Passion du livre - tout sur le livre : Les agneaux

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Les agneaux

Couverture du livre Les agneaux

Auteur : Ania Carmel

Date de saisie : 06/07/2006

Genre : Romans et nouvelles - français

Editeur : B. Campiche, Orbe, Suisse

Collection : Campoche, n° 13

Prix : 6.50 € / 42.64 F

ISBN : 978-2-88241-165-5

GENCOD : 9782882411655


  • La présentation de l'éditeur

... J'ai le sentiment qu'avec Les Agneaux, cette femme se livre avec une impudeur et une vigueur qui défient tout ce que l'on a fait depuis longtemps dans l'expressionnisme. Comme si Ania Carmel avait pris le parti de frapper d'abord un grand coup, pour marquer le départ, pour donner le ton, et que sa place dût être aussitôt reconnue, parce qu'à la fois singulière et imprenable...

... Un beau roman, décidément. La parabole moderne des injustices de Saturne. Et âpre sans aucune des complaisances de l'exaspération, parce qu'Ania Carmel sait doser, c'est si rare, le suspense du possible et l'intensité de la tragédie.

JACQUES CHESSEX Le Nouveau Quotidien

... L'incontestable pouvoir émotionnel de ce roman tient dans son équilibre, dans sa justesse de ton rarement prise en défaut, dans son économie de moyens. L'écriture, épurée, dit l'essentiel...

JACQUES ALLAMAN Radio Suisse Romande





  • Les premières lignes

NOUS SOMMES trois dans le salon.

Celui qui gesticule, qui crie et s'énerve : notre père, et nous ses pions.

Nous présenter n'a pas de sens. Ce que nous pensons, il s'en fiche, ce que nous devons faire, il le dicte :

Ton droit ! et ton jeu de jambes, nom de Dieu !

Nous détestons les mots grossiers, parce que lui les aime.

Mais défends-toi, tu ne vas pas te laisser battre par une fille.

Les pions ont un sexe. Masculin pour mon frère aîné et féminin pour moi.

Notre père est un cadeau que la Providence nous octroya par erreur. Nous, nous sommes le résultat d'une faute de calcul dans le cycle menstruel de notre mère.

Ton jeu de jambes, crétin !

Le salon est étroit. Les fauteuils, le divan ont été entassés dans un coin, les rideaux tirés, la lampe allumée, le ring est imaginairement délimité : deux mètres sur deux.

Nous nous donnons des coups de poing. Il crie :
Plus fort !

C'est un jeu, nous dit-il.

Nous cognons plus juste.

Il s'excite.

C'est ça, bravo, continuez.

Nous obéissons.

Encore plus fort. Allons, du nerf !

Il est assis et se soulève à chaque bon conseil qu'il nous prodigue.

Nous sommes debout, face à face, les yeux révulsés.

Nous arrêtons de nous battre.

Mais qu'est-ce qui vous prend ?

C'est fini.

Il n'a pas compris et croit que nous reprendrons le jeu après une brève pause. Il nous bichonne, un linge pour chaque athlète. Il veut nous masser les jambes, nous refusons.


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