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Eldorado

Couverture du livre Eldorado

Auteur : Laurent Gaudé

Date de saisie : 12/09/2006

Genre : Romans et nouvelles - français

Editeur : Actes Sud, Arles, France | LEMÉAC, Montréal, France

Collection : Domaine français

Prix : 18.70 € / 122.66 F

ISBN : 978-2-7427-6261-3

GENCOD : 9782742762613


  • La présentation de l'éditeur

Gardien de la citadelle Europe, le commandant Piracci navigue depuis vingt ans au large des côtes italiennes, afin d'intercepter les embarcations des émigrants clandestins. Mais plusieurs événements viennent ébranler sa foi en sa mission. Dans le même temps, au Soudan, deux frères (bientôt séparés par le destin) s'apprêtent à entreprendre le dangereux voyage vers le continent de leurs rêves, l'Eldorado européen... Parce qu'il n'y a pas de frontière que l'espérance ne puisse franchir, Laurent Gaudé fait résonner la voix de ceux qui, au prix de leurs illusions, leur identité et parfois leur vie, osent se mettre en chemin pour s'inventer une terre promise.

Romancier et dramaturge né en 1972, Laurent Gaudé a publié chez Actes Sud plusieurs pièces de théâtre et trois romans : Cris (2001 ; Babel n'613), La Mort du roi Tsongor (2002, prix Goncourt des lycéens 2002, prix des Libraires 2003 ; Babel n ° 667) et Le Soleil des Scorta (prix Populiste, prix Jean-Giono et prix Goncourt 2004 ; Babel n ° 734).



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  • La revue de presse Anne Berthod - L'Express du 7 septembre 2006

Du «volontarisme républicain» sarkoziste aux Mauritaniens venus s'échouer, cet été, sur les plages des Canaries, l'immigration est d'une actualité brûlante. Y compris sur le front littéraire, où Laurent Gaudé confronte, pour la première fois, son écriture romanesque au monde contemporain. Car, si l'auteur du Soleil des Scorta (Goncourt 2004) continue, avec Eldorado, de tremper sa plume dans la botte italienne qu'il sillonne depuis l'enfance, il en propose une lecture moins fantasmée, ancrée sur des rivages bien réels qui teintent sa fable migratoire d'un humanisme autrement prégnant.



  • Les premières lignes

A Catane, en ce jour, le pavé des ruelles du quartier du Duomo sentait la poiscaille. Sur les étals serrés du marché, des centaines de poissons morts faisaient briller le soleil de midi. Des seaux, à terre, recueillaient les entrailles de la mer que les hommes vidaient d'un geste sec. Les thons et les espadons étaient exposés comme des trophées précieux. Les pêcheurs restaient derrière leurs tréteaux avec l'oeil plissé du commerçant aux aguets. La foule se pressait, lentement, comme si elle avait décidé de passer en revue tous les poissons, regardant ce que chacun proposait, jugeant en silence du poids, du prix et de la fraîcheur de la marchandise. Les femmes du quartier remplissaient leur panier d'osier, les jeunes gens, eux, venaient trouver de quoi distraire leur ennui. On s'observait d'un trottoir à l'autre. On se saluait parfois. L'air du matin enveloppait les hommes d'un parfum de mer. C'était comme si les eaux avaient glissé de nuit dans les ruelles, laissant au petit matin les poissons en offrande. Qu'avaient fait les habitants de Catane pour mériter pareille récompense ? Nul ne le savait. Mais il ne fallait pas risquer de mécontenter la mer en méprisant ses cadeaux. Les hommes et les femmes passaient devant les étals avec le respect de celui qui reçoit. En ce jour, encore, la mer avait donné. Il serait peut-être un temps où elle refuserait d'ouvrir son ventre aux pêcheurs. Où les poissons seraient retrouvés morts dans les filets, ou maigres, ou avariés. Le cataclysme n'est jamais loin. L'homme a tant fauté qu'aucune punition n'est à exclure. La mer, un jour, les affamerait peut-être. Tant qu'elle offrait, il fallait honorer ses présents.
Le commandant Salvatore Piracci déambulait dans ces ruelles, lentement, en se laissant porter par le mouvement de la foule. Il observait les rangées de poissons disposés sur la glace, yeux morts et ventre ouvert. Son esprit était comme happé par ce spectacle. Il ne pouvait plus les quitter des yeux et ce qui, pour toute autre personne, était une profusion joyeuse de nourriture lui semblait, à lui, une macabre exposition.


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