Auteur : Yves Rosset
Date de saisie : 06/07/2006
Genre : Guides Tourisme, Voyages
Editeur : B. Campiche, Orbe, Suisse
Prix : 24.00 € / 157.43 F
ISBN : 978-2-88241-163-1
GENCOD : 9782882411631
À peine avais-je posé mes affaires dans ma chambre qu'elles étaient déjà recouvertes de la poussière du dehors circulatoire. Une lettre de la banque m'indiquait que mon compte-voyage était vide. C'était en octobre 2003. Je découpais ma carte Visa, commençais à écrire les premiers jours en Pologne et m'arrêtais au moment où j'étais en train de rêver au bord de la Vistule pour accompagner les enfants chez le dentiste. En allant apporter mes films du Japon à développer chez Karstadt, je croisai Max et Antonia qui m'expliquèrent qu'ils allaient acheter du vinaigre en action. Après plus d'une année privilégiée faite de voyages et de lectures, cela me remettait les pieds sur Terre. Mais comment boucler une boucle qui n'en est pas une ? Vie qui spirale. Mieux vaut parler d'aller et retour, de transit. Quelques minutes plus tard, je recroisais Max et Antonia. Ils avaient aussi trouvé des pâtes pour presque rien.
YVES ROSSET
OASIS était le nom du salon de pachinko de l'autre côté de la rue. Écrit en grandes lettres romanji de néon rouge, son A foutait bizarrement le camp vers le haut, histoire de design, comme s'il montait vers moi, le nez collé à la fenêtre de notre chambre à l'International Youth Hotel, dix-huit étages au-dessus de la gare de Iiabashi, à Tokyo. On cherche du regard et on se perd dans les mots du monde que l'on a sous les yeux. Oasis. C'était bon signe. Joli hasard. Il y en a de plus imprévus. Au Kannon Temple de Asakusa, alors que Kâthe et les enfants avaient tiré des promesses de bonheur, j'avais reçu une bad fortune qui m'avait plongé dans un tourbillon de doutes désagréables. Malheur de la superstition. Étrange intervention du monde extérieur pour vous faire songer à vous-même. Mais, par les temps qui courent, est-il sage d'être réflexif ? La grande peur qui plane et défigure tant de visages rend passablement triste, affaibli, et ronge.
Je regardais vers le nord, vers l'ouest, en direction de Shinju-Ku, de Toshima-Ku. Il pleuvait fort, grisaillait, mais le brouillard n'empêchait pas de voir que la ville ne cessait pas jusqu'à l'horizon. Infinies détrouvailles, approfondissements, différenciations, murmures des mercures humeuses, foulances errées. Deux jours auparavant, en revenant de la plage de Kamakura pour rejoindre la gare, nous étions remontés à contre-courant le flot d'une sorte de rush-humanity extraordinairement calme et disciplinée qui, déversée par la mégalopole que forment Kawasaki, Yokohama et Yokosuka, se rendait au bord de l'eau pour assister au hanabi, le feu d'artifice de l'été. Chaque visage intriguait comme une nouvelle étoile, chaque corps vibrait d'une tension interne au sein du cosmos, chaque rire éclatait comme l'écho d'une manière de big bang en expansion assourdissante. Submergé par une complète fascination particulaire, je me disais que j'avais placé très bas le seuil de l'expérience à articuler lorsque j'avais imaginé mes «Oasis de transit», partant du fait heureux que tout serait bon à prendre.
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