Auteur : Asa Lanova
Date de saisie : 06/07/2006
Genre : Romans et nouvelles - français
Editeur : B. Campiche, Orbe, Suisse
Collection : Campoche, n° 15
Prix : 9.00 € / 59.04 F
ISBN : 978-2-88241-167-9
GENCOD : 9782882411679
L'itinéraire autobiographique d une adolescente puis d'une jeune femme traquée par l'angoisse et la dépression. Elle essaie d'en sortir par la danse. Les plus belles pages du livre sont celles sur les cours et les auditions, cet univers de la danse classique, univers clos, asphyxiant et fascinant. (...) Le travail à la barre, le «dédale aveuglant du miroir» sont admirablement évoqués. (...) Elle a finalement abandonné la danse pour se consacrer à l'écriture et au tissage. Désir d'échapper à cette emprise, de se définir et de se «soigner» autrement ? En tout cas, un itinéraire et un texte attachants.
Claude Pujade-Renaud Heures claires.
Il est certains livres qu'on sent portés par une telle furia qu'ils nous persuadent aussitôt de leur nécessité profonde; et c'est très précisément ce qui se passe avec Crève-l'Amour d'Asa Lanova, roman-confession d'une vibrante authenticité et d'une très remarquable tenue littéraire, où l'on voit une femme interroger son enfance, ses grandes espérances de jeune artiste promise à mille merveilles, et ses désarrois successifs pour tenter de s'y retrouver, étant parvenue aux confins du désespoir.
Jean-Louis Kuffer Le Matin.
L'orage de cette journée de mars présageait une existence houleuse. Dès l'aube, une pluie d'abat ravinait les vignobles en pente, et le lac, orgueil de la petite ville, grossissait de manière inquiétante, submergeant le débarcadère, chassant les cygnes de leurs nids. Prisonnières criardes du foehn, les mouettes survolaient lourdement les magnolias en bourgeons du rivage. L'après-midi, la grêle s'en mêla, tandis que deux créatures impétueuses et portant haut la quarantaine s'élançaient sur un boulevard désert ; emmitouflées dans leurs renards, indifférentes aux flaques qui souillaient des bas de soie fumée, elles se hâtaient en direction d'une clinique. Avec quel panache ne durent-elles pas affronter la tourmente, mes sorcières ! Parfaitement à l'aise dans cet horizon de soufre, elles passèrent peut-être tout bonnement entre les gouttes. Léone, la mine agressive sous le feutre olive, la voilette à pois des grandes occasions, des fanfreluches soulignant un cou ferme; Emilia, plus sobre avec son turban de jersey, son chemisier cravaté, pleine d'une réserve que démentaient des pommettes rosies par l'énervement. Devant la porte à tambour, l'une d'elles s'effaça.
- Après vous, ma chère, vous êtes l'aînée !
La perfidie porta. Le sourcil menaçant derrière le réseau de tulle, Léone précéda sa cadette de quatre ans dans la salle d'attente. Un silence de banquise s'installa avec elles parmi les murs blancs, s'y prolongea, jusqu'à l'irruption d'un grand garçon qui tortillait gauchement ses gants beurre frais.
- Rien de nouveau ?
Incapables de maîtriser plus longtemps leur émotion, les sorcières s'étaient levées d'un même élan.
- Ça se présente mal !
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