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Maos

Couverture du livre Maos

Auteur : Morgan Sportes

Date de saisie : 10/07/2007

Genre : Romans et nouvelles - français

Editeur : Grasset, Paris, France

Prix : 19.00 € / 124.63 F

ISBN : 978-2-246-67651-5

GENCOD : 9782246676515


  • La dédicace de l'auteur

Dans mon roman, Maos, la «vie vraie» dans laquelle le héros principal va rentrer, c'est la société de consommation. Il se trouve, d'ailleurs, dans un des temples de la marchandise, le BHV, le grand Bazar de l'Hôtel de Ville, où, avec sa jeune fiancée, il s'apprête à acheter une machine à laver. Ce qui est amusant, c'est que nous sommes en 1977 et que, cinq avant, il était un extrémiste marxiste-léniniste, qu'il voulait renverser le monde, pendre tous les bourgeois et instaurer une révolution culturelle prolétarienne chinoise, comme Philippe Sollers, André Glucksmann et beaucoup de leurs camarades : Serge July et Alain Geismar. Il est heureux, il va se marier, il a un bon poste dans une maison d'édition de gauche. Soudain, au BHV, un fantôme de son passé qu'il a cru tout à fait oublié resurgit sous la forme d'un ancien activiste mao qui, lui, est resté pur et dur, n'a rien appris, rien oublié et veut continuer à faire la révolution. À partir de cette rencontre, mon livre fonctionne comme un thriller. Comme d'autres détournent des mineurs, moi, j'ai détourné un thriller à des fins politiques, pour essayer d'expliquer ces années soixante-dix. Cet ancien militant qui s'appelle Obélix va exercer sur mon héros, Jérôme, un chantage. Il va lui dire : «si tu ne reviens pas dans notre ancienne organisation pour faire la révolution, nous détruirons ton mariage, ton métier d'éditeur ; nous te dénoncerons à ton patron, à ta fiancée». En effet, il n'y a pas de prescription pour toutes les bêtises qu'il a pu faire avant : poser des bombes ou faire des kidnappings. Nous assistons alors à une espèce de jeu de manipulation psychologique, à la Hitchcock ou à la Stephen King. Les anciens de la bande vont réussir à déstabiliser Jérôme qui va tomber, peu à peu, dans une régression psychologique et va finir par faire ce que les autres veulent de lui. Les autres lui ont donné un pistolet, et il est chargé d'assassiner un ancien vigile des usines Renault, qui avait lui-même assassiné, cinq ans avant, un ouvrier maoïste. Le livre fonctionne comme cela. Je ne vous dis pas la fin, car cela serait dommage. Le lecteur le découvre peu à peu, comme dans un livre policier, mais il ne s'agit pas, bien sûr, d'un livre policier. C'est un livre plein de tiroirs, qui fonctionne sur une analyse politique de l'époque et qui est inspiré de l'affaire Overney. Pierre Overney était un ouvrier mao tué en 1972 par un vigile de Renault. Je présente en gros la situation de l'époque, et ce qui est intéressant, c'est que, au moment où mourait Overney, Mao rencontrait Nixon et lui disait : «je suis pour vous, je vote pour vous, je vote pour la droite, car la droite fait ce qu'elle dit, alors que la gauche ne fait que rêver». Nous mesurons donc les abîmes qui séparent la politique réelle qui a lieu dans le secret des ambassades, et l'énorme naïveté de ces gamins qui se lancent dans un engagement politique sans rien y comprendre et qui sont, en fin de compte manipulés, car ces mouvements maos étaient, pour la plupart, manipulés, souvent par des services américains, afin de déstabiliser les partis comices locaux. Vive la très grande révolution prolétarienne culturelle chinoise ! Vive Mao ! Vive Sollers ! Vive Glucksmann ! Vous allez, je crois, vous intéresser à ce que je disais : c'est ce que j'ai essayé de décrypter avec le talent que j'essaie d'avoir dans mon livre, et vous allez vous intéresser au destin de ces gens-là qui étaient extrémistes maoïstes à l'époque, voulaient casser la culture bourgeoise et qui, aujourd'hui, se trouvent dans le camp de tout ce qu'il y a de plus réactionnaire, c'est-à-dire les nouveaux conservateurs américains qui prônent la guerre en Irak, par exemple. Il est très intéressant de voir cette évolution du maoïsme qui au fond, suit une même logique politique, puisque l'ennemi principal des maos, à vrai dire, était plus la CGT et le PCF que le capitalisme.

(Propos recueillis par téléphone)



  • La présentation de l'éditeur

1975, les anciens maos commencent à se ranger des voitures, ils enterrent leurs idéaux et leurs cocktails Molotov, découvrent le plaisir, l'argent, le pouvoir : les chiens hurlants du marxisme-lénisme deviennent les chiens couchés du nouveau capitalisme - ou ses caniches de garde. Jérôme est de ceux-là : il a naguère posé des bombes, participé à des enlèvements, crié «vive la révolution culturelle prolétarienne chinoise». Aujourd'hui il a un bon emploi dans l'édition, une fiancée cadre dynamique, un cabriolet, un appartement et il veut des enfants. Etre comme tout le monde enfin. N'être plus un héros : jouir ! Mais son passé le rattrape. Des anciens camarades, purs et durs, veulent le réintégrer dans leur bande. Un certain «Obélix» lui remet un revolver enveloppé dans du papier kraft... Ainsi commence ce roman haletant.

Jérôme s'affole. Mais qui sont ces ex-camarades qui le persécutent ? Sont-ils manipulés ? Par qui ? N'auraient-ils été tous, depuis toujours, que des marionnettes programmées par une main invisible ?

Au fil de ce roman, construit comme un thriller détourné, nous sont révélées les coulisses de ces années de plomb : magouilles des services secrets, polices parallèles, terrorisme, provocations, ententes apparemment contre nature : Mao, Nixon, Brejnev. Les individus se métamorphosent en pantins d'un théâtre d'ombres.

Morgan Sportès est né à Alger en 1947. Il a publié, chez Grasset, Outremer (1989) et L'Insensé (2002).



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  • La revue de presse Sébastien Lapaque - Le Figaro du 30 novembre 2006

Fines et hardies, les spéculations géopolitiques de Maos rejoignent celles de John Saul qui, dans Mort d'un général, s'attarde sur la mort brutale en mars 1968 du chef d'état-major des armées françaises, un militaire auquel Washington ne pardonnait pas la théorie de la «défense tous azimuts» et «l'indépendance stratégique». La leçon poétique du roman est dans une ébouriffante suite de rebondissements et de situations farfelues qui donnent tort aux prophètes embrumés de la fin des histoires et de la mort du sujet. Peintre de moeurs à la manière de Balzac, Morgan Sportès assume l'héritage d'Alexandre Dumas en se soumettant à un précepte clair : un bon livre, c'est une bonne histoire.


  • La revue de presse Gilles Martin-Chauffier - Paris-Match du 26 octobre 2006

Je vous préviens : ce roman est un vrai thriller. Les dobermans de la Cause devenus les caniches du Cac 40 passent un très sale quart d'heure mais, nous, on ne voit pas défiler les heures...
Son livre, son regard, ses analyses sont assassins. Mais il ne passe pas son temps à se moquer. Ses personnages tuent et on les manipule. Soudain un roman haletant lève le voile sur de vieux romantiques puérils et révèle une bande de guignols observés de près par la police et le pouvoir...
On le lit, on savoure les citations grotesques de Geismar, Sollers et autres dont Sportès fait son miel et on se rassure. Que cette génération si intelligente soit tombée si bas laisse augurer des lendemains divins quand arriveront au pouvoir les écervelés de la «Star Ac» et les accros aux jeux vidéo.



  • Le message de l'auteur

Morgan Sportes - 19/09/2006



  • Les premières lignes

... Le monde s'offrait à lui. Il s'offrait au monde. Il lui disait un grand oui. C'est ça : oui ! Jusqu'à présent il n'avait jamais su dire oui. C'était pourtant un mot simple, oui, un tout petit mot tout simple, le plus simple de la langue française, le plus simple de toutes les langues : yes, da, si, bai; il eût voulu le crier ce mot, en chinois, en japonais, en anglais, en russe, en serbo-croate, en... Il avait trente ans et des poussières. Mais c'était comme s'il n'en avait que seize. Comme s'il entrait à peine dans la vie - la vie vraie.

Sylvie slalomait devant lui, d'un rayon à l'autre. Régulièrement, elle faisait une pirouette sur ses talons hauts, se tournant dans sa direction pour lui montrer une paire d'assiettes noires émaillées, qu'elle avait cueillies sur l'étagère où elles étaient exposées, un moulin à poivre rustique, des couverts à poisson, une coupe à champagne... «non, plutôt une flûte, je préfère les flûtes», et elle brandissait vers lui une flûte en éclatant de rire. Elle était belle : la vie est belle. Ils tournaient depuis trois quarts d'heure à l'étage des arts ménagers : le BHV était vide, en cet après-midi d'été. On l'eût dit réservé à leur seul usage. Ils y régnaient... Elle le prend par la main, l'entraîne vers le rayon peintures : les pots, disposés horizontalement, sur des présentoirs, leurs couvercles multicolores tournés vers l'allée où circulaient les clients, offraient le choix de leurs couleurs infinies : elle pose son doigt à l'ongle vernissé sur une laque verte, «vert wagon»...


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