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L'heure et l'ombre

Couverture du livre L'heure et l'ombre

Auteur : Pierre Jourde

Date de saisie : 07/11/2006

Genre : Romans et nouvelles - français

Editeur : Esprit des péninsules, Paris, France

Prix : 19.00 € / 124.63 F

ISBN : 978-2-84636-100-2

GENCOD : 9782846361002

en vente sur logo Alapage.com


  • La présentation de l'éditeur

«Toute magie en avait radicalement disparu.» C'est le monde. «Je fréquentais cinq jours par semaine une dalle de béton pisseux qui donnait accès aux amphis. Pourquoi la médecine ? Je ne sais plus. Ç'aurait pu être le droit. Je ne me sentais aucune vocation particulière.» C'est la vie. Saint-Savin. C'est le nom. Celui d'une petite ville balnéaire, dans les syllabes duquel se concentrent le parfum de vacances passées et la magie d'un amour d'enfance. Une nuit d'été. C'est l'ombre.
Le narrateur évoque ce paradis perdu devant la femme qu'il aime. Il décide d'y revenir avec elle, sans attendre. C'est l'heure. Ils prennent la route. Pendant ce long voyage nocturne, la passagère lui raconte un épisode de sa vie passée, la trouble attirance qu'elle a autrefois éprouvée envers une petite fille et son père, un solitaire obsédé par d'étranges visions. Et si cette histoire recelait la clé du passé vers lequel il revient ? Ce retour va changer le cours de son existence. Sur ce qu'il a vécu ou croit avoir vécu, d'autres personnages, qui prennent tour à tour la parole, jettent une lumière nouvelle : est-ce l'existence qui a engendré des histoires, ou cette existence n'est-elle que le produit d'une fiction inépuisable ?
L'heure change sans cesse et ne tombe jamais juste - telle une révélation toujours différée, telle une impossible coïncidence entre le temps vécu et celui que mesurent les horloges, un thème déjà à l'oeuvre dans les précédents livres de Pierre Jourde. Les jeux de l'ombre varient à l'infini, comme sur ce magnifique roman d'amour les reflets mouvants de quelques grands textes - depuis la Sylvie de Nerval jusqu'au Peter Ibbetson de George du Maurier.





  • La revue de presse Jérôme Garcin - Le Nouvel Observateur du 7 septembre 2006

En somme, Pierre Jourde est un rêveur qui s'est fait une tête de cogneur. Si le pamphlétaire partage, avec Huysmans, la détestation d'une époque composée «de sacripants et d'imbéciles», c'est pour mieux exprimer, dans ses romans, ses passions inactuelles, entretenir ses chimères et dessiner ses géographies imaginaires. Après «Pays perdu» et «Festins secrets», Pierre Jourde persiste donc à écrire à rebours. Il soigne d'autant plus son style qu'il est sans illusions : «J'ai compris assez vite qu'il est trop tard pour la littérature. Elle n'a rien à faire dans ce monde. Au mieux, c'est une survivance culturelle, une marque de standing...» C'est donc pour lui seul, et une poignée de «cinglés», de «maniaques», qu'il veut encore croire à la magie du paradis perdu, à l'amour absolu et à la modernité de Nerval.
[...] «L'Heure et l'ombre» est un beau roman noir, parfaitement inactuel. Le narrateur digresse, dérape et prend son temps. Il est vrai que la gérontologie est sa spécialité. C'est un désespéré tranquille, un romantique froid, dont la jeune vie est déjà peuplée de fantômes. Avec une rigueur feinte, il mène contre l'oubli une enquête promise au non-lieu. Au terme de ce voyage enchanté, c'est Nerval et Huysmans que Pierre Jourde, fraternel, semble retrouver. Pour l'occasion, il ouvre une bouteille de chasse-spleen. En effet.


  • La revue de presse Baptiste Liger - Lire, septembre 2006

Universitaire et pamphlétaire, Pierre Jourde livre un récit romanesque et mélancolique. Très proustien !

Pierre Jourde n'a pas fini de nous surprendre. On l'a découvert en pamphlétaire (La littérature sans estomac), puis en romancier sarcastique (Festins secrets). Il fit aussi parler de lui l'an passé à l'occasion d'un curieux conflit de voisinage: certains autochtones décrits dans son beau Pays perdu n'auraient, dit-on, guère apprécié ses évocations... Histoire peut-être de gommer cette image de provocateur, Jourde revient avec un roman mélancolique qui, s'il ne prête pas le flanc à la polémique, n'en est pas moins une splendeur. Un récit à fleur de peau, où les réminiscences et les rêves éclaircissent tant bien que mal le socle de la réalité.


  • La revue de presse Martine Laval - Télérama du 26 août 2006

Une femme entre dans la mer, s'offre «de tout son corps». Le narrateur, bien des années après, se souvient : «Je sentais douloureusement chaque fraction de sa peau épousée exactement par l'eau. [...] Nul ne la posséderait jamais comme la mer la possédait en ce moment [...], personne ne se montrerait capable de la recevoir avec cet amour sans phrases.» Ces phrases-là sont de Pierre Jourde, et sur un trop court voyage, pas même trois cents pages, elles nous font rendre l'âme, nous forcent à l'abandon : subir les délices - les vertiges - d'une narration charnelle, venimeuse, obsédante.
Les plus belles histoires d'amour sont celles qu'on vole au passé, qu'on exhume de pays perdus. Ou que l'on imagine, quand on est écrivain. L'Heure et l'Ombre est un roman d'amour à l'amour. Le temps disparaît, se met en apesanteur, les personnages mêlent leurs voix, cèdent à la nuit des paroles jamais prononcées. Le lecteur, piégé par tant de virtuosité narrative, devient non pas voyeur mais confident...

Jourde l'impressionniste entre dans le clan des écrivains de la littérature ardente...


  • La revue de presse Daniel Martin - L'Express du 24 août 2006

... En 2002, dans un violent pamphlet intitulé La Littérature sans estomac, Jourde vilipendait les fausses gloires de la littérature hexagonale, les prosateurs télégéniques, plus dignes, selon lui, d'alimenter les magazines people que les rayons des bibliothèques; dénonçait des pratiques journalistiques faites d'intérêts croisés, d'éloges inutiles. La vive polémique qui s'ensuivit lui donna l'occasion de se découvrir beaucoup d'ennemis, quelques amis, et de se faire un nom. Ironie de l'histoire, au lieu du bourre-pif germanopratin annoncé, il reçut... le prix de la Critique de l'Académie française, institution que l'on ne savait pas si prompte à dénoncer la dérive des moeurs éditoriales...

Quoi qu'il en soit, dès ce livre on devinait que le grand projet de Jourde était de ne pas simplement raconter une histoire, mais de tricoter deux intrigues autour d'un thème commun pour en explorer toutes les richesses. Ce qui est encore le cas dans L'Heure et l'ombre. D'un côté, un enfant en vacances à Saint-Savin - cité balnéaire imaginaire - est séduit par la fillette qui loge dans la villa voisine. Il n'ose l'aborder. L'admire. L'épie chaque été. La rencontre enfin. Puis, adulte, s'en éloigne sans être sûr de l'avoir conquise. Il lui restera fidèle toute sa vie, par horreur de la trivialité. Pierre Jourde déroule ses considérations sur la nature des sentiments en de belles variations proustiennes. Atmosphère qu'il contrarie par sa seconde histoire, plus fantastique, énigmatique....



  • Les premières lignes

«Souviens-toi : je t'ai expliqué déjà comment j'étais revenu la première fois. Mais je n'en avais pas assez dit pour que tu puisses comprendre ce que signifiait ce retour, ni quels étaient ses véritables motifs.
Cela a commencé par une nuit étouffante du mois de juin. La voiture tournait sur le périphérique. Quelle heure était-il ? Je ne me le rappelle pas au juste. Pas très tard, sans doute moins de vingt-deux heures. Elle et moi avions passé le début de la soirée à parler, dans le café où nous nous étions retrouvés un peu par hasard. Puis nous avions pris ma voiture. Je ne sais pas pourquoi le nom de Saint-Savin m'est revenu à l'esprit. En prononçant tout haut ces syllabes qui paraissaient imposer le chuchotement, je les trouvai irréelles.
J'ai toujours été un champion de l'oubli. Les visages et les épisodes de ma vie passée, pourtant courte, manifestent une étonnante faculté de disparition. Je n'avais plus conscience d'avoir vécu quelques saisons de mon existence dans une atmosphère de magie, à l'intérieur de ce que désignait ce chuchotement.
À cette époque, il y avait bien longtemps que je n'allais plus à Saint-Savin. Je ne songeais même plus à ce lieu qui avait tellement compté pourtant dans mon enfance que les images de ses longues plages avaient fini par incarner une éternité dont l'adolescence m'avait exilé.


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