Passion du livre - tout sur le livre : Bambi Frankenstein

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Bambi Frankenstein

Couverture du livre Bambi Frankenstein

Auteur : Jean-Hubert Gailliot

Date de saisie : 17/10/2006

Genre : Romans et nouvelles - français

Editeur : Ed. de l'Olivier, Paris, France

Collection : Littérature française

Prix : 15.00 € / 98.39 F

ISBN : 978-2-87929-486-5

GENCOD : 9782879294865


  • La dédicace de l'auteur

Au moment où le roman commence, mon personnage atterrit à Roissy Charles-de-Gaulle, à Paris, puisqu'il doit, le soir même, prononcer, à l'invitation d'un cercle littéraire qui s'appelle le cercle Adolfo Bioy Casares, une allocution, une conférence, dans le cadre de son admission au sein de ce cercle littéraire qui comprend des auteurs aussi prestigieux que Joyce Carol Oates, James Graham Ballard, Juan José Saer, Jean-Jacques Schul et un certain nombre d'autres. Le sujet de la conférence que va développer mon narrateur devant cet aréopage d'écrivains est, aussi improbable que cela puisse paraître, le personnage de Michael Jackson. Il va décrire comment s'est déroulée sa rencontre avec Michael Jackson, quelques jours avant le début du procès pour outrage aux moeurs, suite à une suspicion d'actes pédophiles de l'artiste en question. Cette fiction prend Michael Jackson comme symptôme extrême de ce qui arrive à la société et à la civilisation occidentales, le considérant en quelque sorte, un siècle après Nietzsche, comme le deuxième exemple d'un être d'exception qui, indépendamment de tout jugement moral, semble pour le meilleur et pour le pire - et au moment où le livre se déroule, pour le pire -, préfigurer ce que deviendront le mental et l'existence de l'individu contemporains. Le roman a une structure gigogne, puisque dans une séquence d'ouverture, de prologue, le personnage atterrit à Paris. Dès la page suivante, il est en train de raconter les circonstances dans lesquelles il a été recruté par l'entourage de Michael Jackson pour cette expédition avec lui dans un jet privé, qui est un peu l'interview de la dernière chance pour tenter de restaurer l'image de la star en très mauvaise posture. Puis, pendant une bonne centaine de pages, on suit le récit de ces vingt-quatre heures passées dans l'intimité de Michael Jackson, jusqu'à des rivages, si ce n'est fantastiques, en tout cas peut-être éprouvants pour certains lecteurs ou pour ceux qui sont soucieux de logique. Et dans une dernière partie, le livre se replie, en quelque sorte, sur lui-même ; on a alors le récit de la réception au cercle Adolfo Bioy Casares, à Paris, après que l'allocution a été prononcée. À ce moment-là, des gens comme Schul, Ballard, Joyce Carol Oates et quelques autres interviennent dans leurs propres rôles, à la fois par rapport au texte qui vient de leur être lu et que le lecteur vient de découvrir, mais aussi par rapport à des considérations plus générales et, je l'espère, plus pénétrantes également, sur la littérature, sur la relation entre le monde réel et sa représentation dans la fiction littéraire, mais aussi sur le statut, ce qui est peut-être le nerf du livre : pourquoi quelqu'un comme Michael Jackson est peut-être, aujourd'hui, le genre de personnage dont le roman contemporain a besoin et que le roman contemporain a de plus en plus de difficultés à inventer de toutes pièces ? Je souhaite une bonne lecture à chacun d'entre ceux qui auront la curiosité d'aller découvrir ce livre, et à bientôt peut-être, sous une forme ou sous une autre.

(Propos recueillis par téléphone)



  • La présentation de l'éditeur

En confessant son goût pour les petits garçons, Michael Jackson a achevé de se détrôner. Comment restaurer l'image du Roi de la Pop ? C'est la mission que les avocats de l'artiste confient à Jean-Hubert, pensionnaire momifié de l'Hacienda,

un musée-clinique d'où il est «extrait» pour l'occasion, en qualité de jacksonien émérite et d'aficionado notoire. Qui est le vrai Michael Jackson ? Un martyr ou un prophète ? Un être candide ou un vieux jeune homme obscène ? Bambi ou Frankenstein ?

Le narrateur embarque alors avec la star pour un extravagant voyage dans l'espace, à bord de son jet privé. Il se frotte au jeu de la vérité puis se perd quand il s'agit de démêler la fiction de la réalité.

Mené tambour battant et soutenu par un style électrique, le récit de leur équipée aéronautique se double d'un plaidoyer en forme d'histoire édifiante. Jean-Hubert Gailliot y poursuit la vertigineuse mise en question des apparences entreprise avec ses livres précédents, tout en rendant, une fois de plus, un brillant hommage aux écrivains qui lui sont chers : Edgar Poe, Joyce Carol Oates, Adolfo Bioy Casares, J.G. Ballard...

Né en 1961, co-fondateur des Éditions Tristram en 1987, Jean-Hubert Gailliot est l'auteur de trois romans, La Vie magnétique (1997), Les Contrebandiers (2000), L'Hacienda (2004), ainsi que d'une brève fiction intitulée 30 minutes à Harlem.



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  • La revue de presse Claude Arnaud - Le Point du 24 août 2006

... Radical comme à son habitude, Jean-Hubert Gailliot a choisi pour héros Michael Jackson, qui a le mérite d'être bien connu de 98 % des Terriens et d'appartenir d'emblée au monde de la fiction : jamais notre planète n'aura engendré créature plus irréelle. Le bénéfice littéraire est patent : plus de descriptions à faire ni de psychologie à promouvoir, l'incarnation est immédiate. Pour simplifier encore, Gailliot confronte sa star à un double de lui-même, Jean-Hubert, sorte de clone narratif qui était déjà dans son précédent roman, «L'hacienda», le pensionnaire sarcastique d'une clinique où un savant fou relookait existentiellement des truands en col blanc et des vedettes de l'écran.
L'intrigue de «Bambi Frankenstein» tient en peu de mots : soucieux de redresser l'image de leur client après un énième procès pour pédophilie, les avocats du Peter Pan chantant se rappellent l'analyse publiée par Jean-Hubert au sujet du martyre enduré par Jackson, le premier Sapiens à avoir voulu abriter toute l'humaine condition en fédérant âges, sexes et couleurs - comme Nietzsche avait incarné toutes les contradictions de la pensée un siècle plus tôt...

En inventoriant notre culture en décomposition via une de ses icônes déchues, Gailliot nous plonge aussi dans les écluses inondées de la psyché humaine, au seuil du Nouvel Age. L'immersion fait rire, et plus encore peur : ce nouvel Elephant Man est moins éloigné de nous qu'il n'y paraît. Il est le pionnier de la grande mutation qui déjà nous travaille.



  • Le message de l'auteur

Jean-Hubert Gailliot - 12/09/2006



  • Les premières lignes

Ce sont les applaudissements qui m'ont réveillé. La voix du commandant, sur la radio de bord, annonçait l'heure locale (6h) et la température extérieure (6°). Ma première pensée en ouvrant les yeux, le front collé contre le hublot, a été que ces arbres que je voyais de l'autre côté de la piste étaient des arbres européens. Les conducteurs de ces chariots élévateurs et camions-citernes qui s'activaient autour des appareils, des techniciens d'aéroport européens. Et les poutrelles, les tôles de ces hangars, plus loin, des matériaux de construction européens. À mesure que les minutes passaient, quelque chose d'indéfinissable avait lieu, une transformation dans l'air ambiant: je compris que c'étaient les contours, les contrastes et couleurs du paysage qui, insensiblement, gagnaient en netteté. ROISSY - CHARLES DE GAULLE, le matin. La scène en soi était anodine et cependant elle vivait et s'animait devant moi avec une précision de détails qui me donnait le frisson : je reconnaissais les nuances oubliées de ces verts, de ces bleus, de ces gris, leur vibration ancienne, perçue autrefois dans la lumière des jours naissants, à Bruxelles, Dijon, Merano, au printemps. Les herbages envoyaient l'odeur de l'été, le soleil faisait luire la rivière, chauffait les ardoises. Toutes ces sensations disparues, ai-je pensé, ressuscitées en un instant, intactes et familières. Je suis rentré en Europe. Je suis de retour à la maison.


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