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L'oeil du maître

Couverture du livre L'oeil du maître

Auteur : Bernard Souviraa

Date de saisie : 27/08/2006

Genre : Romans et nouvelles - français

Editeur : Ed. de l'Olivier, Paris, France

Collection : Littérature française

Prix : 16.00 € / 104.95 F

ISBN : 978-2-87929-555-8

GENCOD : 9782879295558

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  • La présentation de l'éditeur

Martin, un adolescent mutique, se débat avec l'éveil de son homosexualité. Cette découverte est bien plus qu'une torture intime, c'est une torture collective, qui fait de Martin de la chair à insultes, comme on dit à canon. Autour de lui, dans cette province perdue, il y a Madeleine, Solaap, Juliette, Paolo, Isabelle. À l'image de Martin, ils vivent leur sexualité sur le mode du fantasme et du désir avorté, jamais de la satisfaction.

C'est cette part d'ombre commune et secrète qui lie tous les personnages et les place au centre de tableaux éblouissants qui s'impriment d'autant plus durablement sur la rétine que

leurs sujets bousculent et dérangent: la violence intime à l'oeuvre dans la vie de chacun. Rythmé comme une tragédie classique, L'Œil du maître est un grand roman du tourment et de la fureur.

Bernard Souviraa est né en 1964 à Bordeaux et vit aujourd'hui à Paris. Il a écrit de très nombreuses pièces de théâtre dont La Langue des chiens et Du désir quand tout s'arrête. L'Œil du maître est son premier roman.





  • Les premières lignes

Comme des élans ivres. Martin les regarde courir péniblement dans les rues qu'ils envahissent. Des élans déroutés dans un pays sans eau. Ils courent, troupeau ahuri ne sachant où poser les pattes sur les trottoirs ouverts de la ville, sur la chaussée où les voitures n'avancent plus.

Les pieds dans les pots d'échappement, les mains qui s'agitent dans l'air jaune et mobile. Là-bas, à l'arrière-plan, les pierres tombent toujours. Une pluie irréelle sur des enfants sans cris, des ouvriers arrachés à des chantiers dévastés, des employés venant d'assister à l'écrasement de leurs bureaux.

À part le léger tremblement de ses lèvres, Martin est sans réaction sur sa chaise de skaï un peu boiteuse, dans cette cuisine des Ardennes qui sent le chou de Bruxelles et l'eau de Cologne Leader Price à la lavande. Il regarde courir ces élans maladroits et sans couilles au vent dans la capitale orientale en guerre. Étrangers dans leurs rues, titubants, cherchant l'eau des lacs et ne trouvant que le goudron chauffé.

Et soudain, ils sont là. Jaillis du coin gauche de l'écran. Un groupe qui ne se confond pas avec le reste du troupeau déjeté, un trio différent saisi dans sa vitesse. Filant raide, ils sont encore jeunes et, alors que les autres s'épuisent dans un lent cauchemar, eux traversent l'espace. Mais pourquoi sourient-ils ?

Mange.


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