Auteur : Adrien Goetz
Date de saisie : 08/08/2006
Genre : Art - Peinture
Editeur : Hazan, Paris, France
Prix : 37.00 € / 242.70 F
ISBN : 978-2-7541-0034-2
GENCOD : 9782754100342
On ramène, quand on ne le réduit pas, trop souvent Cézanne à la Provence. Un des nombreux mérites de cet ouvrage est de restituer d'abord, dans son chapitre «L'Atelier, lieu de création», les déplacements constants de l'artiste entre Aix et Paris et d'opposer puis de comparer aussi la grande diversité des motifs paysagers qui l'ont retenu aussi bien à Créteil, Pontoise, Auvers, Médan, La Roche-Guyon, Chantilly, Giverny, Annecy aux motifs récurrents de campagne aixoise et de L'Estaque.
Suit l'examen de «l'atelier, laboratoire de la création» où l'auteur décline les enjeux pour l'artiste des différents thèmes abordés par Cézanne, portraits, natures mortes, paysages, etc., avant d'approfondir ses différentes manières toute au long de son évolution, vers un art de plus en plus détaché des apparences sensibles et construit selon des lois autonomes.
Une dernière section «laboratoire» examine les partis que l'artiste a tiré des différentes techniques, en marge de la peinture : le dessin, l'aquarelle, l'eau-forte. Le chapitre consacré à la réception de l'oeuvre par les critiques, les marchands et les collectionneurs ne peut qu'être atypique pour Cézanne, étant donné la misanthropie de l'artiste, dès sa jeunesse, et qui confine avec l'incompréhension qu'on lui oppose à un isolement progressif avec l'âge.
Adrien Goetz, ancien élève de l'Ecole normale supérieure, agrégé d'histoire, docteur en histoire de l'art, maître de conférences d'Histoire de l'Art à l'université de Paris-Sorbonne (Paris IV). Il collabore à Beaux-Arts Magazine et à Zurban. Il a publié divers travaux sur le XIXe siècle, la critique d'art et la littérature. Il est l'auteur de nombreux livres d'art La Grande galerie des peintures (Centre Pompidou-Musée du Louvre-Muséed'Orsay, 2003), Au Louvre les arts face à face (Hazan, 2004) et de nombreux romans comme La Dormeuse de Naples (Le Passage et Points, Prix des deux magots, Prix Roger Nimier, 2004), Une petite légende dorée (Le Passage, 2005)...
Il est également secrétaire générale de Patrimoine sans frontières et membre de l'association internationale des amis de Valery Larbaud.
Cézanne pique des colères, entre en rage, déchire ses toiles au couteau, les jette par la fenêtre, lance des tableaux dans les arbres. Artiste violent, il est aussi celui qui médite devant la Sainte-Victoire, reste des heures «sur le motif», dans la campagne, perdu dans la contemplation. Serein ?
Cette furie créatrice, si bien décrite par ses amis, surtout dans les dernières années, est à son comble quand le sanctuaire de l'atelier est profané par un importun, quand, en plein air, un passant se penche pour regarder ce qu'il peint, comme en témoignent ses propos rapportés par Vollard: «Excusez un peu, monsieur Vollard, me disait-il devant un de ses tableaux qu'il avait crevé, un jour qu'on l'avait dérangé; mais quand je travaille, j'ai besoin qu'on me foute la paix !» La fureur de Cézanne n'a qu'un but, obstiné: atteindre à la quiétude. Inquiet, en lutte permanente avec lui-même, entre Aix-en-Provence et Paris, il balance, multiplie les allers-retours, entre la vérité de sa vie conjugale avec Hortense et son fils Paul et les mensonges qu'il maintient devant ses parents, de peur de voir son père, marchand de chapeaux devenu banquier, suspendre sa rente. Il passe de sa peinture sombre, «couillarde», épaisse, où il traduit des motifs littéraires romantiques dans une pâte lourde à la Courbet, aux aquarelles transparentes qui, dans l'éclat blanc du papier, transfigurent la montagne en une apparition sacrée. Cette montagne paisible, la Sainte-Victoire, porte un nom de bataille, puisque, en ces lieux mythiques des environs d'Aix, les Romains de Caïus Marius écrasèrent les Barbares de Teutobodus: une montagne encore aujourd'hui livrée à de dramatiques incendies qui dépouillent la roche de la végétation et laissent la pierre à nu. Une campagne antique, théâtre d'un affrontement symbolique entre sauvagerie et culture. Entre deux mondes, Cézanne, qui parlait avec un fort accent méridional, s'habillait en paysan, excellait à composer des vers latins quand il était au collège et citait de mémoire Musset comme Baudelaire.
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