Auteur : Yves Paccalet
Date de saisie : 12/08/2006
Genre : Récits de Voyages
Editeur : Archipel, Paris, France
Prix : 19.95 € / 130.86 F
ISBN : 978-2-84187-836-9
GENCOD : 9782841878369
Le mystère infini des mers, Yves Paccalet l'a souvent effleuré. Notamment à bord de la Calypso, avec le commandant Cousteau au côté duquel il navigua durant plus de quinze années. Il continue de le contempler, en naturaliste ou en voyageur émerveillé, en savant ou en philosophe, mais surtout en poète et en amoureux de l'océan. Ce qui ne l'empêche pas de se mettre en colère lorsqu'il constate les pollutions et les saccages dont est victime le Grand Bleu.
Voyage au pays des mers est un hommage à l'océan, et un cri de rage contre ceux qui l'empoisonnent. De la Méditerranée à la Californie en passant par Gibraltar, Terre-Neuve, les Antilles, le cap Horn et les îles Galapagos, Yves Paccalet se souvient des moments de grâce qu'il a vécus sur l'eau. Il agrémente son récit de réflexions sur l'homme, l'esprit d'aventure, le rêve des lointains, les îles perdues, les rencontres avec les peuples de l'océan, les baleines, les requins, le corail, les icebergs.
Un nouveau périple enchanté et enchanteur, après Voyage au pays des montagnes et Voyage au pays des fleurs.
Né en Savoie en 1945, Yves Paccalet, philosophe et journaliste, a collaboré à Terre Sauvage, au Nouvel Observateur et au Figaro Magazine. Parmi ses précédents ouvrages : La Terre, la mer et la vie (Larousse, 1995), Australie, cinquième continent (Arthaud, 2000), La Vie secrète des dauphins et La Vie secrète des requins (L'Archipel, 2002 et 2003). Il est également l'auteur d'un pamphlet, L'humanité disparaîtra, bon débarras ! (Arthaud 2006).
Embarquement.
L'appel de la baleine.
Lumière du soir au Pays basque.
Je descends sur le rivage à la pointe Sainte-Anne, près d'Hendaye. J'avance parmi les schistes de cette côte étrange qui semble avoir été pavée par un géant et où les parfums du vent sont musqués comme ceux d'une nymphe. L'océan Atlantique est rouge et or, le sable mauve, la roche violette. On dirait un crépuscule héroïque de L'Odyssée ou (au choix !) la dernière image d'un film sentimental en Technicolor. Homère ou Hollywood: la nature aime le mélange des genres... Debout sur un rocher, les pieds mouillés par le clapot, la narine emplie d'ambre, je scrute l'horizon. Le friselis de la houle, la musique de la brise, le balancement des vagues qui s'exténuent sur la rive, introduisent mon âme à une extase pareille à celle que connut Jean-Jacques Rousseau sur l'île Saint-Pierre et qu'il décrit dans Les Rêveries du promeneur solitaire.
Je songe à la sauvage innocence de cette côte au Moyen Âge. Je me transporte en l'an 1000. Ici, chaque hiver, soufflent les baleines. Les baleines franches noires de l'Atlantique nord, celles qu'on nomme précisément «des Basques» ou «de Biscaye» et que les naturalistes baptisent Eubalaena glacialis glacialis (deux fois, glacialis: le deuxième adjectif marque la sous-espèce).
Les baleines... Lourdes, lentes, longues de 16 mètres et pesant 40 tonnes... Regardez-les qui lancent leur panache irréel. Voyez-les qui ondulent en avançant vers la plage... Les eaux de l'Euzkadi sont pour elles un palais d'amour. Mâles et femelles paradent en ballets gigantesques, se donnent des sortes de baisers et s'étreignent dans des éclaboussements. Des mères, saisies de contractions, mettent au monde le bébé de quatre tonnes qu'elles ont conçu au même endroit, l'année précédente. Elles le serrent dans leurs bras, le rassurent, le cajolent et lui font téter cinquante litres d'un mélange d'amour et de lait tiède.
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