Auteur : André Pratte
Date de saisie : 16/07/2006
Genre : Essais littéraires
Editeur : VLB ÉDITEUR, Montréal, Canada
Prix : 20.25 € / 132.83 F
ISBN : 978-2-89005-933-7
GENCOD : 9782890059337
Les Québécois ne sont pas déchirés entre deux options politiques, mais plutôt entre les multiples mythes qu'ont élaborés pour eux les politiciens et les intellectuels. Ces mythes leur font scintiller des pays des merveilles comme autant de miroirs aux alouettes. Les Québécois hésitent entre le pays idéal qui surviendrait avec l'indépendance et le Canada idyllique qu'on veut leur vendre comme «le meilleur pays au monde» et qui ne correspond en rien à ce qu'ils retiennent de leur histoire, de leurs combats et de leurs souffrances.
Le grand perdant de cet échafaudage de mythes qui domine les débats politiques, c'est le pays réel, le Canada tel qu'il est pour vrai, avec ses atouts et ses faiblesses. C'est ce pays réel qui offre aux Québécois les meilleures conditions pour leur développement au sein du monde redoutable qui est en train de se mettre en place autour d'eux. C'est ce pays réel qu'une forte majorité d'entre eux choisiraient, s'ils parvenaient à se débarrasser des fantasmes qui faussent leur raisonnement. Et voilà la tâche à laquelle s'attelle ce livre qui risque de bouleverser bien des idées reçues.
Journaliste depuis vingt-cinq ans, André Pratte est éditorialiste en chef à La Presse. Il a déjà publié des ouvrages remarqués sur la politique et le journalisme dont Les oiseaux de malheur (VLB éditeur, 2000) et Le temps des girouettes (VLB éditeur, 2003).
Extrait du prologue :
Mon voyage en train.
«Tu ne comprends pas ! Bien des Québécois ont fait le même cheminement !» Attablé dans un restaurant de Toronto en compagnie du journaliste Lawrence Martin, chroniqueur politique vedette au Canada anglais, je lui parlais d'un volet de sa biographie de Lucien Bouchard qui m'a frappé. Dans un passage clé, Martin se scandalise du fait que l'ancien premier ministre a, à propos de l'avenir du Québec, changé d'idée à quelques reprises. Je cite : «Même sur une question aussi fondamentale que l'existence du Canada comme pays, [Bouchard] a effectué un virage à 180 degrés. (...) Il a souvent pris position en faveur du fédéralisme, et plusieurs fois défendu la souveraineté du Québec.» Dans l'esprit de Martin, il est tout simplement inconcevable qu'au sujet de l'unité du Canada une personne puisse changer d'opinion même une seule fois. Alors trois fois, comme l'a fait M. Bouchard au cours de sa vie, cela relève de la psychiatrie !
Il se trouve pourtant bon nombre de Québécois qui hésitent entre ces deux options au point de passer de l'une à l'autre selon les circonstances. Les sondages chiffrent à quelque 20 % ceux qu'on qualifie de «nationalistes mous», tentés autant par la souveraineté-association que par le fédéralisme renouvelé. En réalité, ces «indécis» sont encore plus nombreux. Étudiant l'évolution de l'opinion au sein d'échantillons de Québécois, des politologues ont remarqué que, d'un mois à l'autre, entre un quart et la moitié - un quart et la moitié ! - des personnes interrogées changeaient leur fusil d'épaule quand on leur demandait quelle option constitutionnelle elles préféraient.
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