Auteur : Jacques-Etienne Bovard
Date de saisie : 07/07/2006
Genre : Romans et nouvelles - français
Editeur : B. Campiche, Orbe, Suisse
Prix : 22.00 € / 144.31 F
ISBN : 978-2-88241-169-3
GENCOD : 9782882411693
Ils se retrouvent tous les quatre, ce vendredi 27 juin 2003, entre hommes, au manoir de Clairvaux-sur-Loue. C'est le banquier suisse Maximilien Reuth, personnalité ambiguë, qui invite ses amis dans son «petit paradis», en plein pays de Gustave Courbet. Entre deux parties de pêche à la mouche, on écoutera de la musique, on lira Maupassant, on cuisinera, on rira, on se laissera vivre... Ne pousse pas la rivière, dit le proverbe, gravé au-dessus de la porte d'entrée, elle avance toute seule. Par surcroît de prudence, la règle interdit de parler d'argent, de politique ou de femmes. Et l'on remet scrupuleusement à l'eau les truites qu'on attrape: parcours de pêche no kill !
Le lendemain à l'aube, le paradis est crevé.
Crime, enquête, soupçons. Qui est Max ? Qu'a-t-il fait, ou pas fait ? La sécheresse exaspère les tensions, dans un huis-clos de plus en plus oppressant. L'ordre des choses est revenu: d'une façon ou d'une autre, chacun est rattrapé, et doit passer aux aveux. Ainsi Philippe Sauvain, qui comptait sur ce séjour pour achever un roman historique inspiré par l'énigme d'Un Enterrement à Ornans, le célèbre tableau de Courbet, cède à l'urgence d'un tout autre texte: sa propre enquête sur Max, qui se retourne très vite en enquête sur lui-même.
J'OUVRE ce cahier comme on empoigne quelqu'un par la cravate - et devant qui on ne sait soudain plus que dire.
La même exaspération qui, cinq ou six fois par nuit, me fait rallumer ma lampe, d'une espèce de baffe aveugle sur le commutateur : espérant surprendre le cauchemar comme un cambrioleur, le fixer droit dans les yeux...
Et c'est moi bien sûr qui me retrouve médusé dans la lumière.
Max, que s'est-il passé ?
À quoi joues-tu ? Et depuis combien de temps ? Enfin qui es-tu, Max ?
Sans doute n'y a-t-il pas plus mauvaise façon d'ouvrir un cahier, pour un écrivain surtout qui a besoin de paix pour écrire, de temps, de distance - et se flattait justement de ne jamais verser, sous quelque prétexte que ce soit, dans ces jeux de je si prisés.
«Journal intime», quelle horreur. «Confession», «témoignage»... Pourquoi pas un «défouloir», comme c'est la mode ?
Mais qu'importe, ici ? Et si ce détour par les marécages m'était nécessaire ?
Pourquoi pas. Puisqu'il paraît que toute expérience en la matière est bonne à prendre...
Admettons donc un «exutoire». Au moins le mot sonne bien.
Et puis c'est vite brûlé, un cahier.
Quoi qu'il en soit, je ne me jetterais sans doute pas là-dedans si Robbe ne m'avait tellement excédé tout à l'heure. «Éclectique !» Il m'aurait moins vexé en me traitant carrément de faux témoin ou de crétin. Je n'aurais pas dû laisser passer. J'aurais dû lui rétorquer que si ma mémoire en effet pouvait me poser parfois problème, elle le faisait, depuis toujours, plutôt par surabondance que par défaut, comme d'ailleurs maint autre trait de ma personnalité. Mais il se foutait bien de ces considérations. Tout, pour lui, se réduisait à ses ingénieux recoupements, à cette satanée couverture, aux questions financières. À vrai dire, il n'y a rien à lui reprocher. N'ayant fait en somme que son métier, son triste métier, qui est peut-être à la fois le plus éloigné, et le plus proche du mien.
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