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Les autres

Couverture du livre Les autres

Auteur : Alice Ferney

Date de saisie : 06/11/2006

Genre : Romans et nouvelles - français

Editeur : Actes Sud, Arles, France

Collection : Un endroit où aller

Prix : 21.80 € / 143.00 F

ISBN : 978-2-7427-6258-3

GENCOD : 9782742762583


  • La dédicace de l'auteur

Le sujet du livre, Les autres, est la question de l'identité. Je la poserai de cette manière : suis-je capable moi-même de dire qui je suis ? Quelqu'un d'autre est-il capable de le dire également ? Que se passe-t-il si nous ne sommes pas d'accord ? Pourquoi cela fait-il si mal d'entendre les autres nous qualifier d'une façon qui n'est pas celle que nous choisirions ? Je m'intéresse à ce rapport entre le regard que l'on porte sur soi et celui que les autres portent sur nous-mêmes, à la discordance qui peut exister, à la souffrance qu'elle crée en nous. Au fond, je me pose la question : qui peut dire qui je suis ? Pour traiter ce sujet qui intéresse chacun d'entre nous et auquel chacun de nous, je pense, s'est trouvé confronté dans sa vie au milieu des autres, je raconte l'histoire suivante : une dizaine de personnages passent une soirée dans une maison et, à l'occasion d'un anniversaire, un jeu est offert à l'un des convives. Une partie va s'engager. Ce jeu s'appelle «Personnages et caractères», et il construit une procédure d'interrogation qui n'a rien à voir avec un jeu de la vérité, mais qui a plutôt trait à un jeu de la révélation et de l'anticipation de ce que chacun peut avoir à faire ou imaginer faire dans certaines situations. Lorsque les protagonistes répondent aux questions aussi diverses et farfelues qu'on peut les imaginer, ils révèlent, à la fois, comment ils se voient et comment ils voient les autres, et se trouvent donc confrontés aux regards que les uns portent sur les autres. Ces personnages appartiennent à deux groupes, deux noeuds relationnels : d'une part, une famille avec plusieurs générations, et d'autre part, un réseau d'amis, ces deux sortes de noeuds étant finalement toujours ceux dans lesquels nous nous trouvons pris. Pour finir, je pourrais dire que le roman a une structure un peu singulière qui était pour moi l'occasion d'expérimenter une forme littéraire un peu moins classique que celle de mes précédents livres. Cette structure comprend trois parties. La première partie est une série de monologues intérieurs qui permettent de rentrer dans l'histoire en étant à l'intérieur de chacun des personnages ; elle s'appelle : «Choses pensées». La deuxième partie est comme un enregistrement vivant de la soirée ; ce ne sont donc que des dialogues ; c'est une sorte de pièce de théâtre dans le roman, où on apprend toutes les choses qui ont été dites. La dernière partie est un roman classique dans lequel un narrateur omniscient, à la manière de Balzac, raconte cette soirée qui a d'abord été entrevue des deux façons précédentes ; cette dernière partie s'appelle : «Choses racontées». Cela permet de comprendre qu'un des problèmes de notre existence au milieu des autres, c'est que nous sommes des êtres opaques, non transparents aux regards des autres, qui peuvent avoir des pensées cachées, des intentions inavouées et toutes sortes de choses complexes à traiter. Merci de lire des livres, et bonne lecture pour celui-ci si, d'aventure, vous vous y plongez.

(Propos recueillis par téléphone)



  • La présentation de l'éditeur

Caractère : n. m. Manière habituelle de réagir, propre à chaque personne. Et juste en dessous : Personnes susceptibles s'abstenir. Voilà ce qui était écrit en gros sur le couvercle. Ce jeu a reçu une récompense au Festival international des nouveaux jeux de société. Je ne m'arrête pas à ce détail positif, j'imagine le chambardement qu'il peut susciter dans notre groupe. Un jeu de miroir tient nos relations dans le monde des ombres et des reflets. Personnages et Caractères propose d'éclairer cet imbroglio. Mais justement, faut-il faire la lumière ? Je suis de l'avis de Fleur : c'est prendre des risques. Théo lit la règle du jeu avec un sérieux d'enfant. On dirait que lire à voix haute le protège de comprendre ce qu'il annonce. Et Niels s'amuse, se frotte les mains, il assistera en direct à une expérience psychologique. C'est bien digne de lui d'avoir offert ce cadeau.

Alice Ferney a déjà publié chez Actes sud Le Ventre de la fée (1993), L'Elégance des veuves (1995 et Babel n°280), Grâce et dénuement (1997 et Babel n°439), La Conversation amoureuse (2000 et Babel n'567) et Dans la guerre (2003 et Babel n° 714).



  • La revue de presse Eliette Abécassis - Le Figaro du 24 août 2006

«Qui n'est pas susceptible ? Qui peut entendre les critiques en souriant ?» Telle est la question lancinante qui hante le nouveau roman d'Alice Ferney, Les Autres. L'auteur, après L'Élégance des veuves ou encore La Conversation amoureuse, y poursuit sa passionnante ¬exploration de la relation humaine, avec la rigueur et la grâce qui la caractérisent.

Ce roman met en scène une famille compo¬sée de Nina, la grand-mère, Moussia, la ¬mère, Luc, le gendre, Niels et Théo, les deux fils, frères ennemis à la relation complexe. Et avec eux, leurs amis, fiancées et ex-maîtresses, avec leurs secrets. Ces personnages vont engager un jeu qui s'appelle «Caractère» et qui consiste, d'une façon assez perverse, à faire ¬dire aux participants ce qu'ils pensent les uns des autres. Le leitmotiv de ce livre, son originalité et sa force tiennent dans cette assertion vertigineuse que ce que les autres pensent de nous est extrêmement déconcertant et décevant, et n'a aucun rapport avec l'image que nous voulons donner de nous-mêmes...

Finalement, comme dans ce jeu auquel se livrent les personnages, ce jeu des caractères - même si à un certain moment l'on frise le tragique -, ce beau roman nous montre que la relation humaine n'est qu'un jeu auquel nous jouons tous, auquel peut-être nous ne faisons que jouer : nous feignons de ne pas penser ce que nous pensons, pour pouvoir ¬vivre avec l'autre, mais par cette feinte, loin ¬de tout ¬cynisme, peut-être témoignons-nous ¬de notre désir de rencontrer l'autre, de lui «demander sa main» ?



  • Le message de l'auteur

Alice Ferney - 13/09/2006



  • Les premières lignes

FLEUR

CLAUDE ET MOI nous marchons sur des graviers en direction de la porte-fenêtre où une lampe fait un halo de lumière. Je sais que ma façon de me tourner vers lui révèle une adoration exagérée qui étonne. C'est un effet de ma volonté : je m'efforce vraiment d'aimer. Je lui demande : Tu es souvent venu ici n'est-ce pas ? Sa réponse se perd dans le bruit que font nos pas. Crr crr crr. J'aperçois Théo qui bavarde avec Estelle en lui prêtant sa cigarette. Ils sont si concentrés l'un sur l'autre qu'ils ne nous ont pas encore vus. Des bandes de fumée s'élargissent, s'estompent puis se dissipent au-dessus de Théo. L'air a la fraîcheur que font ensemble la nuit et le vent. Je me dis : Quelle chance merveilleuse d'habiter une maison, en un temps où s'élèvent des immeubles qui ressemblent à des prisons ! Le jardin compose un écrin de touffeur autour des murs. Je n'entends pas une voiture. Je dis : Re­garde ! il y a même un cerisier ! Moussia prétend qu'il croule chaque année sous les fruits. Claude sait déjà tout cela. Nous sommes invités quand nous le voulons à venir en manger, me dit-il. Je demande : Moussia est très accueillante ? Très, dit Claude, elle a toujours le sourire même lorsqu'on la sollicite à l'improviste. Tu l'as déjà remarqué quand même ? Il faut que je dise oui. Je dis : Oui, j'ai remarqué. Voilà une chose qui me déplaît dans la vie à deux, on dirait que l'on perd le droit de ne pas apprécier une personne sous prétexte qu'elle plaît beaucoup à l'autre.
Je trouve que pour son âge Moussia est une très belle femme. Elle porte de grandes jupes de velours qui lui vont à merveille. Jamais je ne l'ai vue habillée autrement : pas de pantalon, toujours de la longueur. Et de la grâce. J'aimerais lui plaire.


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