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Braconnages identitaires : un Québec palimpseste

Couverture du livre Braconnages identitaires : un Québec palimpseste

Auteur : Simon Harel

Date de saisie : 16/07/2006

Genre : Histoire

Editeur : VLB ÉDITEUR, Montréal, Canada

Collection : Le Soi et l'autre

Prix : 20.25 € / 132.83 F

ISBN : 978-2-89005-940-5

GENCOD : 9782890059405

en vente sur logo Alapage.com


  • La présentation de l'éditeur

Le Québec est malade d'une identité volée, d'un territoire usurpé. Cette vieille rengaine nous obsède. La perte et la dépossession sont nos fantaisies, notre trésor mélancolique. Autrefois, nous avions le territoire. Aujourd'hui, il ne reste plus rien. Notre mélancolie est sans objet. Les pensées contemporaines du pluralisme, de l'hybridité ont fracassé la cage dorée du refuge identitaire.

Si le Québec est fragmenté, démembré, il faut comprendre la signification de cette angoisse du morcellement. Nous ne vivons pas que dans des espaces imaginaires ! Le corps social fait mal dans la disparité de ses classes sociales, de ses lieux d'appartenance communautaire, de ses quartiers, de ses marges et de ses régions. La démultiplication de la différence est devenue notre seul projet historique.

La doxa postmoderne fait de cette différence une aire de jeu sans grandes conséquences. Nous n'avons plus d'histoire. Nous ne prétendons plus contribuer à la façonner. Notre époque est décidément mièvre. Que de différences ! De ces marginalités inventoriées à l'infini surgira bien quelque chose. Qu'on n'attende pas un projet de société, l'objectif serait trop clair. Nos projets sont involutifs. Faut-il s'en satisfaire ? Je ne le crois pas.





  • Les premières lignes

LA FACE CACHÉE DE L'ALTRUISME BON ENFANT

La culture peut être un espace de détestation colérique. Dans l'espace culturel contemporain, il paraîtra incongru de faire appel à ces affects qui créent la mise à distance, sinon le rejet de l'autre. Il semblera inacceptable de faire de la détestation l'une des formes de réflexion sur la culture. N'est-il pas plus seyant d'être du côté du «bien», d'un humanisme critique ? Nous entendons ce discours stéréotypé jour après jour. Je ne dis pas qu'il faille se situer parmi les imprécateurs de la cruauté littéraire, personnages représentés par un Artaud, un Bernhard, un Naipaul. Avouons qu'il n'est pas facile de proposer une esthétique de la cruauté quand le discours culturel privilégie les formes du métissage culturel et de l'hybridité. Pourtant, cette remise en question est nécessaire tant l'idéalisation de l'altérité est devenue soporifique.

Il faut accepter, comme Artaud et Naipaul, que la cruauté habite la culture. La reconnaissance de lieux habités dont les frontières sont instables correspond à cette figure de la cruauté que je veux mettre en relief. Celle-ci prend les formes de la tactique, de l'«autodéfense», autant de gestes qui tentent de nommer sans complaisance l'architecture de lieux habités : ruines, débris, recyclages bricolés, restes d'un monde qui a perdu sa capacité de loger l'illusion d'une demeure première. Les oeuvres de V. S. Naipaul et de Thomas Bernhard, par exemple, sont des récits cruels qui engagent la réflexion sur la destruction partielle de l'espace natal. Dans leurs périples littéraires, ces écrivains fourbissent leurs armes et ne font pas de quartier.


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