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Le bois des amoureux

Couverture du livre Le bois des amoureux

Auteur : Gilles Lapouge

Date de saisie : 26/01/2007

Genre : Romans et nouvelles - français

Editeur : Albin Michel, Paris, France

Prix : 20.00 € / 131.19 F

ISBN : 978-2-226-17333-1

GENCOD : 9782226173331


  • La dédicace de l'auteur

Lorsque je pense écrire un roman, je n'ai pas vraiment de projet ; j'ai une envie. Je veux dire par là que je ne prévois pas le déroulement de l'histoire ; je prévois à peine les personnages ; j'ai un lieu, en général, une ou deux personnes qui sont là, et ces personnes ont des envies. Après, je laisse le roman se fabriquer un petit peu, pas lui-même bien entendu, parce que je suis là pour le gronder quand il déborde, pour le remettre dans les rails quand il déraille, mais je n'ai pas un projet complet avant de partir et cela, je le crois, pour préserver une certaine spontanéité. Ce que je refuse, c'est une structure trop rigide. Il y a une forme littéraire que j'accepte mais que je ne n'apprécie pas pour moi : c'est le roman policier dans son ancienne manière, c'est-à-dire un roman qui est tout entier aimanté par la recherche d'un coupable, par la solution d'une énigme. Le roman va alors comme une espèce d'obus, comme une flèche, directement à son but. Dans la vie réelle, je crois que cela n'existe pas. Il n'y a pas ces trajectoires parfaites, sans bavure, sans hésitation, sans syncope. Voilà pourquoi la structure que je cherche dans un roman est une structure beaucoup plus souple, non pas - je prends une métaphore - le fleuve qui court de sa source vers la mer, mais plutôt le méandre qui marque la fin du fleuve. Dans ce cas-là, cette envie, cette absence volontaire de structure, tout cela s'est concentré dans une histoire qui se passe en France, entre les deux guerres, dans un petit village qui est celui où j'allais passer les grandes vacances, parfois les petites vacances aussi d'ailleurs. C'était un domaine dont j'ai parlé, le domaine du Verger. C'est un grand changement pour moi, car tous mes autres romans étaient très exotiques ; ils se passaient au loin : au Brésil, en Islande, en Autriche, pendant les guerres napoléoniennes. Ici, je suis revenu volontairement à une espèce, non pas d'intimité, mais à un lieu qui est mon lieu, encore aujourd'hui d'une certaine façon parce que j'y vais encore, et en installant une histoire un petit peu folle : l'histoire d'un vagabond qui arrive dans ce village. Ce village est un peu endormi, il s'ennuie beaucoup : nous sommes entre les deux guerres. Ce vagabond qui est très bizarre, très remarquable sans doute, un peu menteur, un peu hâbleur, un peu délicieux, réveille tout le village. Tout cela nous conduit jusqu'en 1940, date à laquelle le vagabond disparaît ; le village retombe alors dans sa torpeur. Ce que je souhaite, bien entendu, c'est ce que ce roman rencontre des lecteurs, pour moi d'abord, mais aussi peut-être pour les autres. En effet, ce qui me frappe dans les romans actuels et pas seulement en France, c'est qu'ils vivent surtout dans l'horreur, le drame, la crainte, l'épouvante. Je ne néglige pas cette dimension dans le monde d'aujourd'hui. Moi, j'ai voulu faire un peu le contraire et trouver des gens plutôt tendres, peu de méchants, pas de morts.

(Propos recueillis par téléphone)



  • La présentation de l'éditeur

«La figure du soldat remontait, comme du fond d'un lac, et resplendissante, à mesure que la calèche aux coussins bleus s'élevait dans les tournants qui joignent la gare de Champtercier au village, surtout à partir du bois des amoureux qui forme la frontière, nous le disions toujours, du village. La frontière de notre enfance. Notre bonheur commence et finit au bois des amoureux. Notre tristesse commence et finit au bois des amoureux. Un point, c'est tout !»

«Mes précédents romans étaient exotiques. Ils ne se contentaient pas de m'emmener en des pays lointains. Ils me changeaient d'époque également - l'Islande du XVIIIe siècle, le Brésil du XVIIe, l'Autriche de Napoléon... Avec celui-ci, je me rapatrie doublement - dans mon temps et dans mon pays, puisque l'histoire se développe dans les Basse-Alpes, et à notre époque, entre les deux guerres. Pourquoi ? J'obéis à des envies et je ne vois guère de différence entre le lointain et le proche. Ou plutôt, le proche me semble très lointain.»

Gilles Lapouge, journaliste, a longtemps séjourné au Brésil. Essayiste et romancier, il publie son premier roman en 1964, et crée «Apostrophes» avec Bernard Pivot.



  • La revue de presse Marianne Payot - L'Express du 28 septembre 2006

Aussi écrit-il sa vie «en oblique», comme dans ce dernier roman, Le Bois des amoureux, puisé en partie dans ses souvenirs estivaux de petit enfant heureux de l'entre-deux-guerres. Au centre de l'action, le professeur, M. Judrin, délectable voyageur immobile, «seigneur d'un morceau du globe terrestre» situé à une bonne lieue de Digne. Autour de lui, tout un petit monde délicieux, avec, dans le désordre, un curé philosophe, un facteur minuscule, un soldat cantonnier au grand coeur et défenseur des chemins de traverse, un mystérieux parrain reclus dans sa chambre obscure..., tous amoureux des mots et de l'absurde. Avec eux, on s'imprègne d'une époque révolue, on savoure la fantaisie érigée en art et on se délecte de l'encre sympathique de l' «ancien jeune» Lapouge. Son ami Bernard Pivot (ils ont créé ensemble Ouvrez les guillemets en 1973), désormais académicien Goncourt, confessait il y a peu son admiration pour ce roman hors mode, plein de gaieté et d'humour. Sera-t-il entendu ?


  • La revue de presse Mohammed Aïssaoui - Le Figaro du 28 septembre 2006

La nostalgie, comme la mémoire, est un pays étrange. Et Gilles Lapouge est son guide. Il en connaît les moindres recoins, saisit les petits détails ordinaires et merveilleux, sait où se trouvent les frontières émouvantes. Il fait «briller les souvenirs», et les donne à voir aux visiteurs lecteurs que nous sommes, étonnés de constater que la beauté était devant nos yeux ou dans notre musée personnel. Dans Le Bois des amoureux, l'écrivain évoque l'entre-deux-guerres, à Champtercier, un village des Basses-Alpes, département qui adoptera plus tard une appellation plus «tendance», les Alpes-de-Haute-Provence, «comme si c'était Juan-les-Pins», peste le narrateur, qui pourrait bien être l'auteur de ce roman.



  • Le message de l'auteur

Gilles Lapouge - 18/09/2006



  • Les premières lignes

L'HOMME qui régnait sur le château du Verger, dans les années qui suivirent la Première Guerre mondiale, s'appelait M. Judrin. Il avait enseigné le latin, le grec, le français et la géographie au lycée Gassendi. Il disait : «La géographie, je veux dire l'histoire.» Il n'était pas trop d'aujourd'hui. Il était d'il y a longtemps. Il disait également

«Je suis professeur d'honnête homme.»

Il s'habillait d'une jaquette grise, d'un gilet gris, d'un pantalon gris et d'une chemise blanche à col dur. Ses costumes étaient taillés dans des tissus de fine fabrique, des lainages souples, des velours, de l'alpaga. Quand le ciel était clément, il se complétait d'un vaste chapeau de paille. Au village, on se servait de ce chapeau comme d'une grenouille. On disait : «Ça va cogner. Le professeur a sorti le panama.» Le dimanche, il sifflait Horace, montait au village et assistait au début de la messe car le latin lui manquait.

M. Judrin était grand, maigre et très malicieux pour un professeur. Le matin, il se levait dans l'obscurité. Il marchait comme un absent. Il coulait son long corps dans la cuisine. II ne faisait pas plus de raffut qu'un souvenir. Les enfants le menaient en bateau : «On t'entend même pas. Quand tu descends, on dirait un monte-en-l'air, et, tu sais, un monte-en-l'air qui descend, c'est rare. Les gendarmes aiment pas. Tu devrais jeter tes pantoufles. Tu t'achèterais des souliers à clous. Sinon ils te coffrent.»


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