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En nous la vie des morts

Couverture du livre En nous la vie des morts

Auteur : Lorette Nobécourt

Date de saisie : 06/11/2006

Genre : Romans et nouvelles - français

Editeur : Grasset, Paris, France

Prix : 18.90 € / 123.98 F

ISBN : 978-2-246-59451-2

GENCOD : 9782246594512


  • La dédicace de l'auteur

Mon livre, En nous la vie des morts, est l'histoire d'un homme dont le meilleur ami vient de se suicider, et qui s'est séparé de la femme avec qui il vivait. Sa plus proche amie est partie, et il s'en va dans le fin fond du Vermont, en Amérique, pour essayer de comprendre le sens de sa vie. C'est un homme seul, mais qui va être accompagné de lectures. Il y a un livre dans le livre, qui s'appelle aussi En nous la vie des morts, où il croise des personnages un peu mythologiques, mythiques. Et lui, à travers ses lectures, ses rencontres - il croise une vieille Indienne pleine de sagesse, une jeune femme, un vieux boxeur, plein de personnages -, il va essayer de mourir à lui-même pour naître au monde, comme une sorte de seconde naissance, pour naître à la vie, à la joie, passer de l'ombre à la lumière. C'est tout son voyage immobile à l'intérieur de son propre ciel, qui est l'histoire de ce livre, tout cela pour aller vers une sorte d'unité intérieure. Ses lectures le nourrissent, dans cette quête spirituelle qui est la sienne. Les lectures le transforment, parce qu'elle sont reliées au monde. C'est comme si il avait la possibilité, grâce aux livres, de décrypter le monde qui l'entoure, comme si le monde devenait une sorte d'immense texte qu'il lui est donné de lire pour l'interpréter, le comprendre et avancer. La lecture est essentielle pour lui, parce que lire, c'est aller dans les profondeurs de soi, aller dans l'intime de soi, et aller par le verbe à la rencontre de la chair, en quelque sorte, de l'incarné ; c'est comment l'homme fait, en lui, la noce du verbe et de la chair, en quelque sorte. Ce personnage m'a accompagnée, avec tous les autres, pendant des années. C'est un peu, non pas comme si j'avais écrit ce livre, ce qui est étrange, mais comme si j'avais aimé ce livre et que j'avais envie de le faire partager. Bonne route intérieure avec eux.

(Propos recueillis par téléphone)



  • La présentation de l'éditeur

Finalement, cela commence de bonne heure un miracle. Il faut des années pour lui donner une forme, il faut d'immenses peines et d'immenses chagrins, jusqu'au moment où la vie vous prend tout entier. Après le suicide de son ami d'enfance, Nortatem se retire en ermite dans une cabane e du Vermont. Loin de tout, il fume, boit, marche et se souvient. Ce travail de deuil l'ouvre peu à peu au monde sensible. Il rencontre des êtres qu'il ne voyait pas jusqu'alors : une vieille Indienne énigmatique et voluptueuse, un voisin rustre et sa fille envoûtante... Il correspond avec des femmes absentes. Les personnages qui peuplent le monde de ses rêves rejoignent les héros de papier de ses lectures quotidiennes qui nous emportent avec lui, en tous lieux et à toutes époques, dans la passion et le folklore des contes. Un roman profond et puissant tissé de fils subtils entre la légende et les jours ordinaires, dans un décor primitif où l'homme qui lit console et sauve l'homme qui vit.

Lorette Nobécourt est née à Paris en 1968. Elle est l'auteur de plusieurs romans dont La Conversation (Grasset, 1998), Hor sita (Grasset, 1999). En nous la vie des morts est son septième livre.



  • La revue de presse Valérie Marin La Meslée - Le Point du 31 août 2006

Accablé par le suicide de son meilleur ami, Nort chemine vers l'apaisement grâce à Guita «l'éveillée». Une quête spirituelle et un chant à l'amitié.[...]
Subtile mise en abyme, ce livre est animé d'une quête spirituelle qui pourrait le placer dans le sillage de Sylvie Germain, mais versant oriental et «tendance». Cette relation inspirée de la mort d'une névrose vibre aussi d'un chant chaleureux à l'amitié. Et l'on sort rasséréné de cette lecture à plusieurs dimensions, où l'ego s'ouvre au vaste monde.


  • La revue de presse Marine Landrot - Télérama du 2 septembre 2006

Parfois, un livre surgit de nulle part, au moment juste, pour vous épauler, vous nourrir, et vous sauver. Nortatem, le héros new-yorkais d'En nous la vie des morts, connaît cette chance avec le Livre 7. Un ouvrage hébraïque anonyme, trouvé sur la table d'entrée d'une amie. Un guide spirituel romanesque en diable, une cérémonie des adieux éternellement recommencée retraçant les agonies fulgurantes d'êtres en quête d'absolu. Nortatem dévore ce livre dans une maison du Vermont coupée du monde, où il s'isole pour se remettre du suicide de son ami d'enfance. Par un subtil effet de mise en abyme, Lorette Nobécourt écrit à la fois l'histoire du deuil de Nortatem, personnage magnifique et envoûtant comme son prénom, et les courts chapitres de ce mystérieux Livre 7, leçons métaphysiques d'une exquise pertinence sur l'approche de l'au-delà.
A force de tendre des fils de soie entre ces histoires ésotériques, imprégnées de toutes les spiritualités du monde, elle parvient à tisser un tapis de méditation sur lequel on se love comme un enfant. Et signe un livre hanté qui nous fait «muter», pour reprendre l'expression de Nortatem, transfiguré lui aussi par ses lectures...


  • La revue de presse Jean-Luc Douin - Le Monde du 25 août 2006

Lorette Nobécourt respecte la loi des écrivains : elle récrit sa biographie. A peine passé l'âge du Christ, celle qui eut déjà plusieurs vies (dont une de crucifixions) tourne le dos à la scansion des souvenirs envenimés pour s'offrir l'accès à un autre monde, celui de ses incarnations. Elle a adopté une phrase de Borges : "L'imagination est un acte créateur de la mémoire", et plonge dans un temps de détours, spirales, girations qui affolent la chronologie.

En nous la vie des morts nous parle d'En nous la vie des morts, un roman qui fut publié jadis, en 2006, et dont s'abreuve le narrateur, un certain Nortatem. L'auteur en fut une certaine Guita, hôte invisible, guide férue de sages tibétains, initiatrice de quête existentielle, qui eut sans doute Lorette comme disciple et lui inculqua l'art de nourrir ses fictions intimes, d'être tour à tour l'un des personnages symbolisant ses souffrances et ses soifs, rencontrés "dans des vies passées ou à venir"...

Telle Pandora, cette héroïne interprétée par Ava Gardner et qui, déçue par les amours que lui offrirent les hommes, s'en va chercher ailleurs l'accomplissement suprême, Lorette Nobécourt décline l'amour fou à l'infini. Son "Hollandais volant" a mille visages. Elle n'utilise plus aujourd'hui la littérature comme un "instrument de survie" mais comme "un outil", le moyen de "lier la réalité, brutale, et l'autre part que l'on porte en soi, la part divine. Mon destin est lié au verbe. Pour moi, la tâche de l'homme est d'accomplir une noce entre le verbe et la chair."
Comme Dalva, l'héroïne sioux de Jim Harrison qui fusionne en son être mystère et profane, religieux et trivial, rêves d'harmonies miraculeuses et épiphanies du quotidien, les personnages d'En nous la vie des morts en rencontrent d'autres, plus ou moins mythiques, parfois surgis du folklore des contes, ceux que Lorette Nobécourt a toujours rêvé de rencontrer.



  • Le message de l'auteur

Lorette Nobécourt - 22/09/2006



  • Les premières lignes

A cinquante mètres au-dessous du niveau de la mer, on ne souffre plus. L'oxygène pur annihile toute douleur. Le coeur bat à huit pulsations minute. Je suis sûr qu'il y a là une vie d'une matière insoutenable.
Peut-être ne peut-on pas s'installer doucement dans une nouvelle vision du monde, peut-être faut-il chuter d'un seul coup et braquer les yeux vers le ciel pour tenter d'en saisir une représentation neuve ? Peut-être faut-il passer de la surface à la profondeur la plus totale, sans apprivoiser notre peur des grands fonds, là où l'on ne soupçonne aucune lumière. Muter. Peut-être est-ce cela qu'il faut, oui. Mais comment ?
Je suis encore à la surface, avec dans la poitrine de gros sanglots, comme des truites qui remuent lentement sous mon plexus. Et pourtant, je crois que je vais pleurer bientôt.
Ce matin, je suis resté assis dans un jardin public à Times Square, près d'un gitan en larmes avec sa chemise blanche déchirée et ses chaussures tellement vernies qu'on pouvait presque y voir le reflet des nuages. Je lui ai cueilli une tulipe. Guita m'a appris que les tulipes sont des fleurs bienveillantes. Il faut croire Guita parce que Guita connaît des choses que le monde ignore. Elle n'aurait pas été surprise par la réaction du gitan :
- Dieu est bon de me faire signe. C'était sa fleur préférée, la tulipe, Dieu est bon. J'ai perdu mademoiselle Maman, mais Dieu est bon de me faire donner une tulipe.
Guita ne s'étonne de rien. Elle dit toujours que la surprise est le lot des ignorants.
J'ai été chercher deux hot-dogs, un pour le gitan, un pour moi. Sur le hot-dog, on peut affirmer que Dieu n'a pas fait signe. Ce n'était pas le sandwich préféré de sa mademoiselle Maman.
Une femme s'est assise sur l'autre banc, à gauche, avec des bas scintillants comme la surface de la mer en plein soleil. Le gitan s'est tourné pour ne pas lui montrer sa peine, et de nouveau j'ai pensé à ce qui se passe, à cinquante mètres sous l'eau, quand l'oxygène est pur.
Maintenant j'ai sommeil et Dieu me manque.


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