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L'homme qui jeûne

Couverture du livre L'homme qui jeûne

Auteur : Belinda Cannone

Date de saisie : 28/06/2007

Genre : Romans et nouvelles - français

Editeur : Ed. de l'Olivier, Paris, France

Collection : Littérature française

Prix : 18.00 € / 118.07 F

ISBN : 978-2-87929-537-4

GENCOD : 9782879295374


  • La présentation de l'éditeur

Le succube de Füssli. Il sent bien que les images, les idées se précipitent, trop abondantes, qu'il est trop exalté. Il devine qu'ainsi il esquive la peur, sait qu'il pourrait avoir peur, qu'il lui est souvent arrivé de sauter un repas mais cette fois c'est plus grave, il a décidé d'arrêter, de sortir du manège - beaucoup plus grave.

Pourtant: la beauté de ce jour, si plein de lumière vive.

Il a fini par trouver un dictionnaire et se promet d'y chercher «ortolan».». Pour l'heure (15 heures 23), il a regardé «succube», en a conclu que le succube est un incube dans le cas de Füssli (une créature masculine), mais bien un succube pour lui: démon féminin dans son apparence. Lucie.

Incorporer Lucie. La mettre en soi. Il pense «Elle ne se laisse plus aimer, donc la manger.» Il se répète tout de suite elle, mais le charme est rompu, le mot, le petit mot, le pronom qui avait pris soudain une épaisseur troublante (il aurait pensé avec des mots ?), qui avait fugitivement porté toute la charge de sa présence, elle et c'est comme si elle était convoquée dans le mot - elle est rendu à sa platitude grammaticale. Expérience connue: une fois, elle lui avait laissé un message: «Quelqu'un vient d'essayer de m'appeler et j'ai pensé que c'était toi.» Toi. Le mot l'avait bouleversé, comme si, mieux que si elle avait dit son prénom, comme si toi devenait un nom propre dans sa bouche. Succube !





  • La revue de presse Philippe Lançon - Libération du 28 juin 2007

Belinda Canonne imagine un homme qui s'enferme chez lui, pendant vingt-neuf jours, pour se défaire du besoin : des aliments, des autres, des femmes surtout. Il boit de l'eau, ne mange pas, descend en lui-même, ferme sa porte, laisse sonner le téléphone...
De livre en livre, l'écriture et les thèmes de Belinda Cannone naissent dans et par ce désir. Elle joue avec ses personnages comme avec des souris, tantôt la griffe, tantôt les coussinets, coups de codeur, coups de patte, le tout avec une tendresse sans pitié, mais sans tuer. Le style, c'est la femme. Le sien évacue les besoins et les charges pour accueillir en douceur ce qui se présente et la fera, sinon aimer, du moins, tout simplement, écrire.



  • Les premières lignes

Maintenant il crève de faim. Vraiment.
Il happe les grains de poussière qui dansent dans la lumière et boit le rai de soleil. Les êtres humains verticaux mangeaient de très curieux mets, avant, rôti, rognons, ortolan - rien que ces mots, si appétissants, des mots de bouche venus de cette belle époque des contes, époque du temps étiré - mais à ce jour, temps de faim, à ce jour de pleine lumière, allongé dans la chambre, n'avalant que de l'air, les pensées en cavale, il laisse à d'autres rôtis et ortolans (qu'on lui dise ce que c'est, ortolan, il a oublié, ortolan - une sorte de palombe ?). Maintenant il crève de faim (attraper une palombe gracile, la jeter dans le feu, la rôtir), deux heures sans manger et il crève de faim, comme si chaque jour, avant, comme si chaque jour il ne passait pas plusieurs heures d'affilée sans manger et sans avoir faim pour autant. Mais aujourd'hui il redoute la faim. Pense à la faim. Esprit plein de faim. Il devine qu'il a faim non parce qu'il a le ventre vide mais parce qu'il sait qu'il ne mangera plus. Au reste, supérieur divertissement: il se rend compte qu'il en oublie presque (que glisse au second plan) la brûlure au plexus qui ne le quittait pas depuis des mois.


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