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Voix endormies

Couverture du livre Voix endormies

Auteur : Dulce Chacon

Traducteur : Laurence Villaume

Date de saisie : 08/07/2006

Genre : Romans et nouvelles - étranger

Editeur : 10-18, Paris, France

Collection : 10-18. Domaine étranger, n° 3907

Prix : 8.50 € / 55.76 F

ISBN : 978-2-264-04297-2

GENCOD : 9782264042972


  • La présentation de l'éditeur

Les Voix endormies, ce sont celles de toutes les héroïnes anonymes de la guerre d'Espagne, ouvrières, syndicalistes, partisanes ou simplement candidates à l'exil. En 1939, le conflit touche à sa fin et les Républicains paient leur défaite dans les prisons franquistes. Dans celle de Ventas, Hortensia, Elvira et Tomasa attendent de connaître leur sort. À l'extérieur, leurs familles et leurs amis vivent dans l'angoisse. Peu à peu, avec la discrétion de ceux qui se sentent épiés, des liens se tissent, des histoires se racontent... Et celles qui se savent condamnées formulent un dernier voeu : n'être jamais oubliées. Grâce à ce récit bouleversant, elles sont enfin exaucées.

«Le livre de Dulce Chacôn a connu un immense succès en Espagne, sans doute parce que la romancière a parlé d'une voix juste et forte, et qu'elle a donné la parole aux femmes, celles dont les souffrances ont été les plus anonymes, les plus rentrées, les plus endormies.»

Martine Silber, Le Monde des Livres.

Dulce Chacôn est née à Zafra, en Espagne, en 1954. Écrivain engagée, à la fois romancière, poète et dramaturge, elle a consacré plusieurs de ses oeuvres au travail de mémoire autour de la guerre d'Espagne. Voix endormies a connu un immense succès en Espagne où il a été élu Livre de l'année 2003. Dulce Chacôn est décédée la même année.



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  • Les premières lignes

La femme qui allait mourir s'appelait Hortensia. Elle avait les yeux sombres et ne parlait jamais à voix haute. C'est seulement quand le rire lui remplissait la bouche qu'un Ay madre mia de mi vida qu'elle n'avait pas encore appris à contrôler lui échappait, et elle le répétait presque en criant, en se tenant le ventre. Elle passait une grande partie de la journée à écrire sur un cahier bleu. Elle avait les cheveux longs, noués en une tresse qui lui descendait le long du dos, et elle était enceinte de huit mois.

Elle s'était déjà habituée à parler à voix basse. Non sans effort, mais elle s'y était habituée. Et elle s'était aussi habituée à ne pas se poser de questions, à accepter que la défaite s'enfouisse au fond, au plus profond d'elle-même, sans demander la permission, et sans donner d'explications. Et elle avait faim, et froid, et elle avait mal aux genoux, mais elle ne pouvait pas s'arrêter de rire.

Elle riait.

Elle riait parce qu'Elvira, la plus petite de ses camarades, avait rempli un gant avec des pois chiches pour faire une tête de marionnette, et le poids l'empêchait de la manipuler. Mais elle n'abandonnait pas. Ses tout petits doigts luttaient avec le gant de laine, et sa voix, rendue aiguë pour l'occasion, accompagnait la pantomime pour chasser la peur.


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