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Le jardin face à la France

Couverture du livre Le jardin face à la France

Auteur : Janine Massard

Date de saisie : 25/07/2006

Genre : Romans et nouvelles - français

Editeur : B. Campiche, Orbe, Suisse

Prix : 17.00 € / 111.51 F

ISBN : 978-2-88241-157-0

GENCOD : 9782882411570

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  • La présentation de l'éditeur

Il m'a fallu un temps infini pour mettre des mots sur ces réalités, pressenties ou ressenties. Elles sont revenues au moment où, glissant sur l'autre versant de ma vie, je me suis retrouvée vivre dans une maison avec un jardin face à la France. Une gargouille s'est mise à glouglouter, des gouttes ont jailli sur ma figure pour se transformer en mots. J'ai détourné mon oreille de ce surgissement pour échapper au bouillonnement bredouillant. Je me suis alors tournée vers la terre et ce passé enfoui m'a éclaté à la figure, il est remonté du plus profond de moi aussi, en images précises ou tremblées, en même temps que je me remettais à gratter cette terre, avec une sorte de furia, comme à cette époque lointaine où je cherchais en elle les antipodes... car c'est en elle que se sont fondus les morts, c'est par elle que j'entre en contact avec eux et c'est vers elle que je retournerai un jour...





  • Les premières lignes

LE JARDIN descendait en pente douce jusqu'à la voie ferrée. Un chemin de terre le bordait sur la droite, un champ de blé sur la gauche. Entouré de vignes, le champ faisait tache: il était là pour contribuer aux besoins du pays en pain.
L'Europe était en guerre, la Suisse neutre mais encerclée.
Le vignoble, omniprésent au-dessus et au-dessous de la voie du chemin de fer, s'inclinait jusqu'au lac. La douceur des pentes était si rassurante qu'on avait peine à imaginer une ère de froidures et de vents, et, à la place des verdures, un gigantesque glacier gémissant sous les hurlements du blizzard. Même le cours de l'Histoire humaine semblait arrêté, sauf que la rive d'en face n'était plus ce qu'elle avait été depuis qu'un envahisseur s'était emparé de ce pays nommé la Savoie en France - ces mots se maintenaient au-dessus d'un gargouillement d'autres qui, je le comprendrais plus tard, appartenaient à quelque chose de plus vaste. Et quand l'heure s'échappait des clochers, elle filait entre les ceps, manquait mes oreilles: près de la mare, j'entendais surtout coasser les grenouilles, et les ailes irisées des libellules étaient plus importantes que le passage du temps ou la chute de ces bombes dont parlaient avec effroi les mères.
J'avais quatre ans.


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