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Je m'appelle Bosnia

Couverture du livre Je m'appelle Bosnia

Auteur : Madeleine Gagnon

Date de saisie : 16/07/2006

Genre : Romans et nouvelles - français

Editeur : VLB ÉDITEUR, Montréal, Canada

Collection : Fictions

Prix : 28.00 € / 183.67 F

ISBN : 978-2-89005-895-8

GENCOD : 9782890058958


  • La présentation de l'éditeur

Elle quitterait ce pays, elle partirait, ça, c'était certain, vers quoi ? elle ne le savait pas. Mais elle savait que la vie elle-même l'avait la première abandonnée bien avant cette guerre. Et qu'en partant elle aurait la force d'ouvrir la porte arrière de la vie et de marcher seule dans le noir. La force et le courage.»

Prenant racine dans l'essai Les femmes et la guerre, le roman Je m'appelle Bosnia explore, à partir des mêmes sujets, les sillons de vérité qu'offre la fiction. De la Bosnie-Herzégovine au Québec, en passant par la France, de jeunes amants réfugiés, Bosnia et Adem, opposent à la folie meurtrière les forces de résistance que sont l'amour, l'écriture et le droit humanitaire international.

Poète, romancière et essayiste née à Amqui, Madeleine Gagnon est l'un des écrivains majeurs du Québec. De nombreux prix littéraires, dont le Prix du Gouverneur général et le prix Athanase-David, ont salué son oeuvre qui compte une trentaine de titres.





  • Les premières lignes

«Longtemps, j'ai connu le bonheur.»

Du fin fond de sa forêt dans le maquis bosniaque et au plus profond de sa jeune solitude, Bosnia s'adressait ainsi aussi bien à elle-même qu'à l'univers entier. L'avait-elle criée, cette phrase, ou tout simplement murmurée ? cela avait peu d'importance. Mais une chose était certaine: longtemps, elle avait connu le bonheur et elle ne le connaissait plus.

Elle quitterait ce pays, elle partirait, ça, c'était certain, vers quoi ? elle ne le savait pas. Mais elle savait que la vie elle-même l'avait la première abandonnée bien avant cette guerre. Et qu'en partant elle aurait la force d'ouvrir la porte arrière de la vie et de marcher seule dans le noir. La force et le courage. Elle n'avait pas construit dans sa tête une philosophie du désespoir ainsi qu'elle en avait connu dans ses livres de philosophie, à l'université de Sarajevo. Elle n'avait pas prévu depuis des siècles des issues de secours par lesquelles elle pourrait s'évader, se jeter hors de la terre à travers de longs escaliers mous qui finissent dans des nuages d'oreillers sur lesquels on peut enfin se rendormir tranquille, puis se réveiller un bon matin, un amant dans ses bras.

Elle avait déjà connu sa dose de catastrophes personnelles quand, un jour, une évidence la terrassa. Mais contrairement à la lumière céleste qui fit tomber de sa monture le Paul chrétien sur son chemin de Damas, sa certitude foudroyante à elle était faite d'une telle obscurité que seule la présence d'étoiles dans la nuit opaque l'empêcha de débouler à travers les galaxies. Et encore, ces étoiles, il fallait bien qu'elle les imagine.


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