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Dans la foule

Couverture du livre Dans la foule

Auteur : Laurent Mauvignier

Date de saisie : 13/07/2007

Genre : Romans et nouvelles - français

Editeur : Minuit, Paris, France

Prix : 19.00 € / 124.63 F

ISBN : 978-2-7073-1964-7

GENCOD : 9782707319647


  • La dédicace de l'auteur

Dans la foule, c'est l'histoire de plusieurs personnages qui vont se croiser, se rencontrer pour certains, au stade du Heysel. C'est la rencontre d'une expérience de la douleur pour certains, et comment certains personnages vont être traversés par une tragédie : en l'occurrence, celle du Heysel. Le livre se passe sur plusieurs années. On ne reste pas seulement sur le drame en lui-même ; on suit les personnages. Parmi les personnages, on a trois frères anglais, et la narration est tenue par le plus jeune des frères. On a aussi un couple d'Italiens qui viennent de se marier, Tana et Francesco, qui vont assister au match ; c'est un cadeau de mariage. On a aussi un Franco-Italien, Tonino et un Français, Jeff, qui arrivent à Bruxelles un peu la fleur au fusil, d'une manière un peu plus légère que les autres. On a un couple de Belges, Gabriel et Virginie qui, eux, vont fêter le nouveau travail de Gabriel. Les Français, les Belges et les Italiens vont se rencontrer ; les Anglais, en revanche, vont vivre leur histoire dans le stade, d'une manière tout à fait autonome et détachée des autres histoires. Pour resituer, le drame du Heysel s'est passé le 19 mai 1985. On annonçait le match du siècle, car on avait deux équipes absolument exceptionnelles : les Red de Liverpool, et la Juventus de Turin avec Platini qui était une super star à l'époque. Le match est vraiment annoncé comme un événement très important sur le plan sportif, mais également sur le plan festif, car cela se passe à Bruxelles et c'est vraiment une fête européenne. On en connaît l'issue : les supporters anglais ont chargé sur les Italiens, et on a eu un bilan de 39 morts et de plus de 400 blessés. Pour moi, ce qui était intéressant, c'était de situer cette espèce de fête et de faire venir les personnages dans un rapport à la fête, au collectif, à la foule, dans ce qu'elle peut avoir de joyeux qui tient de la liesse, et de raconter comment cela bascule dans quelque chose, qui au contraire, est un rappel de l'horreur des victoires européennes au XXe siècle. Je vous souhaite une bonne lecture et je vous remercie. Au revoir.

(Propos recueillis par téléphone)



  • La présentation de l'éditeur

Jeff et Tonino venus de France, Geoff et ses frères de Grande-Bretagne, Tana et Francesco qui viennent de se marier en Italie, mais aussi Gabriel et Virginie à Bruxelles, tous seront au rendez-vous du «match du siècle» : la finale de la coupe d'Europe des champions qui va se jouer au stade du Heysel, ce 29 mai 1985.

La jalousie, le vol des billets, l'insouciance d'une lune de miel : plus rien n'aura d'importance après le désastre. Excepté de retrouver Tana.



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  • La revue de presse Jean-Baptiste Marongiu - Libération du 21 septembre 2006

Le vingt-neuf mai 1985, au Stade du Heysel, à Bruxelles, la Juventus de Turin remporte la finale de la Coupe d'Europe des Nations, au détriment de Liverpool,1-0, but de Michel Platini, sur penalty, à la suite d'une faute réputée imaginaire. Laurent Mauvignier qui vient de publier un gros roman articulé autour de ce match ne donne pas le score, il dit le vainqueur, au détour d'une phrase, mais pas le score, il en donne un autre: 39 morts, des supporters italiens pour la plupart, étouffés, piétinés par des supporters anglais. La partie avait commencé avec un peu de retard, forcément...
Après quatre années d'écriture, ce fameux réel est incarné, plus que réel dans des personnages de papier, de chair et d'os: Jeff et Tonino, un Français et un Franco-Italien, venus sans billet voir le match, Geoff et ses deux frères aînés de Liverpool, bières au poing, Gabriel et Virginie, qui habitent Bruxelles et risquent bien de se faire piquer leur précieux billet d'entrée porte Z, Tana et Francesco, Toscans jeunes mariés...
Le coeur du récit dit la mort. Mauvignier, pour l'écrire a revu les images, la scène est poignante mais au drame il n'ajoute aucun effet mélodramatique qui n'eut pu que l'édulcorer, ces morts par étouffement coupent la respiration de chacun, du lecteur et des narrateurs qui se relayent pour la dire, le souffle de Francesco s'éteint quand le nôtre s'affole, on entend les cris, les secours, les chevaux, la peur, et la mort qui n'est pas prononcée mais envahissante appelle le silence. On ne peut écrire le silence dans un livre, il n'y a pas de pages blanches que l'on puisse lire, la voix de Francesco lutte contre ce silence, il exhorte Tana, autant pour qu'elle se sauve que pour savoir qu'il vit.


  • La revue de presse Olivier Le Naire - L'Express du 14 septembre 2006

Revenant sur la meurtrière bousculade au stade du Heysel, en 1985, il se glisse dans la peau de plusieurs protagonistes qui, prenant la parole tour à tour, revivent leur intime expérience de ce drame. Une composition subtile, complexe, admirablement maîtrisée. «J'étais fasciné par cette effraction du réel dans nos vies, explique l'auteur. J'ai voulu confronter mes petits Don Quichotte, mes petites Bovary à un événement authentique. J'avais aussi envie de pousser les murs de mon univers littéraire, comme l'osent parfois les Espagnols ou les Anglo-Saxons.» Mauvignier y a si bien réussi qu'il se sent prêt à tout expérimenter et se voit encore écrire à 70 ans. C'est le bonheur qu'on lui souhaite.


  • La revue de presse Nathalie Crom - Télérama du 13 septembre 2006

Ce sont des instants qui appartiennent encore presque au présent, pour mieux dire à l'histoire immédiate. Un champ de bataille urbain, avec ses guerriers, ses bourreaux, ses victimes. L'accès de violence achevé, on comptera les morts - 9 corps, très exactement, et des centaines de blessés. Autour d'eux des pleurs, de l'incompréhension, de l'incrédulité. Du désarroi. De l'hébétude. Ce champ de déshonneur est le stade du Heysel, en ce jour de mai 1985 où, à Bruxelles, en marge d'une finale de Coupe d'Europe opposant la Juventus de Turin au club de Liverpool, survint le désastre [...]
C'est au coeur de cette «nuit du Heysel», dans ce chaos de larmes et de douleurs, que Laurent Mauvignier a choisi d'ancrer Dans la foule, s'inscrivant ainsi de plain-pied dans le réel le plus trivial, le plus concret, le plus véhément qui soit. Ce faisant, l'écrivain, pourtant, ne quitte pas cette sphère intime, cette intériorité dans laquelle on a pris l'habitude de le voir évoluer : Dans la foule est un superbe et puissant huis clos de voix, une chorale de monologues intérieurs singuliers qui, ensemble, et de façon prégnante, tissent le récit de ces instants de débâcle, en sondent l'absurde et sourde et inintelligible violence. [...]



  • Le message de l'auteur

Laurent Mauvignier - 20/10/2006



  • Les premières lignes

Nous deux, Tonino et moi, on n'aurait jamais imaginé ce qui allait arriver - Paris au-dessus de nos têtes et cette fois on ne s'y arrêterait pas. On a glissé sous Paris et les wagons du métro filaient vers la gare du Nord, sans que ni Tonino ni moi ne nous disions, tiens, et si on s'arrêtait quand même voir le temps et l'argent qu'on n'a pas nous filer entre les doigts ? Non, on ne s'est pas arrêté, on a filé comme ça jusqu'en Belgique, sans regarder la France et le temps qu'on laissait derrière nous, sans attendre que Tonino agite ses mains, larges comme on imagine celles d'un boxeur ou d'un désosseur de vieilles voitures, en spatules, carrées, robustes, pour nous promettre des moments formidables.

Tonino aimait se servir de ses mains pour faire semblant de menacer - touche le cul de ta soeur ! grognait-il quand il avait bu, avant de promettre à celui qui s'attardait trop longtemps devant lui de lui envoyer un coup de surin - il me semble que je ne l'ai pas entendu une seule fois utiliser un autre mot que celui-ci, surin - menace qu'il mimait d'un geste ample et savant mais sans jamais la présence d'une lame, seulement le geste, censé édifier le premier qui passait à sa portée. Mais on rigolait trop dans les bars pour ne pas voir que tout ça finirait dans une mare de bière plutôt que de sang ; eh oui, mon Tonino, t'es encore rond comme une queue de pelle !


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