Auteur : Eric Chevillard
Date de saisie : 14/12/2006
Genre : Romans et nouvelles - français
Editeur : Minuit, Paris, France
Prix : 14.00 € / 91.83 F
ISBN : 978-2-7073-1965-4
GENCOD : 9782707319654
Pour se connaître enfin soi-même, il n'est pas de meilleur moyen que de connaître bien son ennemi. Ordinairement, celui-ci ne fait pas mystère de sa personne : on ne voit et on n'entend que lui partout. Mais le narrateur de ce livre va devoir s'employer à débusquer le sien, mort en 1888 et oublié presque aussitôt. Désiré Nisard, critique littéraire académique et compassé, sermonneur versatile, n'en a pour autant pas fini de nuire. Il a pesé de tout son poids sur la trame légère des jours comptés à l'humanité. Il a contribué au malheur de celle-ci, aujourd'hui encore accru par les fatales conséquences de ses moindres opinions et petits gestes mesquins. Tout cela appelle une juste vengeance. Désiré Nisard doit disparaître. L'idéal serait qu'il n'ait jamais vécu. La plus infime trace de son existence sera effacée. Ce livre entend lui régler son compte une bonne fois.
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Au bout de ce règlement de comptes, une évidence s'impose : on adore Chevillard, parce que, chaque fois, on se marre. Slogan vendeur, non trompeur et à diffuser au plus grand nombre. Il est si rare en littérature à notre époque, dont l'écrivain se moque dans ce pied de nez à sa furieuse tendance commémorative. Cette année marque en effet le deux centième anniversaire de la naissance de Désiré Nisard.
Quel cri a poussé le glyptodon, au moment de son extinction, il y a des millions d'années ? Chevillard nous le dévoile au terme de son enquête scientifique. S'il étudie minutieusement la vie secrète des zoopores, c'est pour mieux élucider les mécanismes de destruction qu'induisent les parasites les plus tenaces...
Nullard Nisard, si bien que Chevillard finit par illustrer ce principe clé du classicisme énoncé par Racine : «Faire quelque chose de rien !» Camper l'épopée du peu ! Le péril, c'est qu'à consacrer toute sa vie à démolir Nisard, on risque, par contagion, de devenir Nisard... C'est vous dire qu'à lire Chevillard on rit tout le temps de son intarissable invention parodique. Cela tient de la nasarde de Cyrano, de l'Oulipo, d'Homère et de Rocambole, du pot-pourri et de la prosopopée bien allumée. Une démesure carnavalesque. Un défi hilarant !
[...] Désiré Nisard était un homme vaniteux, doué pour espérer et recevoir des honneurs, carriériste sans vergogne sous des régimes contradictoires, député, ministre, enseignant, écrivailleur, et académicien à n'en plus pouvoir. Auteur d'une Histoire de la littérature française, il en fixait définitivement la fin au XVIIe siècle, la suite n'étant que du pipi de chat. Bref, faute de le démolir, on pouvait au moins s'en passer. Mais Chevillard n'a pas cette indulgence et finirait presque par nous convaincre de lui donner un coup de main, surtout qu'il ne manque pas de bonnes idées, prenez le dernier paragraphe de la page 65 : «Le gaver de cailloux. Planter dans son oeil un clou. Effranger la peau de ses chevilles. Polir sur son crâne les six faces du pavé. Lui promettre et ne pas tenir. Le pousser de l'avion. Désherber son golf. Le vendre pour sa fourrure à un taxidermiste aveugle. Couler sa barque. Saigner dans son lait. Rire de ses deuils. Farcir de grelots sa panse. Vider ses tubes et ses pots. Disperser ses collections. Outiller ses taupes et ses furets. Bombarder son logis. Raccourcir ses pantalons. L'appeler fourreau devant le sabreur qui cherche où rengainer sa lame. Affamer son tigre.»
On a du mal à croire Eric Chevillard, non pas que Nisard n'eût probablement pas de tigre, ni que l'auteur manque de sincérité, mais son extrême drôlerie nous cache avec élégance et efficacité un esprit de sérieux proche du désespoir que comprend qui peut. [...]
Démolir Nisard. L'extirper de l'oubli pour mieux le réduire à néant. En faire l'ennemi numéro 1, le parangon de l'académisme le plus étroit et bientôt le malfaiteur universel, le responsable de tous nos maux. Voilà le jeu, savoureux s'il en fut. Réduire en cendres «sa parole raisonneuse, sermonneuse et range-ta-chambre». Imaginer toutes sortes de morts et de tortures. [...]
Contre tous les Nisard du monde - combien sont-ils encore à baver sur le roman contemporain ? -, son livre est une éclatante manifestation de liberté. Un régal pour le lecteur.
Dans ce livre désopilant et salvateur, Eric Chevillard y va fort, cogne dur, dépoussiérant ce bon vieux genre littéraire qu'est le brûlot. Un brûlot qu'il parvient même à agrémenter d'une ode à l'ennemi ! Sous sa plume alerte et affûtée, les morceaux de bravoure s'enchaînent. Plus virtuose et drôle que jamais, l'auteur de La nébuleuse du crabe et de Palafox s'en donne à coeur joie, ne reculant devant aucune infamie. Nisard est peut-être mort en 1888, mais son venin circule encore un peu partout. Aidons Chevillard à vaincre au plus vite, à mettre inlassablement à mal les Nisard de notre époque.
Selon Désiré Nisard, la littérature française a entamé son irrésistible déclin dès la fin du)(vile siècle et la mort de Bossuet, opinion qu'il énonce en 1835, c'est dire comme les choses ont dû se dégrader encore, c'est dire quelle aversion lui eût à coup sûr inspiré cet ouvrage, daté des premières années du xxI' siècle. Et certes, il ne sera pas écrit dans le style des classiques latins chers à son coeur, mais cette tare n'eût été que le prétexte allégué par ce faux jeton de Nisard pour justifier son dédain, nous ne sommes pas si naïfs. La cause réelle de sa rancoeur se devine sans grande dépense de sagacité. Quelle est en effet la cible principale de ce brûlot ? Désiré Nisard lui-même, bien contrit de la chose. On le serait à moins. Car l'intention de l'auteur de ces pages est claire et crânement annoncée : il va s'agir d'anéantir Désiré Nisard, et l'oeuvre sera accomplie. C'est un serment que je fais là. Je vais le harceler avec mes chiens, lâcher sur lui mes faucons, piller ses vergers, brutaliser sa famille, entendez-vous ? Je vais démolir Désiré Nisard.
Curieux projet, me dit Métilde, puis elle veut savoir qui est Désiré Nisard, comme si cet individu méritait qu'on s'intéresse à lui. Ma réponse fuse : Désiré Nisard ? C'est à peine si on le sait, et d'ailleurs tout le monde s'en moque.
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