Auteur : Jean-Eric Boulin
Date de saisie : 07/11/2006
Genre : Romans et nouvelles - français
Editeur : Stock, Paris, France
Collection : Bleue
Prix : 15.00 € / 98.39 F
ISBN : 978-2-234-05923-8
GENCOD : 9782234059238
Je m'appelle Jean-Éric Boulin, j'ai 28 ans et je viens de Marseille. Ce roman s'est imposé à moi lorsque je suis venu à Paris, de ma province, il y a de cela quatre ans. Il m'a semblé qu'il y avait une espèce de déficit d'écriture du réel tel que celui-ci m'apparaissait. J'avais l'impression qu'il y avait une situation injuste, révoltante par beaucoup d'aspects, et qu'il fallait donc écrire pour la rendre intelligible et sensible. Le livre a une structure ternaire en trois parties et en trois personnages qui sont un peu des figures sociales simplifiées pour éclairer le réel, qui épousent notamment des clichés qui, je crois, sont ceux de beaucoup de nos concitoyens : la figure de Kamel Barek, le jeune Français d'origine maghrébine, en déserrance, en mal de repère, en mal d'identité. Il va emprunter le chemin qui avait été celui de Khaled Kelkhal. J'essaie d'apporter une explication à cette dérive-là qui reste individuelle et qui reste naturellement inexcusable. Ensuite, le personnage public de François Hollande que tout le monde connaît et qui n'arrive pas à porter un message qui fasse cohérence, sens à l'obscénité sociale, et qui puisse apaiser. C'est l'homme politique dans toute son acuité, dans toute son inutilité, qui est décrit dans la seconde partie, de façon peut-être un peu exagérée mais qui paraissait coller au personnage tel que j'ai pu le ressentir. Ensuite, le troisième personnage est celui de Yann Guillois, le jeune Français blanc, âgé de 28 ans, qui a une rage identique à celle de Khaled Kelkhal, même si les déterminants sont différents, et qui va suivre les traces de Richard Diurne, la figure un peu absolue du déclassé à la française, de l'impuissant, de l'enragé, du perdant et qui oppose à l'exsangue sociale, là encore, une injustifiable violence physique. Toutes ces destinées individuelles se résolvent dans un destin collectif qui est un livre apparaissant comme catastrophique et qui l'est, mais qui ne se produira pas. Donc, en aucun cas, le livre ne légitime ce qui peut être dit à la fin, laquelle fin ouvre sur une France réconciliée, retrouvée, qui laisse place à un renouveau, puisque les personnes qui, à mon sens, font obstacle à cet avènement de la France sont contrecarrées. C'est donc un livre profondément optimiste, qui veut d'abord s'atteler à décrire le réel tel qu'il est aujourd'hui, qui veut rendre justice à des figures qui ne sont jamais écrites dans la littérature aujourd'hui, qui décrit la France telle qu'elle est aujourd'hui, et qui pourrait écrire un supplément au roman national, tel qu'il m'apparaissait urgent de le faire. Au plaisir, bonne lecture à vous et surtout, ne lâchez rien. Au revoir.
(Propos recueillis par téléphone)
" Ça a chauffé pendant une semaine dans les journaux. Yann Guillois a cru qu'il se passerait quelque chose. Qu'un homme-peuple apparaîtrait et marcherait sur l'eau. Qu'il dirait que nous sommes tous des hommes politiques, et qu'ensemble nous cherchons le sens. Mais non, rien. Aux tribunes, les leaders des partis suaient comme des veaux, dans l'écroulement des slogans. C'était un peu après Cannes, les marches, la palme, les villas bruissantes de baise, les piscines de champagne. Puis, le gratin de Roland-Garros, les puissants flanqués de putes s'aérant la chatte, le chassé-croisé des aoûtiens et des juillettistes, les deux mois réglementaires de peaux épilées. Rien ne remonte des profondeurs, de la colère des Arabes et des Noirs, de l'impuissance des Blancs, de tous ceux qui sentent en eux le sang jeune bouillir pour rien, de la haine de tous pour tous, de l'envie de mort et du désir de fusion. Rien ne filtre. Mer d'huile. Monopole de la surface. Le couvercle est si bien en place que Yann Guillois pourra en dessous crever encore de longues années, à moins d'une gigantesque colère collective. " Puisse ce livre d'amour arriver jusqu'à vous.
Jean-Eric Boulin a vingt-huit ans. Il vient de Marseille. Supplément au roman national est un premier roman.
Commander ce livre sur Fnac.com
... La voix de son livre trahit un sacré tempérament, une rage de diamant, un sens aigu du rythme et du mot. A 28 ans, Jean-Eric Boulin fait une entrée tonitruante sur la scène bien rangée bien repassée du jeune roman français. En voilà un auquel on ne pourra reprocher d'ignorer le monde autour de lui !
Supplément au roman national, c'est la France au tranchoir. Une charge à l'arme lourde contre la décomposition sociale et démocratique des années 1990 et 2000...
Nul doute que Jean-Eric Boulin sera remarqué. Le jeune homme a du souffle, de la hargne, du talent, de l'humour, des idées. Il vise juste et frappe fort. Et qu'importe si la nuance n'est pas sa qualité principale. La colère a souvent des vertus salutaires.
APPEL AU PEUPLE. La littérature descend dans la rue. Jean-Eric Boulin, 28 ans, las des livres tricotés avec les problèmes des gens sans problème, a jeté sur le papier sa version de l'ultime chapitre, en train de s'écrire, du roman national. National ? Il ose le mot, voulant y croire, fouaillant de son verbe fiévreux une France en capilotade, dont il cherche à esquisser ¬ le nouveau visage hybride...
Jean-Éric Boulin plonge sa plume comme un poignard au coeur du malaise qui court les rues - «La France, un caddie plein. Alors que le besoin d'identité fait crever de faim» - comme si on ne pouvait plus faire l'économie d'une certaine violence pour réveiller les consciences ; éveiller, surtout, une nouvelle conscience collective.
Entre le rêve et la rage«Ce récit propagera la haine jusqu'à la concorde», proclame-t-il, en préambule, comme un troubadour sonnant du clairon pour capter l'attention et mettre le public en condition. Car ce livre n'est pas un roman. C'est plutôt une chanson de la geste contemporaine, cadencée comme du slam, mi-poétique, mi-politique, oscillant entre le rêve et la rage...
L'auteur déborde d'ins¬piration et d'intuition, mais sa vision politique demanderait à être ajustée. Il nous livre un portrait de la France des années 2000 saisissant de vérité. Mais un portrait «en éclats», comme une mosaïque dont les fragments auraient été juxtaposés sans raison, si bien qu'aucune figure, in fine, n'apparaît, si ce n'est le spectre d'une révolution.
Copyright : Studio 108 2004-2008 - Informations légales - Vous êtes éditeur ?
Programmation : Olf Software - Infographie, XHTML/CSS : Gravelet Multimédia - Graphisme : Richard Paoli