Auteur : José Manuel Fajardo
Traducteur : Claude Bleton
Date de saisie : 26/09/2006
Genre : Romans et nouvelles - étranger
Editeur : Métailié, Paris, France
Collection : Bibliothèque hispanique
Prix : 20.00 € / 131.19 F
ISBN : 978-2-86424-588-9
GENCOD : 9782864245889
Il est cuisinier dans une boîte à Paris, elle y est danseuse, il est espagnol et fils de communiste, elle est roumaine et son père était persécuté par Ceausescu, tous ceux qui les entourent et travaillent avec eux viennent d'ailleurs.
Tout au long de la nuit pendant laquelle Belgrade est bombardée, il nous raconte leur amour et ce qui l'a amené dans cette cuisine où il est heureux.
A partir des repas qui ont marqué sa vie, il reconstitue son itinéraire de marin devenu cuisinier : le repas d'huîtres à la sortie de prison de son père, le poulet à la bière à la mort de sa mère, la préparation du guacamole sensuel de la séduction à Guadalajara... Depuis l'enfance dans les Asturies à Paris, en passant par le Mexique et la plate-forme pétrolière où il découvre sa vocation de cuisinier, Omar Mesa évoque les bonheurs sensuels et cet amour de la vie dont la gastronomie n'est que la métaphore.
En entourant ses protagonistes de personnages forts et attachants, José Manuel Fajardo écrit un roman qui ouvre l'appétit de vivre et se déguste de bout en bout comme un espace pour la passion et le plaisir en face d'un monde hostile.
José Manuel FAJARDO est né en Andalousie en 1957. Journaliste et écrivain, il vit à Paris, après avoir vécu au Pays Basque espagnol. Il est l'auteur d'essais et de romans, dont Lettres du bout du monde (Flammarion), Les Imposteurs et Les Démons à ma porte (Métailié).
Les premiers mots de mon père en sortant de prison furent pour nous inviter à manger des huîtres. Devant notre silence déconcerté - nous l'attendions devant le commissariat -, il ajouta solennellement : "La liberté, ça s'arrose toujours." J'adorais les formules de mon père. Elles brillaient comme des pierres humides au soleil. Quand j'en entendais une, mon coeur rayonnait de joie, ou bien il frémissait de rage. Car mon père s'enthousiasmait pour les choses les plus banales de l'existence, mais il s'indignait aussi à la moindre injustice. Dans les deux cas, les mots qui sortaient de sa bouche étaient étincelants.
Je le regardais avec une admiration éperdue, du haut de mes douze ans à peine révolus. II était pour moi une sorte de John Wayne, un homme capable de sortir de ce sinistre bâtiment en plein centre de Gijon, dans lequel, je le savais, les policiers frappaient les détenus, et de proposer joyeusement d'aller manger des huîtres dans une cidrerie, car c'était sa passion. Une passion dont j'ai hérité. Je ne peux pas en voir sans penser à lui, comme en ce moment où je jette à la poubelle ces coquilles d'huîtres pour mettre un peu d'ordre dans la cuisine avant de partir. À vrai dire, Paris aurait été un paradis pour lui. Cette ville sent l'huître. Il y en a partout. Entassées dans les bourriches comme les pièces d'un trésor enterré dans le sable. Rugueuses, coupantes. Ou impudiquement ouvertes, étalant leur chair frémissante sur le blanc éblouissant de la coquille, attendant la bouche anxieuse qui s'enivrera au goût antique de leur jus. Elles sont aussi là, à quelques pas de la maison.
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