux la dynamiter, en révéler les faux-semblants et l'impossibilité. Francis, généticien juif, luxueux et aristocratique, cynique compétiteur darwinien, revient d'Amérique où il travaille pour retrouver son frère, avocat des pauvres, dans la banlieue miteuse dont ils sont originaires. L'un a fui, haï ses origines, animé par une colère radicale. Il a trahi pour exister, s'est identifié à son oncle Shura, escroc nomade et misanthrope, élégant, ¬riche. L'autre, lui, est resté fidèle à son milieu, à l'exemple du père, lui-même dévoué à la bonne cause, à la justice sociale, juif communiste, acteur au rancart. Marc Weitzmann pose cette question centrale : «Comment faut-il vivre ?» Mais le destin des deux frères vérifie la thèse de René Girard selon laquelle tout est affaire d'imitation. Francis imite le dissident fastueux, l'avocat pastiche le papa moral et social...
Nos origines nous rattrapent toujours. Une faible lueur à la fin : au rire d'échec masochiste, de douce impuissance du père succède le sourire des deux frères : une¬ indulgence ultime, certainement pas une ¬résilience. Weitzmann aurait horreur du mot, ce happy end lui paraîtrait suspect et frelaté.
... Fraternité : c'est le lien naturel qui unit Francis à son frère. Si ce n'est que, pour Francis, nulle relation n'est évidente - car voici «un homme qui déteste, de façon générale, songer aux sentiments qu'il suscite, et ne supporte ni les critiques, toujours blessantes, ni les compliments, signes d'incompétence, ni non plus les marques d'affection, toujours irrationnelles». Le frère, voici longtemps qu'il ne l'a pas vu - car voici longtemps qu'il a mis entre sa famille et lui, entre l'enfant qu'il fut et l'adulte qu'il est devenu, la distance d'un océan : Francis, scientifique reconnu, vit à New York, tandis que son frère est demeuré dans la banlieue populaire où ensemble ils ont grandi. Le temps du roman est celui de leurs retrouvailles, à l'occasion d'un bref séjour de Francis - face-à-face saturé d'incompréhension, de malaise, de dégoût même. Du moins est-ce ce que laisse entendre le récit que l'on connaîtra du seul point de vue du fils prodigue, arrogant et misanthrope, au fil d'une narration où la première et la troisième personne, le «je» et le «il», s'emmêlent de façon superbe et déroutante...
Dans cette confrontation s'entrechoquent deux visions antagonistes, également erronées et caricaturales, de la société française contemporaine...
Implacable : c'est le seul mot qui convienne pour qualifier le dernier roman de Marc Weitzmann. Pas un gramme de kitsch, de bons sentiments, de tendresse mal placée, 200 pages de courant négatif, de lucidité sans faille qui saisissent le lecteur et l'abandonnent KO à la dernière ligne. Pour raconter le bref retour à Paris de Francis, scientifique spécialisé dans les biotechnologies et installé à New York, Marc Weitzmann a choisi de redonner ses lettres de noblesse au célèbre «Familles, je vous hais !» de Gide. La haine se décline ici sur plusieurs registres : celle de la banlieue nord d'abord, où les parents de Francis se sont installés en 1974, banlieue hideuse, cauchemardesque, qui donne au narrateur l'occasion de fustiger ces salauds d'architectes de gauche qui ont osé bâtir à grands frais ces «dépotoirs verticaux». «Quelle espèce de sadique ordure a imaginé ça ?» Aucune indulgence pour ces blocs d'immeubles d'où suinte la tristesse, sortes de tombes collectives où s'agite une humanité de morts-vivants pris au piège.
Mais la haine est vouée surtout au père, petit-bourgeois repenti qui s'est appauvri volontairement pour devenir militant communiste, homme de théâtre qui voulait diffuser la culture au peuple et s'est retrouvé piégé par le dénuement et la désillusion...
La violence de ton du livre vient de la certitude qui envahit peu à peu Francis qu'on ne trahit sa famille que pour mieux lui ressembler, bref, que «la vie est cette disparition progressive des possibilités d'échapper à ce qu'on est»... Disons-le : ce livre d'aversion contre la France est infiniment plus corrosif que les vociférations les plus radicales de nos rappeurs...
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