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Ma boîte noire

Couverture du livre Ma boîte noire

Auteur : Driss Ksikes

Date de saisie : 19/07/2006

Genre : Romans et nouvelles - français

Editeur : Le Grand Souffle Ed., Paris, France | Tarik éditions, Casablanca, France

Prix : 11.80 € / 77.40 F

ISBN : 978-2-916492-02-5

GENCOD : 9782916492025


  • La présentation de l'éditeur

"Comment des jeunes, mal intégrés comme moi, scandalisés par l'arrogance américaine comme moi, s'étaient-ils empressés de mettre le feu au centre du monde ? Qu'est-ce qui m'a permis d'être un passionné de la vie et eux des fanatiques de la mort ? Comment en est-on arrivé à aspirer à des paradis opposés ? Assailli par des interrogations sans issue, atterré par ces cadavres en masse qui s'entassaient, je me suis résolu à regarder le spectacle.

Alors que les images du 11 septembre défilaient à la télévision, je compris que je devais mon salut, moi fils de musulmans, à ces êtres qui m'avaient donné du plaisir. Sans Zahra, j'aurais pu moi aussi suspendre mon bonheur à un paradis improbable. Sans Zina, je n'aurais jamais su qu'on pouvait se payer un paradis sur mesure, par la seule voie de l'amour. Et sans les femmes, finalement, j'aurais peut être été un vulgaire kamikaze, au corps déchiqueté"

C'est en retrouvant sa "boite noire" dans laquelle sont consignés des pans entiers de son passé que le narrateur saura concrétiser, entre rêves et réalité, son désir de toujours : écrire.

Driss Ksikes est critique littéraire et dramaturge. Depuis octobre 2002, il est rédacteur en chef du magazine Tel Quel au Maroc.



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  • Les premières lignes

Mon adolescence, un pont effondré dans ma mémoire. Un passage gommé. Je ne l'ai jamais fixé nulle part. Avec le temps, il n'en est resté que des débris flottant à la lisière de l'oubli. Et puis voilà que tout semble remonter à la surface. D'un seul coup. Au seul contact de cette boîte. Une boîte noire, d'un bois précieux, tapissée de vert à l'intérieur. Je croyais l'avoir perdue à jamais, par simple étourderie. Et non, à la faveur de mon déménagement, je la redécouvre, dans ce vieux placard. Plus granuleuse, moins noire qu'auparavant. Remettant la main dessus, par hasard, je me suis rendu compte qu'elle était restée à l'ombre, presque intacte, mais empoussiérée, portant les marques de l'oubli.

C'est presque une ironie du sort. Il y a plus de vingt ans, j'ai été chassé de cette cachette. Elle était assez vaste pour permettre à deux corps menus de s'y faufiler. À Zina et moi, ce placard nous servait de refuge sensuel. Dans le noir, nous découvrions l'obscurité du désir. Inlassablement, chaque lin d'après-midi, entre cinq et six heures, juste avant le retour des parents. Avant que des tressautements nous prennent dans notre isoloir de plaisir, nous détachions nos corps l'un de l'autre, libérions nos mains lentement, revêtions nos frusques et regagnions nos chapelles familiales respectives. Zina était ma voisine de palier. À six heures pile, nous étions redevenus cois, chacun parmi les siens. Le chaos du plaisir était resté dans le placard.


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