Auteur : Pascal Morin
Date de saisie : 27/08/2006
Genre : Romans et nouvelles - français
Editeur : Ed. du Rouergue, Rodez, France
Collection : La brune
Prix : 14.00 € / 91.83 F
ISBN : 978-2-84156-770-6
GENCOD : 9782841567706
Hier, sur la Montagne-Rouge, un homme est tombé. C'est par cette nouvelle que sont accueillis, le premier matin, les nouveaux stagiaires du club des Aigles. Ils sont cinq, néophytes du vol libre ou pratiquants confirmés, tenus de cohabiter durant deux semaines dans une ancienne caserne perdue dans la campagne. Paul, le narrateur, dit être un journaliste enquêtant sur les sports extrêmes. Mais comme ses compagnons, il triche en s'inventant un personnage. Que cherchent-ils tous, au-delà de leur désir apparent de se confronter à l'ivresse du vol ?
Alors que l'ombre du mort de la Montagne-Rouge plane sur la vallée, ces hommes aux prises avec leurs secrets vont défier la pesanteur, peu à peu se dévoiler et peut-être se libérer de leurs fantômes et de leurs peurs.
Auteur de L'eau du bain et Les amants américains, Pascal Morin enseigne les lettres en banlieue parisienne et à la New York University à Paris.
Lundi 15 septembre.
Nous nous saluons sans sourire ni échanger un regard. Hier soir, Serge m'a dit que je pourrais compter sur lui pour le premier café, qu'il serait sur le pied de guerre avant tout le monde. Sans bruit, je me sers. Je garde mon bol à la main, debout dans la cuisine. Je m'extirpe avec peine de l'opacité du sommeil et me concentre sur la surface de mon café où se reflète le néon du plafond. Un tremblement, le reflet se disloque.
- Aujourd'hui, nous avons vent d'est.
À l'intonation de Serge, je comprends que c'est important, que cela détermine, sans que je sache encore comment, la journée à venir. Il est calme et affirmatif, ne trahit pas la moindre appréhension. Il doit avoir l'habitude de vérifier le sens du vent dès son réveil, en regardant dehors, par sa fenêtre qui donne sur la cour desséchée où tourbillonne la poussière. Les herbes s'y envolent, les insectes y luttent contre les courants.
Même en cas de calme plat, Serge m'expliquerait sans doute que l'air est traversé d'ondulations imperceptibles. Il est prêt, lui, à accomplir les gestes que je n'ai pas encore appris.
Son visage est large et paisible. Crâne dégarni. Gestes sûrs. Il plonge une cuillère dans le pot de miel et laisse s'enrouler le ruban ambré sur une épaisse tartine. D'un signe, il me désigne la cafetière. Je le ressers. Il me remercie d'un hochement de tête et je reprends ma place, debout, adossé au mur.
Hier, sur la Montagne-Rouge, un homme est mort, me dit-il.
Je me raidis, mes épaules se contractent.
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