Auteur : Olivier Poivre d'Arvor | Patrick Poivre d'Arvor
Date de saisie : 13/07/2007
Genre : Romans et nouvelles - français
Editeur : Gallimard, Paris, France
Collection : Blanche
Prix : 18.50 € / 121.35 F
ISBN : 978-2-07-077966-6
GENCOD : 9782070779666
Disparaître, le roman que j'ai coécrit avec mon frère, Patrick, est une histoire simple : celle d'un homme qui, pendant sept jours, se prépare à mourir, pour autant que l'on puisse s'y préparer... Sept jours, sept nuits dans un léger coma, pendant lequel, à travers une sorte de polyphonie de voix, d'interventions, se raconte la vie de cet homme dont on va découvrir, peu à peu, qu'il s'appelle T. Lawrence ou Lawrence d'Arabie. L'histoire de Lawrence est à la fois simple, connue et très complexe. Nous avons choisi, avec Patrick, de nous intéresser à une version complexe de cette histoire, à la face nord de ce personnage lumineux. Lawrence est très connu pour la révolte qu'il a menée, avec les tribus arabes, dans le désert, au moment de la Première Guerre mondiale... Ce rôle incroyable qui a séduit - petit archéologue parti au Liban, installé en Egypte, puis travaillant pour les services de Sa Majesté, devenant espion -, qui a fait de lui un personnage très mythique, au Moyen-Orient, qui a permis au peuple arabe de se libérer de l'Empire ottoman... Cette histoire est connue, et le voilà de retour en 1918 à Londres, paré de toutes les vertus, de toutes les légendes, car entre-temps, quelques mois plus tôt, un journaliste américain, Lowell Thomas, accompagné d'un photographe, Henry Chase, a construit cette légende, tout simplement parce que le personnage est étonnant : Lawrence est habillé en djellaba avec un keffieh ; il fait vraiment partie de ces tribus arabes ; il a tourné le dos à cette Angleterre victorienne qui était celle de son éducation ; il est devenu un personnage très haut en couleur. Lowel Thomas comprend qu'il a un sujet formidable de propagande pour encourager les États-Unis à entrer dans la guerre aux côtés des alliés. Il va photographier Lawrence, et une conférence va tourner dans le monde entier, en 1918-1919. Près de 4 millions de personnes vont assister à cette conférence faite par Lowel Thomas, en Angleterre et aux États-Unis. Au retour de sa guerre, Lawrence arrive à Londres, sans s'imaginer qu'il est devenu un héros, une star mondiale, probablement le premier grand héros de l'époque des médias. C'est vrai que cela va être une douleur extrême pour Lawrence. Nous avons essayé de raconter cette deuxième partie de vie, cette disparition, cet effacement, comment, à partir de 1920 et jusqu'en 1935, cet accident de moto va le conduire sur ce lit d'hôpital, dans le Dorset, - ce sont ces sept journées et ces sept nuits que nous racontons avec Patrick -, comment, pendant quinze ans, il va disparaître, il va s'effacer de la scène, s'engageant comme soldat de deuxième classe dans l'armée, dans la Royal Air Force, comment finalement cet homme de lumière va avoir ce besoin incroyable d'ombre. Nous avons essayé, à travers un récit construit comme une enquête sur l'identité de ce personnage, de rendre compte de cette complexité immense de celui qui est devenu, une deuxième fois, une légende à travers le film de David Lean dans les années soixante, et qui, aujourd'hui, est exploré, à travers nous, d'une manière beaucoup plus intime et moins hollywoodienne peut-être que nous avons l'habitude de l'entendre. L'histoire de Lawrence se termine, mais j'espère que vous aurez beaucoup de plaisir à la lire et que vous aurez envie de connaître davantage ce personnage extraordinaire. Lisez ses livres : c'est un très grand écrivain. Quant à nous, maintenant que nous avons passé ces années avec Lawrence d'Arabie, nous allons essayer de l'oublier, car il est très en nous : c'est un personnage très encombrant, très fascinant. Nous vous le confions... Merci de votre lecture.
(Propos recueillis par téléphone)
1935, sud de l'Angleterre. Un homme va mourir, victime d'un grave accident de moto. Dans le coma qui le gagne, lui reviennent des souvenirs d'enfance, de manque d'amour, d'exils, de fugues. A-t-il cherché à disparaître ? La lumière qui l'enveloppe durant trois années de sa vie fut glorieuse mais trop aveuglante. Depuis, ce héros malgré lui n'a cessé de fuir. Poursuivi par la presse et les services secrets, rongé par le besoin de s'effacer, de détruire, il n'a jamais vraiment su qui il était, ni même comment il se nommait. Seuls ces déserts d'Orient qu'il a tant aimés sauront l'apaiser. Du moins l'espère-t-il. Son frère va l'y aider, de la plus incroyable façon. Deux femmes, qui rôdent autour de lui comme deux remords, seront là, elles aussi, jusqu'au dernier moment. Au pays des mystères, une légende se construit. Celle d'un solitaire, l'un des plus grands héros des temps modernes.
Olivier et Patrick Poivre d'Arvor ont écrit une dizaine d'ouvrages ensemble. L'aîné est journaliste, le cadet diplomate.
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Disparaître est le roman d'une légende vraie. Olivier et Patrick Poivre d'Arvor ont préféré souligner les états d'âme du héros plutôt que de raconter ses états de service, pourtant exceptionnels ; ils ont vu les fêlures plutôt que les victoires ; ils ont choisi d'écrire sur les zones d'ombre d'une légende dorée, qui n'a plus qu'un désir : fuir. Pour renforcer le trait, le duo se met dans la peau de son sujet, d'où ces nombreux passages en italique représentant les pensées de Lawrence. Aussi, une fois les dernières pages tournées, le lecteur a-t-il l'impression de mieux comprendre le caractère d'un homme au destin hors du commun. «Tout vient de l'enfance. Voilà donc comment, d'Oxford la puritaine, je me suis enfui vers l'Arabie heureuse», écrit Lawrence dans une lettre-testament laissée à son fils adoptif, comme pour donner la clé du mystère. Et quel mystère.
La vie brève et troublante de Thomas Edward Lawrence (1888-1935), dit Lawrence d'Arabie, est si romanesque par elle-même, et si sublime, qu'on ne s'étonnera pas que personne, à ce jour, n'ait songé à y ajouter quelques gouttes de fiction. A quoi, d'ailleurs, cela aurait-il servi ? Devant ce héros bizarre - qui, par désoeuvrement, fit jaillir plusieurs nations du désert avant de «disparaître» et de troquer sa gloire contre les voluptés de l'anonymat -, on se dit qu'il était bien inutile, a priori, d'augmenter son destin par quelques repeints d'imagination. Or, les frères Poivre d'Arvor - un duo déjà expert en légendes diverses - ne l'entendaient pas ainsi...
L'intrigue ? Elle appartient, bien sûr, à la grande Histoire. Et elle détaille, par flash-back disposés en cascades, l'itinéraire hallucinant du jeune T. E., de son enfance oxonienne à la Mésopotamie, de sa ferveur d'archéologue à sa passion arabe, de son puritanisme à ses mortifications, de la guerre contre les Turcs à son ultime chemin de croix. Car ce n'est pas par hasard que les romanciers se sont postés tout au bout de cette existence de feu puisque c'est là, en effet, que gît le mystère Lawrence : pourquoi ce héros, auquel on proposa la vice-royauté des Indes ou le gouvernement de l'Egypte, préféra-t-il changer de nom (chez lui, c'était même une manie) pour s'engager dans la Royal Air Force à un rang subalterne - après avoir vainement sollicité un poste de gardien de phare ? Quel crime voulait-il expier ?...
Le roman des Poivre d'Arvor permet de circuler parmi ces hypothèses. Il suggère avec délicatesse. Et cerne, par touches, une vérité complexe et plus riche, en tout cas, que celle, trop lisse, trop orchestrée (via la musique de Maurice Jarre) d'un héros qui n'en était pas moins homme...
Le lecteur plus soucieux de politique que de psychologie trouvera également son compte dans ce livre, qui n'omet ni la prise d'Aqaba, ni le rôle du «colonel» entre Allenby, Hussein, Fayçal, et le morcellement de la puissance ottomane...
J ai raté ma sortie.
Raté. Bel et bien. Je parle encore. Je parle mais personne ce matin ne m'entend plus, pas même toi, Arnold. Accident de moto. Moi le héros nerveux et tourmenté, me voilà presque béat. Inconscient. Ankylosé cervical, abruti neurologique. Raide allongé sur la chaussée en ce rayonnant lundi de mai. Blessé à mort, ou presque, baignant dans mon jus écarlate. J'ai ainsi passé toute ma vie à me manquer.
La semaine commence décidément mal.
Ce silence, dehors ! Et au-dedans de moi, ce bruit de gargouille et de tuyaux. Cordes et nerfs pinces, filaments de cuivre et de salive, crissement de pneus, raclements, râles, et puis rien, un grand vide tout sourd. La mort en son vestibule. Des chats, noirs comme la mauvaise pensée, traversent ma gorge.
Parole déjà fausse. Murée vivante. Prison. Langue asséchée. Mes chers mensonges sonnent enfin creux. Je ne parle plus désormais qu'à moi-même.
Rien à confesser pourtant. Je voulais simplement me taire. Ne plus jamais rien dire. Pas même adieu. Et me revoilà, vivant ! Ne souris pas, Arnold. Tu le sais trop bien, je joue à cache-cache avec la vie. Mais je m'en suis toujours remis. La manière m'a plus intéressé que le but. J'ai souvent regardé l'échec comme l'ultime manifestation de la beauté.
J'ai des yeux bleu clair assez enfoncés dans les orbites, des mèches blondes bien épaisses, un rire un peu nerveux et une voix basse qui se prête aux aveux les plus intimes. Je plais d'ailleurs aux femmes comme aux hommes mais, à quarante-six ans, je n'ai encore jamais fait pour de bon l'expérience de la chair. Quoique né sous le signe du Lion, mon physique est loin d'être impressionnant. Je ne mesure en effet qu'un mètre soixante-huit et je pèse très exactement soixante-trois kilos et cinq cents grammes.
Un hercule de poche.
L'avilissement de ma personne est la fin que je poursuis depuis toujours. Plus on m'adule, plus je me méprise. Cette fin, tant attendue et provoquée ce matin même, tarde un peu trop à venir. Je suis pourtant pressé. Tellement pressé qu'un doute s'est emparé de moi au moment de lancer à pleins gaz ma Brough Superior contre le chêne centenaire : j'ai probablement quitté la maison de Clouds Hill en laissant le phonographe tourner avec la Deuxième Symphonie d'Elgar. Et j'ai peut-être oublié de demander au fils de mon voisin d'abattre ce gros merle tout noir et insolent qui me réveille à l'aube depuis un mois.
Au pied de cet arbre, une nuit, il y a dix ans déjà, j'ai souhaité disparaître.
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