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Paris ne finit jamais

Couverture du livre Paris ne finit jamais

Auteur : Enrique Vila-Matas

Traducteur : André Gabastou

Date de saisie : 02/09/2006

Genre : Romans et nouvelles - étranger

Editeur : Bourgois, Paris, France

Prix : 21.00 € / 137.75 F

ISBN : 978-2-267-01732-8

GENCOD : 9782267017328


  • La revue de presse André Clavel - L'Express

Dans les lettres espagnoles, Enrique Vila-Matas (prix Médicis étranger 2003) occupe la position du ténébreux : l'auteur de Suicides exemplaires écrit à l'encre noire des livres hantés par le silence et la disparition. Il ne manque pourtant pas d'humour. La preuve, ce Paris ne finit jamais, où il se moque copieusement de lui-même. Et raconte comment, à 26 ans, en février 1974, il quitta la Barcelone franquiste pour venir déballer sa panoplie d'exilé du côté de Saint-Germain-des-Prés. Une bonne fée l'y accueillit : la forcément sublime Marguerite Duras, qui lui loua une mansarde crasseuse au 5 de la rue Saint-Benoît, avec vue sur la misère... Son témoignage est drôle, gentiment cruel et jamais revanchard.


  • La revue de presse Mathieu Lindon - Libération

Paris ne finit jamais se présente comme une autobiographie, ou une autobibliographie, d'Enrique Vila-Matas. L'écrivain barcelonais né en 1948 raconte ses années d'apprentissage parisiennes, quand Marguerite Duras lui louait une chambre au-dessus de son propre appartement, rue Saint-Benoît, et il prétend que cet apprentissage consista à se perfectionner dans l'ironie. Le livre est ainsi à la fois une introduction à l'oeuvre de Vila-Matas (ceux qui n'ont rien lu de lui peuvent commencer par ce livre) et un commentaire sur l'ensemble de son travail (ceux qui ont tout lu de lui doivent continuer par ce livre). Enormément de ses livres sont très bien traduits en français ces temps-ci (principalement chez Bourgois où le Mal de Montano obtint l'an dernier le prix Médicis étranger, mais aussi au Passeur ou chez Passage du Nord/Ouest), mais c'est plus une joie qu'une surproduction, vu que leur humour et leur délicate émotion suscitent immanquablement un bonheur de lecture qui leur est propre... Il y a une ironie propre à Enrique Vila-Matas à se moquer de l'ironie, à raconter comment il a pu y accéder, la nécessité de s'y accrocher. Sa vie sentimentale et sexuelle n'y échappe pas. «Sapristi, me suis-je dit, atterré, ce n'est pas tous les jours qu'on essaie de vous assassiner», conclut ainsi un chapitre sur la prise de LSD à la tour Eiffel en compagnie d'une fille qui, en vérité, ne l'aime pas. Il raconte aussi comment il couche volontiers avec une autre, d'un milieu plus bas que le sien, ce qui l'excite et le rassure : «Avec elle, je me sentais moins tendu et moins inhibé au lit et pouvais, en tant qu'amant, faire des progrès, à quoi s'ajoutait l'avantage que, si je n'étais pas à la hauteur, personne de mon milieu social ne le saurait et je pourrais continuer à cultiver joyeusement mon manque d'assurance sexuelle.»... En plus des écrivains, on rencontre dans le livre Isabelle Adjani et Paloma Picasso, ainsi que François Mitterrand qui a précédé, durant l'Occupation, Enrique Vila-Matas dans la petite chambre durassienne de la rue Saint-Benoît. C'est aussi un charme de ce livre que se dégage, à travers ses diverses apparitions saugrenues, un portrait chaleureux de Marguerite Duras...


  • La revue de presse Elizabeth Gouslan - Le Figaro

Ceux qui n'ont jamais croisé Enrique Vila-Matas, facétieux dandy littéraire espagnol, ont sans doute observé maintes fois ses nombreux avatars à la terrasse du Flore. La panoplie varie - chapeau mou ou cheveux au vent, veste en tweed ou total look anthracite, pipe sartrienne ou Dunhill lihgt aux lèvres - mais le poseur affiche systématiquement un mélange d'arrogance, de lassitude et de mystère étudié. La midinette ordinaire se méprend souvent : croyant découvrir un poète maudit, un futur Boris Vian en embuscade, un nouveau Salinger égaré au Quartier latin, elle se laisse éblouir. Car la pauvrette ignore que l'intellectuel frelaté et le pseudo-romancier sont des spécialités de la faune du Flore, au même titre que le chocolat chaud ou le croque-monsieur au cheddar.

Tout l'attachant talent d'Enrique Vila-Matas, Barcelonais pétri d'humour et de modestie, consiste précisément à se peindre en génie ombrageux, en imposteur anonyme de ce folklore germanopratin que le monde entier nous envie. Dissipons tout de suite un malentendu : Vila-Matas n'a rien d'un toquard déguisé en existentialiste. C'est un authentique écrivain, responsable d'une dizaine de savoureux traités et récits... Ce récit d'apprentissage cerne la personnalité fantasque d'un jeune Espagnol montant à Paris avec la ferme intention d'y être publié et le voeu pieux de devenir (comme l'illustre auteur de Pour qui sonne le glas) tout à la fois chasseur, pêcheur, reporter de guerre, buveur, grand amant et boxeur. Inutile de dire qu'il échouera à imiter son idole. Autobiographique ? Bien sûr. Nostalgique ? Pas vraiment, car ce cocasse quinquagénaire puise son originalité dans l'usage constant de l'autodérision, ingrédient assez rare dans le paysage littéraire... L'humour est garanti, reste la tendresse. Elle surgit au détour d'une page consacrée à la mère, un hymne d'amour à une femme excentrique, superstitieuse, résignée à vivre loin de son fils bohême, une sorte de double énigmatique et hispanique de Marguerite Duras, une autre toquée magnifique croquée par un écrivain truculent, dont on aimerait que la verve ne se tarisse jamais...


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