Auteur : Christiane Singer
Date de saisie : 16/11/2006
Genre : Romans et nouvelles - français
Editeur : Albin Michel, Paris, France
Prix : 14.00 € / 91.83 F
ISBN : 978-2-226-17337-9
GENCOD : 9782226173379
XVIe siècle. Sigismund d'Ehrenburg, ayant surpris sa femme avec son page, l'a condamnée à un châtiment exemplaire. Cheveux rasés, elle est cloîtrée dans sa chambre où aucune lumière ne filtre et doit chaque soir descendre dîner avec son époux et boire dans un étrange vase : le crâne de l'amant qu'il a tué.
Mais ce châtiment n'a pas apaisé le châtelain dont l'amour pour Albe reste vivace.
L'épreuve d'amour est ici très proche de l'expérience initiatique, voire mystique. Et si Christiane Singer, inspirée par l'Heptaméron de Marguerite de Navarre, rend à merveille la mentalité qu'elle approche dans toute sa complexité, son intensité, ses paradoxes. A la fois épuré et baroque, ardent et cruel, brutal et sophistiqué, à la manière de La Princesse de Clèves, Seul ce qui brûle, roman épistolaire, touche au plus intime de soi et à l'universel.
L'AUTEUR
Christiane Singer a publié toute son oeuvre aux Éditions Albin Michel, romans et essais qui sont autant de réflexions sensibles pour approcher cette connaissance de soi sans laquelle le monde nous reste opaque et incompréhensible. La Mort viennoise (Prix des libraires 1979), Histoire d'âme (Prix Albert Camus 1989), Rastenberg, Les sept nuits de la reine entre autres du côté roman. Du bon usage des crises, Éloge du mariage, de l'engagement et autres folies, Où cours-tu, ne sais-tu pas que le ciel est en toi ?, N'oublie pas les chevaux écumants du passé, qui ont touché un très large public.
Christiane Singer vit en Autriche et donne des conférences dans toute l'Europe, toujours très attendues et très suivies.
A Brive, la romancière incandescente de «Seul ce qui brûle» vient de recevoir le très mérité prix de la langue française...
D'une nouvelle de trois pages, lue dans l'«Heptaméron» de Marguerite de Navarre, Christiane Singer a tiré un bref roman par lettres, d'une pureté et d'une dureté d'onyx. C'est une fable sur l'insupportable brûlure de la passion amoureuse, le désastre à quoi s'exposent ceux qui rêvent d'absolu et l'étrange bonheur de vivre que confère le temps aux rescapés de l'abîme...
Toute son oeuvre l'atteste,..., elle n'a jamais aimé la tiédeur, elle n'a jamais voulu vivre plat, elle n'écrit jamais mieux, avec un lyrisme sec, une prose sans gras, que sur les sentiments qui élèvent et brûlent.
«Seul ce qui brûle», le dernier roman de Christiane Singer, est une histoire d'autrefois racontée comme un film d'époque, une histoire simple portée par la violence des sentiments, l'acceptation du destin, le tragique du romanesque. L'action se déroule au XVIe siècle. Les acteurs, le comte Sigismund et Albe, sa jeune épouse, sont deux amoureux épris et prisonniers du carcan des règles de leur temps...
La musique du livre est grave, solennelle, d'un tempo lent, qui occupe, sans pompe et en le sublimant, le silence douloureux qui règne entre les personnages.
Romancière inspirée et conférencière érudite, femme dont la sagesse croît avec l'âge sans que son ardeur ne faiblisse, châtelaine autrichienne, chrétienne atypique, Christiane Singer n'écrit pas des bluettes : elle n'y croirait pas. Ce à quoi elle croit, en revanche, c'est que les désastres sont initiatiques et peuvent engendrer le meilleur. Alors, avec le verbe pour outil - et elle le manie avec adresse et audace -, elle creuse dans les abîmes humains pour en extraire l'or de la vie. Son récit, «squelettique» - à la fois réduit à sa plus pure expression et touchant à cet «infracassable noyau de nuit» dont parle Breton -, est émaillé d'aphorismes qui cristallisent sa conception subtile du monde : des rapports entre le bien et le mal, les êtres et l'Être, l'humain et la bête, la liberté et la destinée. Il se lit, se relit, se médite.
Un gentilhomme du nom de Bernage est envoyé en légation par le roi Charles VIII à Cologne.
Un soir, contraint de faire une halte, il demande l'hospitalité dans un château. Le maître de maison le reçoit dignement. Le voilà attablé dans une vaste salle quand soudain :
«Il vit sortir de derrière la tapisserie une femme, la plus belle qu'il était possible de regarder mais elle avait la tête toute tondue, le demeurant du corps habillé de noir...
Elle alla s'asseoir au bout de la table, sans parler à nulluy et ny nul à elle. Après qu'elle eut mangé un peu, elle demanda à boire, ce que lui apporta un serviteur, un émerveillable vaisseau, car c'était la tête d'un mort dont les yeux étaient bouchés d'argent...»
De cette nouvelle de trois pages, la trente-deuxième de l'Heptaméron de Marguerite de Navarre, est né ce récit.
Il est une sorte d'hommage à la jeune fille de quinze ans que j'ai été, qui après lecture, avait inscrit une seule phrase :
Comme cette histoire me trouble !
De cette interjection monte en moi un frémissement de mémoire : la peur panique que je n'ai cessé d'éprouver une vie durant de toute tiédeur - Nihil nisi ardeat ! Rien sinon ce qui brûle ! - et la hantise de vivre plat.
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