Auteur : Valérie Tordjman
Date de saisie : 27/08/2006
Genre : Romans et nouvelles - français
Editeur : le Passage, Paris, France
Collection : Littérature
Prix : 14.00 € / 91.83 F
ISBN : 978-2-84742-090-6
GENCOD : 9782847420906
Les Français possèdent 56,8 millions d'animaux de compagnie. Parmi les poissons rouges, chats, souris, perroquets et autres volatiles, les chiens représentent 8,8 millions de ces adoptions... et c'est toute l'histoire de Mme Boulanger.
Lorsqu'elle répond à une petite annonce, Mme Boulanger, à la retraite, veuve et sans enfant, est loin d'imaginer à quel point quelques heures de ménage par semaine vont bouleverser sa vie. Et la voilà, de coups de serpillière en promenades-pipi, se prenant d'affection pour Diego et son chihuahua.
Mme Boulanger va découvrir ce que gay friendly veut dire, qu'on peut être un homme et aimer les hommes, que parler à un chien n'est pas si lamentable...
Car on peut toujours envisager les choses différemment, se révéler plus tolérant qu'on ne le pensait; et si le corps vieillit, il réserve encore bien des surprises...
Valérie Tordjman est l'auteur de L'Atelier anthropophage et de La Pornographie de l'âme. Elle signe ici un livre d'une profonde humanité où se mêlent le rire et les larmes, où la mort swingue avec l'amour, le Grand orchestre de Ray Ventura et les Clodettes.
Au fond de son lit, bordée comme un pâté en croûte, Mme Boulanger est aux anges. Son cahier Conquérant ouvert sur la poitrine et son dictionnaire à portée de main, elle lit et relit l'éloge funèbre d'un chien qu'elle a aimé - attentive au moindre mot dont elle ne connaît pas le sens exact.
Pour le mot ZOOPHILIE, ce n'est pas une première.
Un jour qu'elle portait Médor entre ses seins, bien au chaud dans son manteau, un reluqueur le lui avait lancé à la figure pour amuser la galerie. On ne peut pas être sûr de tenir là l'origine de sa passion pour le dictionnaire; que cet incident lui ait mis la puce à l'oreille restait cependant une explication plausible - même si Mme Boulanger pensait comme les enfants : «C'est celui qui l'dit qui l'est !»
Plongée dans sa lecture, elle cherche ce qu'elle ignore encore, feuillette à rebours les pages jusqu'à CHIEN, sur sa lancée trouve CYNOPHILE - «amateur de chien» - et débusque CYNODROME qui est aux chiens ce qu'est l'aérodrome aux avions; puis, tombant de Charybde en Scylla, elle finit par tomber sur CYNOGLOSSE - une plante dont le nom populaire est langue-de-chien à cause de la forme et de la texture rugueuse de ses feuilles : rien que de le prononcer lettre à lettre, ça lui fait l'effet de ces mots sulfureux réservés aux grands qu'on recherche fébrilement aux heures d'étude obligatoires. Elle pousse le vice jusqu'à CYNORHODON lorsque, découvrant que rhodon veut dire «rose», l'air d'une chanson lui vient naturellement aux lèvres avec un de ces sentiments qui vous emplissent les yeux de larmes, sans qu'on sache si c'est la réminiscence d'un immense chagrin ou d'un bonheur plus dévastateur encore - seuls les enfants ont ces aventures contemplatives hérissant leurs terminaisons nerveuses qu'ils tairont à jamais face à l'insistance d'adultes qui, eux, ne comprennent rien. Malgré le passé, Mme Boulanger a gardé intacts ces désastres juvéniles.
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