Auteur : Moris Farhi
Traducteur : Sylvie Finkelstein
Date de saisie : 23/11/2006
Genre : Romans et nouvelles - étranger
Editeur : Buchet Chastel, Paris, France
Collection : Littérature étrangère
Prix : 22.00 € / 144.31 F
ISBN : 978-2-283-02135-4
GENCOD : 9782283021354
Jeunes Turcs est un ambitieux portrait des multiples facettes de la Turquie. Il débute vingt ans après la création de la république turque moderne par Mustafa Kemal Atatürk, du début de la 2nde guerre mondiale à la fin des années 50.
En treize histoires centrées autour de héros juifs, musulmans, arméniens, poméraniens et turcs à l'image de la diversité ethnique du pays, racontées avec truculence par treize narrateurs différent, Moris Fahri convie le lecteur à une célébration de la vie constamment tempérée par le contrepoint de la tragédie. L'amitié, l'amour, les bons repas partagés, le raki qui coule à flot, la musique, la poésie et la liberté d'en user côtoient les larmes, la souffrance et la mort.
Au coeur de ce roman exubérant et turbulent, une tribu d'adolescents de toutes confessions mais unanimement fidèles à la vision d'Atatürk d'une Turquie tolérante et pluraliste, vit pleinement l'apprentissage et les émotions de la sexualité malgré la disparition des proches et la guerre qui fait rage aux portes du pays, malgré l'antisémitisme et les convois vers les camps, malgré la menace que fait peser Hitler sur la mosaïque confessionnelle turque.
Dans Jeunes Turcs, roman kaléidoscopique à la sensualité romantique, Moris Fahri fait une large place à l'Histoire et à la politique. On y croise le peuple héroïque de la Turquie des années 40 et 50 : Asik Ahmet, professeur de lettres charismatique et personnification de la Turquie moderne, les militants de gauche, les trapézistes d'un cirque d'Istanbul, les marieuses, les taverniers au lourd passé. Sur ce fond de laïcité, le lecteur croise aussi en permanence un Dieu aux identités multiples, aux antipodes de l'imagerie occidentale.
A l'heure où l'on débat passionnément sur l'entrée de la Turquie dans l'espace européen, Moris Fahri nous raconte sa vision humaniste de la Turquie de la première moitié du 20eme siècle qui demeure un exemple à suivre pour une Europe avide de démocratie et de tolérance.
Moris Fahri est né à Ankara en 1935. Pendant les années 50, il fuit la persécution dans son pays et émigre en Angleterre.
Il est l'auteur de nombreux romans, recueils de poésie et scénarios pour la télévision.
Moris Fahri est vice président du Pen Club anglais.
Le titre est politique : les Jeunes-Turcs sont ces belles âmes qui, à la fin du XIXe siècle, constituèrent une élite intellectuelle et morale dans l'empire ottoman, faisant fi de leurs différences ethniques. Et le roman, qui se déroule à Istanbul entre 1939 et 1959, entend glorifier une utopie de fraternité humaine et culturelle entre musulmans, juifs et dönmes, ces derniers étant les descendants convertis à l'islam des disciples d'un prophète juif du XVIIe qui se prenait pour le Messie (et qui continuent à pratiquer leurs rites en secret)...
Le contenu du roman est sensuel, érotique. Il s'agit de l'apprentissage du transport sexuel d'un certain nombre de gamin(e)s et d'adolescent(e)s aux émerveillements précoces. En fait de roman, Jeunes Turcs est un bouquet polyphonique, l'arborescence de treize récits placés sous le signe d'un narrateur différent, mais où l'on retrouve des complices d'un portrait à l'autre...
Mais Jeunes Turcs est un livre d'amour, et les derniers mots sont ceux-là : "Sois un homme aimant. Toujours. Et envers tout le monde."
On est à Istanbul entre 1940 et 1950. Pas dans le gratin. Dans le peuple et la petite bourgeoisie. Il y a Rifat, le patapouf qui se met aux haltères pour n'être plus traité de mauviette ; Sofi, la soubrette arménienne, qui emmène au hammam les fils de sa patronne ; Bilal, le jeune Juif qui part sauver ses cousins grecs coincés à Salonique par les nazis ; Adem, l'acrobate noyé dans l'alcool depuis que ses mains ont lâché son partenaire de haute voltige ; Suna, la riche existentialiste qui pêche ses amants parmi les adolescents du lycée voisin ; Orhan, le costaud bulgare qui protège le restaurant grec du quartier ; Âsik Ahmet, le professeur kémaliste fou de poésie que les gouvernements de droite et de gauche ne cessent de tourmenter...
Soudain, on redécouvre ce qu'on ne devrait jamais oublier : la politique est odieuse mais les gens n'aiment jamais l'injustice. Ni chez nous, ni chez les autres. Ce qui fait le charme envoûtant de ce roman. Des petits voyous rieurs, des femmes faciles généreuses, des mères inquiètes, des profs dévoués, il y en a partout. Et c'est partout le sel de leur terre, qu'elle soit chrétienne, musulmane, bouddhiste ou athée.
On peut lire Jeunes Turcs comme une série de nouvelles ou comme un roman de treize chapitres, chacun désigné par le prénom d'un narrateur différent, et par un titre : «Bilal : Le singe bleu ciel», «Mustafa : Gelée de pétales de rose». Un peu comme dans le Quatuor d'Alexandrie, ce roman (qui se passe à Istanbul entre 1939 et 1959) est la somme des récits de plusieurs jeunes, ou très jeunes, narrateurs qui se connaissent, à peine ou intimement...
Jeunes Turcs donne à voir une image idyllique de la sensualité et de la très vivante sociabilité moyen-orientales. Il y a dans ces pages quelque chose d'absolument gai, généreux et léger, même quand le récit s'approche d'une tragédie individuelle ou collective. Il y a aussi de très beaux personnages de femmes, la douce Gül, jeune médium, torturée par les visions de morts et de guerres à venir, la très déterminée Selma qui, en 1943, écrit à Bilal, son amoureux, disparu. «Comment peux-tu être mort ? La mort ne frappe pas un jeune amour... Je vais t'écrire. J'ai besoin d'un contact avec toi.»
Au commencement, il y a la Mort.
Toutes les créatures la croisent en naissant. Les animaux n'oublient jamais cette rencontre. À quelques exceptions près, nous, les humains, l'oublions toujours, même si nous marchandons avec elle plusieurs fois par jour. Ce commerce ne se fait jamais avec le cerveau ou le coeur, comme on pourrait le croire, mais avec le sexe. Les picotements que nous ressentons entre les cuisses ne viennent pas forcément du désir sexuel ou de la peur. Ils montrent surtout nos négociations avec le Squelette cliquetant.
Ce sont des faits. Tout droit sortis de la bouche de Mahmut le Simurg. C'est le conteur turkmène du cirque qui, son surnom l'indique, ressemble à un oiseau aussi grand et sombre qu'un nuage de pluie. Bien qu'il s'accompagne d'une kemençe à deux cordes, au lieu des quatre habituelles, il crée des sons qui semblent venir d'autres mondes. Ceux qui l'ont entendu chanter l'histoire de l'humanité en mille et un épisodes disent qu'il est, comme il l'affirme, le seul homme de vérité sur cette terre.
Parfois les transactions entre la Mort et sa proie deviennent violentes. Lorsque Alexandre le Grand, sortant des entrailles d'Olympias, vit la Mort planer, il dégaina immédiatement son épée et se rua sur elle. La Mort s'en sortit de justesse. Elle n'osa plus s'approcher de lui pendant trente-trois ans - avant de réussir à soudoyer un moustique babylonien pour qu'il empoisonne ce noble roi.
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