Auteur : Rainer Maria Rilke
Préface : Pierre Béhar
Traducteur : Pierre Béhar
Date de saisie : 02/11/2006
Genre : Romans et nouvelles - étranger
Editeur : Desjonquères, Paris, France
Collection : Littérature allemande
Prix : 11.50 € / 75.44 F
ISBN : 978-2-84321-084-6
GENCOD : 9782843210846
Les premiers récits de Rilke - enfin sortis de leur sommeil séculaire - révèlent la permanence de la quête du poète : celle d'un Absolu, de cet Ineffable dont il confiera plus tard à Stefan Zweig que son expression fut toujours la seule fin de son art. Tourmenté par une exigence d'absolu, l'homme est condamné à ne pouvoir l'atteindre dans un monde prosaïque et hostile.
Autre révélation de ces premiers textes en prose : dès l'origine, Rilke explora tout à la fois les voies du réalisme expressionniste le plus dur et celles de la prose poétique la plus éthérée, s'affirmant déjà comme le poète à double face de la modernité.
Rainer Maria RILKE (Prague 1875 - Montreux 1926), écrivain autrichien célèbre pour ses poèmes, tels Le Livre d'heures, les Élégies de Duino ou les Sonnets à Orphée, ainsi que pour ses oeuvres en prose, comme les Cahiers de Malte Laurids Brigge. Ces récits de jeunesse, exhumés du Fonds Rilke, sont ici traduits pour la première fois.
Extrait de la préface de Pierre Béhar :
RÉVÉLATION D'UN POÈTE.
Sur Rilke, tout a été dit. Les désaffections d'une mère tyrannique qui, parce qu'elle avait souhaité une fille, l'obligea des années à vêtir des atours féminins, l'éloignement d'un père étranger au foyer, Prague la sinistre, qui ne fut jamais, comme pour Urzidil ou Kisch, la bien-aimée perdue, mais, comme pour Kafka, la marâtre, et même la marâtre fuie, la dureté des institutions militaires, la médiocrité de l'école de commerce, l'évasion vers Munich, puis vers Berlin, puis vers Paris enfin. Mais combien de vies ont été brisées dans les mêmes lieux et dans les mêmes circonstances, combien de solitudes, de déceptions, de détresses ont été endurées sans que jamais en naquît un génie ? Les biographies ne sont le plus souvent que le récit des vicissitudes en dépit desquelles, voire contre lesquelles les êtres se sont construits : quand on a tout dit sur Rilke, on n'a encore rien dit de Rilke.
Rilke est d'abord une conviction : celle d'être destiné à devenir poète. Conviction d'une vocation, elle implique un sacerdoce. Et nous voici d'emblée dans le vocabulaire sacré. Poète : non simple créateur éprouvant l'impérieux besoin de dire, mais, au sens fort, mage initié aux arcanes du monde et du coeur, de surcroît maître des mots pour les évoquer ou les exorciser. Mais le temps des druides est révolu ; les formules secrètes ne se transmettent plus, immuables, de génération en génération d'initiés. Si la vocation est certaine, les voies qui y mènent sont douteuses.
Dès l'origine, les premières nouvelles de Rilke - enfin réveillées de leur sommeil séculaire - révèlent à la fois la permanence d'une quête et les hésitations sur les moyens de la mener. La quête, c'est évidemment celle de l'Absolu, de cet Objet unique, «das Eine», cet Ineffable dont Rilke écrira à Stefan Zweig, le 14 février 1907, que son expression a toujours été la seule fin de son art. De ces premiers récits, les sujets ne laissent pas de tourner autour d'une obsession fondamentale : dépeindre l'homme comme un être enfermé dans un paradoxe atroce. (...)
Tout Rilke est déjà là, à la fois le délicat néo-romantique du Livre des Images et l'évocateur des brutales horreurs qui hantent la grande ville dans les Cahiers de Malte Laurids Brigge : double aspect d'un artiste-Janus, qui fait précisément son caractère unique.
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