Auteur : Michela Marzano
Date de saisie : 05/09/2006
Genre : Philosophie
Editeur : PUF, Paris, France
Prix : 15.00 € / 98.39 F
ISBN : 978-2-13-055651-0
GENCOD : 9782130556510
La modernité se flatte de n'avoir gardé, comme critère départageant les actes licites et illicites, que le consentement des individus. Mais qu'entend-on par consentement ? Suffit-il à déterminer la légitimité d'un acte ou d'une conduite ? Est-il toujours une expression de l'autonomie personnelle ? Un débat très animé oppose aujourd'hui ceux qui, au nom de la liberté la plus totale, défendent le consentement sans s'interroger sur les déterminations sociales, culturelles, économiques et psychologiques des choix individuels, et ceux qui, au nom de la dignité de la personne, excluent a priori la notion de consentement. S'appuyant sur des exemples caractéristiques des questions que posent la vie sexuelle et l'éthique médicale contemporaines, l'auteur de cet essai engagé montre qu'il est parfaitement possible à chacun de décider de ce qui est bon pour lui sans pour autant oublier que la liberté humaine est toujours inscrite dans la réalité de la vie, et qu'elle n'a de sens et de valeur que lorsqu'elle s'articule à la responsabilité.
Michela Marzano, normalienne, docteur en philosophie, est chargée de recherche au CNRS. Elle est le maître d'oeuvre du Dictionnaire du corps (à paraître aux PUF, janvier 1007).
Dans un ouvrage dense et rigoureux, Michela Marzano montre que certaines évolutions actuelles des moeurs sont à rebours de la dignité humaine.
INGÉNIEUR BERLINOIS, Bernd Juergen Brandes avait 42 ans quand il a été retrouvé mort, le corps mutilé et découpé en morceaux par un tueur qui souhaitait réaliser ses fantasmes cannibales. Jugée en janvier 2004, l'affaire avait stupéfié l'opinion, aussi bien en Allemagne qu'outre-Rhin, parce qu'il avait «consenti» à mourir ainsi. Bernd Jungen Brandes avait tout simplement répondu à une annonce envoyée sur Internet par Armin Meiwes, qui proposait à qui le voulait bien, d'être tué, puis «mangé»....
Aussi extrême soit-il, ce crime, que l'accusation a défini comme «un meurtre par plaisir sexuel» insinue de redoutables questions. En quoi le consentement d'une victime atténue-t-il la gravité d'un crime ou d'un forfait ? Que devient notre liberté, si nous acceptons d'en user contre nous-mêmes ? Pouvons-nous utiliser l'argument du «droit à l'autonomie», pour justifier notre soumission volontaire ? Interrogations d'ordre juridique, mais aussi philosophique, auxquelles tente de répondre Michela Marzano dans son dernier livre, Je consens donc je suis, ouvrage qui est le fruit d'une réflexion sur les dérives d'une conception de la liberté qui stipule que le contrat privé passé entre deux ou plusieurs individus ne concerne qu'eux, qu'elles que soient les conséquences pour les contractants, et même si celles-ci sont dramatiques...
En outre, la philosophe met l'accent sur l'étrange contradiction de certains juristes ou philosophes français,... Contre les chantres du contrat sexuel à durée déterminée, elle n'appelle à aucun retour de l'ordre moral. L'auteur préfère provoquer le débat en jetant ce pavé à la face d'intellectuels libertaires qui invoquent à contresens les mânes de Nietzsche pour justifier des pratiques «transgressives» alors que le prophète de Sils-Maria était l'inverse d'un apôtre du relativisme moral : un partisan de la hiérarchie des valeurs. Michela Marzano a le cran de les affronter, il en faut, car ces gens sont aussi arrogants que minoritaires. L'intimidation intellectuelle est une vieille tradition française et Marzano a déjà eu à la subir. Si elle n'a pas encore été traitée de «réactionnaire», «néo» ou «archéo»; nul doute que cela ne saurait tarder...
Extrait de l'avant-propos :
La modernité se flatte de n'avoir gardé, comme critère départageant les actes licites et illicites, que le consentement des individus. Mais qu'entend-on par consentement ? Suffit-il, à lui seul, pour déterminer la légitimité d'un acte ou d'une conduite ? Est-il toujours une expression de l'autonomie personnelle ? Quels liens existent entre les concepts d'autonomie, de liberté et de dignité de la personne ?
Les questions que l'on peut se poser sont multiples et complexes, d'autant que le consentement n'a pas un statut épistémologique clair, et que les réponses que l'on trouve aujourd'hui à ce type de problèmes sont souvent loin d'être satisfaisantes. D'un côté, nombreux sont ceux qui défendent le consentement sans jamais s'interroger sur les contraintes sociales, culturelles, économiques et psychologiques qui influencent considérablement les choix individuels'. De l'autre, il y a ceux qui, au nom de la dignité de la personne, excluent a priori la notion de consentement de leur univers conceptuel, sans accepter que les individus, en tant qu'êtres doués de dignité, aient justement le droit de décider de ce qui est «bon» ou «mauvais» pour eux. Mais peut-on réellement défendre le consentement sans s'interroger sur les contingences qui peuvent parfois pousser les individus à «consentir» à quelque chose, en dépit de leurs convictions et de leurs croyances personnelles ? Peut-on, au contraire, nier son importance sous prétexte qu'aucune décision n'est libre de contraintes physiques ou psychiques ? Est-il possible de faire semblant d'ignorer que la capacité d'agir consiste toujours à se frayer un chemin parmi des choix qui sont en partie libérés des conditions sociales, en partie contraints par elles ? Est-il, au contraire, possible de continuer à défendre une position paternaliste de la morale, selon laquelle il existerait une conception déterminée du bien que peu de gens connaissent et qu'il faudrait imposer, bon gré mal gré, à tout le monde, indépendamment de leurs désirs et de leurs souhaits ? Peut-on penser que le simple fait de donner son consentement à un acte modifie la nature de l'acte lui-même, au point qu'une action illégitime (par exemple un meurtre) devienne légitime, uniquement en vertu du consentement donné ? Faut-il, au contraire, nier que le consentement permet de qualifier d'infractions certains actes, et d'appeler ainsi «viols» les actes sexuels non consentis ?
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