Auteur : Christian Authier
Date de saisie : 19/08/2006
Genre : Romans et nouvelles - français
Editeur : Stock, Paris, France
Collection : Bleue
Prix : 10.00 € / 65.60 F
ISBN : 978-2-234-05706-7
GENCOD : 9782234057067
Les garçons d'aujourd'hui enterrent bien tôt leur jeunesse... C'est d'une plume élégamment désabusée que Christian Authier fait un sort à la sienne et, du même coup, aux années Mitterrand... Cette chronique ne serait que documentaire sociologique à la première personne du singulier si Christian Authier ne nous contait pas d'abord et tout du long l'histoire poignante d'une amitié exceptionnelle, prématurément brisée... D'une minceur sèche, mais point trop, cette confession, écrite dans une langue svelte, a surtout pour elle un ton qui la rend d'emblée intime au lecteur. Parmi d'autres phrases trop définitives, le jeune héros ignore qu'il a tort en proclamant qu'«on ne se fait plus d'amis après 30 ans». L'auteur en a 35 et l'on peut raisonnablement gager que son premier livre trouvera ses lecteurs.
Comment passer à l'âge d'homme, dans le mitan des années 1980, à l'ombre du Capitole et de la brique rouge des Minimes, quand on n'a pour exister que les manifs anti-Devaquet, la pédagogie du préservatif ou la Fête de la musique selon saint Jack ? Et que son meilleur ami s'en va, peu à peu broyé par les pinces du Crabe ? De salles d'art et d'essai moribondes en bars de nuit plus ou moins glauques, il reste à s'inventer des mythologies à grands coups de tequila Schtroumpf, qui laisse la langue bleue dans le petit matin blême de la Ville rose... De ces années de coton, à cheval sur les deux septennats de Mitterrand, Authier rapporte un élégant récit aux nuances amères. Sous le signe du Cancer.
Entre enfer et paradis, semblable à une gravure de Dürer, où s'égayent des chevaliers à la mort et des oiseaux aux ailes brisées, ce qui pourrait s'appliquer à une définition de l'amitié perdue, il y a le purgatoire. Une salle d'attente aux couleurs grises. Un entre-deux ponctué d'ectoplasmes taquins. Quelque chose qui purifie. Dans ce purgatoire affectionné par Christian Authier,... on notera l'apparition du verbe purger, qui convient à toute forme de chagrin, et de l'oratoire, qui est un lieu destiné à la prière ou l'art de parler en public.
Christian Authier, lui, chuchote en privé. Au fond, tout est là. Dans Enterrement de vie de garçon, il souffre et prie à sa façon, et de fort belle manière. Ce garçon dans la trentaine qui, mine de rien, murmure non pas à l'oreille des chevaux mais à celles de Fitzgerald et de Blondin, le tout sous la Winchester de Stumpy dans Rio Bravo et le feutre de Bogey dans High Sierra, dit adieu à sa jeunesse, ainsi qu'à son ami Eric, chevalier à la joyeuse béquille. Pierre angulaire du livre, Eric meurt trop jeune de cette maladie qui a la pugnacité d'un crabe... Ce livre, donc, roman à la tonalité de récit, est une mélopée, qui débute comme une chanson de Nougaro et s'achève comme le désespoir d'un Rigoletto... D'une écriture légère, telle la plume au vent, l'auteur fait le deuil d'une amitié modelée autour d'exemples et d'espérances, qui hante sa mémoire et armorie son coeur, qui ne disparaîtra jamais... Aussi, pourquoi la mémoire déserte-t-elle parfois ? C'est la question posée tout au long de ce beau récit sincère et émouvant, jamais pathétique, où les années Mitterrand ont l'air d'une farce tranquille. M. Authier commence à comprendre. Il est moins jeune. A l'image de Trenet, il contemple impuissant cette vieille photo de sa jeunesse. Dieu merci, il nous épargne les lamentations, et quand son tableau se teinte d'alacrité, le Dürer se transmue en Renoir. Et c'est pour mieux adresser un petit signe de connivence aux libertaires que nous sommes et que nous resterons. Et que nous n'oublierons pas.
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