Auteur : Jean-Marc Roberts
Date de saisie : 06/11/2006
Genre : Romans et nouvelles - français
Editeur : Grasset, Paris, France
Prix : 11.00 € / 72.16 F
ISBN : 978-2-246-71101-8
GENCOD : 9782246711018
C'est un livre de retrouvailles, un livre qui prend le prétexte de retrouvailles. Comme toujours, les romanciers sont des assassins et ont, en général, un bon ennemi. J'ai choisi ce thème très, très éculé : des amis qui se retrouvent à 50 ans pour aller fêter l'anniversaire d'un quatrième, pour dire un ou deux petits secrets qui se sont faufilés un peu partout dans le livre. Dans la vraie vie, on va à l'anniversaire du quatrième, on s'ennuie et on rentre chez soi. Dans le roman, on ne va pas à l'anniversaire ; on continue à rouler dans la voiture. On se dit qu'on ira en Angleterre. On n'ira peut-être pas en Angleterre, mais c'est l'occasion de parler vraiment, de se raconter nos vies. Quant au personnage principal, Richard Hermann, on va dire qu'il n'est plus tout à fait comme nous. Il a considérablement grossi ; il a fait quelques séjours en HP ; il est différent. Et c'est vrai que quand j'ai retrouvé cet ami perdu dans la vraie vie, j'ai pensé irrésistiblement à mon plus jeune fils qui avait 2 ans à l'époque et qui connaissait des problèmes de petit garçon, des retards de développement. Quand j'ai vu Richard, j'ai vu mon petit garçon, et je me suis dit : voilà, c'est le seul sujet qui m'intéresse, mais je ne vais pas raconter la vie de ce petit garçon, d'abord parce qu'elle est trop proche. Alors, j'ai raconté l'histoire de Richard, notre histoire, pour parler de ce qu'il était impossible à dire autrement, à travers ce personnage de chanteur perdu. C'est une balade qui ressemblerait à un road movie. Ce qui est marrant, c'est que je ne conduis pas et que je n'ai pas le permis, mais j'espère que ça roule quand même. Je vous souhaite à toutes et à tous une bonne lecture, et je vous dis au revoir... Pas adieu, au revoir.
(Propos recueillis par téléphone)
«J'ai toujours rêvé d'écrire un livre comme celui - ci. Doux et imprévu. Un livre que je n'attendais pas. Raconter ce qui ne s'est pas passé, rien que pour voir où ça nous mène. Reprendre le thème éternel des retrouvailles entre amis, plus ou moins perdus, et se laisser porter au rythme des chansons qui ont peuplé notre vie : Ruby Tuesday des Stones, Let it be, Le Roi des fourmis de Polnareff, Good Vibrations, Honesty de Billy Joel, La Cavalerie, Les Princes des villes. Certaines ont bien vieilli, d'autres moins. C'est comme nous.»
Jean - Marc Roberts, né le 3 mai 1954, est l'auteur d'une vingtaine de romans, parmi lesquels Affaires étrangères, Mon père américain, Une petite femme et Toilette de chats.
Commander ce livre sur Fnac.com
Avec «Cinquante ans passés», Jean-Marc Roberts offre un petit bijou de nostalgie, de tendresse et d'ironie. Le roman d'une génération.
[...] En vrac, on y croise les Stones, Julien Clerc, Gérard Klein, les Beatles, Billy Joel et même les Frères ennemis, à l'époque où Teddy Vrignault ne s'était pas encore évanoui dans la nature. Le narrateur raconte d'ailleurs qu'il a eu récemment des nouvelles d'André Gaillard, l'ex-compère de Teddy. Deux de ses amis l'ont aperçu un jour dans un parking du 9e, un autre jour dans une laverie du 15e. Belle trouvaille, le romancier imagine qu'André «cache Teddy dans le 15e, prêt à lui faire ses courses et à lui laver son linge au nom de leur vieille complicité».
[...] «Cinquante ans passés» est bien sûr un roman sur les illusions perdues et les destins contrariés. Mais, après avoir constaté que la nostalgie est toujours ce qu'elle était, on referme ce livre avec deux autres certitudes. L'une, qu'au fond peu importe si ceux que nous avons tant aimés ont disparu de notre quotidien quand nous savons qu'ils sont encore en vie. La seconde, c'est que Jean-Marc Roberts demeure un grand écrivain.
On a revu Richard Hermann. Trente ans ou presque sans un signe de vie.
Jean-Louis s'est garé en face de chez moi, devant le salon de coiffure Jean-Claude Biguine. C'est une chaîne, il existe en France des centaines, peut-être un millier de salons qui portent ce nom.
Ils vous coiffent vite, pas cher et sans rendez-vous.
Personne ne connaît Jean-Claude Biguine. Est-il seulement coiffeur ? Si oui, exerce-t-il encore une activité ? Dans quelle ville ? Quel quartier ? Il devrait m'appeler afin de me rassurer sur son sort, je suis très facile à joindre. Et jamais en retard.
En sortant de mon immeuble, je distingue la Mercedes à l'arrêt, tous feux éteints, moteur coupé. Richard est assis à l'avant, à côté de Jean-Louis, il est obligé de s'extraire de la voiture pour me laisser m'installer. A l'arrière, j'y tiens.
Depuis que ses enfants ont grandi, Jean-Louis a opté pour un modèle deux portes.
On s'embrasse. Richard pique un peu. Il a conservé sa tête de bébé étonné, ses lunettes d'écaille, ses cheveux très frisés ont blanchi sur les tempes. Son corps, devenu lourd, semble avoir été gonflé à l'hélium comme si Richard avait été le complice puis la victime d'un trucage de cinéma qui aurait mal tourné. Il me fait penser à Eddie Murphy dans un navet américain récent où l'acteur grossissait à chaque bobine. A Michael Moore aussi, sans la barbe, mais les traits du visage de Richard sont restés fins. Ils ne révèlent aucune ride, aucun tourment apparent.
Sanglé dans son imper blanc, il balance d'une main à l'autre un sac Fnac dont il ne veut manifestement pas se séparer.
C'est son cadeau pour Gavotti. «Je lui ai pris tout James Brown», m'annonce-t-il d'un air entendu, comme si nous l'avions décidé d'un commun accord.
Copyright : Studio 108 2004-2008 - Informations légales - Vous êtes éditeur ?
Programmation : Olf Software - Infographie, XHTML/CSS : Gravelet Multimédia - Graphisme : Richard Paoli