Auteur : Marie-Ange Guillaume
Date de saisie : 29/08/2006
Genre : Romans et nouvelles - français
Editeur : Ed. du Panama, Paris, France
Prix : 12.00 € / 78.71 F
ISBN : 978-2-7557-0170-8
GENCOD : 9782755701708
«Les hommes avaient l'air vivants, forts, taillés dans une matière crédible. J'allais vers eux pour la transfusion : ils me prêteraient un peu de leur vie, un peu de leur vraisemblance. Ils m'aimaient à leur manière, ils en avaient les larmes aux yeux, mais ils ne pouvaient rien pour moi et s'en allaient faire des enfants ailleurs.»
Résultat : si elle compte ses amants sur ses doigts, il lui manque une bonne douzaine de mains. Et maintenant, ils sont tous là, épinglés comme des papillons de nuit - ceux d'un jour, ceux d'un été. Sans tricher, elle cherche les traces de leur passage, les éblouissements, les stupeurs inexpliquées, les détresses navrantes - il n'y a pas que du grandiose.
Et à travers ces portraits d'hommes barbouillés d'affection, de rigolade ou de cyanure, c'est l'image d'une femme qui se dessine.
Journaliste dans une vie antérieure (Pilote, Libération, Le Monde de la musique...) Marie-Ange Guillaume est l'auteur de nombreux ouvrages, parmi lesquels des biographies (Desproges, Goscinny, William Sheller), des romans, des nouvelles et des livres pour enfants. Son dernier Iivre, L'Odeur de l'homme, est paru en 2005 aux éditions du Panama.
Il y a de la neige partout et, cette année-là, la chute des températures bat les records saisonniers. Il est brun, avec dans les yeux le reflet de toute cette blancheur. Il croque des carottes crues en écoutant Salut les copains. «C'est qui, cette fille ?» s'informe-t-il d'une voix flemmarde. C'est moi. Il m'apprend à tenir debout sur mes skis. Quand il n'y a plus de neige, on s'aime par lettres. Les siennes viennent de Nantes, et je guette les mots d'amour dans sa petite écriture serrée. Le reste ne m'intéresse guère. On se voit en cachette et, dans l'hiver, on passe la journée entière à s'embrasser au bord de la Loire, qui coule chez moi et chez lui. L'eau est grise et l'herbe gelée. Sa bouche est le seul point chaud du paysage. On parle à peine. Quand on se quitte, c'est au bout du pont métallique qui traverse la Loire, et je reviens plusieurs fois sur mes pas. Il me regarde partir et revenir, on pleure et il rate son train - je l'apprends dans la lettre suivante. Un jour, il m'écrit qu'il bricole un avion miniature dans son salon. Je pâlis, je n'ai pas de salon. Quand on ne se verra plus en cachette, quand il viendra chez moi, il s'en apercevra forcément. Pour parer à cette humiliation, je romps brutalement, sans explications, très malheureuse et inflexible. C'était le premier.
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