Passion du livre - tout sur le livre : Nouilles chinoises

. Nouilles chinoises

Couverture du livre Nouilles chinoises

Auteur : Ma Jian

Traducteur : Constance de Saint-Mont

Date de saisie : 28/08/2006

Genre : Romans et nouvelles - étranger

Editeur : Flammarion, Paris, France

Prix : 19.00 € / 124.63 F

ISBN : 978-2-08-068990-0

GENCOD : 9782080689900

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  • La présentation de l'éditeur

Beijing, 1990. Chaque semaine, un écrivain à la solde du Parti et un donneur de sang professionnel dînent ensemble. Leur amitié est pourtant des plus improbables : le premier n'a qu'un rêve, entrer dans le Grand Dictionnaire des Auteurs Chinois, tandis que l'autre engraisse et s'enrichit grâce à son travail, qui consiste à aider les entreprises chinoises à fournir leurs quotas de sang. Au cours de l'un de leurs dîners, l'écrivain se plaint de la dernière commande du Parti : raconter l'histoire d'un soldat ordinaire sacrifiant sa vie à la cause révolutionnaire. Car dans sa tête vit un tout autre livre, qui parlerait des gens qu'il croise tous les jours, et dont la vie lui semble bien plus représentative de la Chine qu'il connaît.

Écrit dans une langue jubilatoire, Nouilles chinoises est une parabole subversive sur la société chinoise contemporaine, aux frontières de l'absurde, à cheval entre le communisme le plus aride et le capitalisme le plus débridé.

Ancien journaliste des syndicats chinois, Ma Jian a quitté Beijing pour Hong Kong en 1987, peu avant que ses livres soient interdits en Chine. Peintre, photographe et écrivain il vit aujourd'hui à Londres. Il est l'auteur de plusieurs ouvrages remarqués tels que Chienne de vie (1993), La Mendiante de Shigatze (2001), publiés chez Actes Sud, et Chemins de poussière rouge (Éditions de l'aube, 2005).

«Ma Jian est l'une des voix les plus importantes et les plus courageuses de la littérature chinoise contemporaine.»





  • Les premières lignes

L'ÉCRIVAIN PROFESSIONNEL.

Le bureau donne sur la fenêtre d'une cuisine de l'immeuble d'en face. À midi ou au crépuscule, «des vagues de délicieuses odeurs de friture caressent mon nez et mon estomac ou parfois s'y forcent un chemin». L'écrivain professionnel parle toujours avec cette précision au cours de ses conversations avec le donneur de sang professionnel.

L'écrivain distingue maintenant des odeurs provenant d'au moins trois des cuisines qui se trouvent en dessous. Habitant au sommet d'un immeuble de huit étages, il n'a d'autre choix que de s'y habituer. Tant que le couple de Hubei (il est convaincu que ce sont eux les fautifs) n'empeste pas l'air avec ses chilis frits, il peut jouir tranquillement des effluves qui montent de plusieurs étages inférieurs. Chaque fois qu'il ouvre sa fenêtre pour laisser entrer les odeurs, ses yeux quittent la page blanche posée sur son bureau et il se laisse aller à la rêverie.

La cuisine qui est juste en face est tout à fait à son goût, et s'il n'est pas d'humeur trop délicate, il peut passer un après-midi entier à se vautrer avec délices dans l'odeur de leur soupe de tête de poisson. Il a vu de grosses têtes de poissons au marché ; il suffit d'acheter une demi-tête pour faire une soupe. Tandis que la femme entre deux âges jette les Champignons Secs Supérieurs, tout juste rapportés du supermarché local, dans le wok, l'écrivain professionnel (la quarantaine, légèrement trop gros, célibataire) est transporté une fois de plus par les doux arômes. De temps à autre, dans la faible lumière, il aperçoit un petit homme menu qui apparaît et disparaît entre les ustensiles de cuisine et le linge, les saucisses et les jambons pendus au plafond. Si leur hotte ne faisait pas un tel raffut, il pourrait les entendre parler, et alors il saurait enfin si le petit homme menu est le mari, le fils, ou un commerçant juif de Chaozhou. Cette question lui traverse souvent l'esprit quand il regarde la page blanche sur son bureau. Avant que son bon ami le donneur de sang professionnel n'arrive, il éructe avec furie des insultes en direction de la cuisine. «Du gingembre ! marmonne-t-il d'un ton impatient. Foutus imbéciles. Vous ne savez pas qu'il faut mettre du gingembre dans la soupe de tête de poisson ?»


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