Passion du livre - tout sur le livre : La mer de la tranquillité

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La mer de la tranquillité

Couverture du livre La mer de la tranquillité

Auteur : Sylvain Trudel

Date de saisie : 26/01/2007

Genre : Romans et nouvelles - français

Editeur : ALLUSIFS, Montréal, Canada

Prix : 15.00 € / 98.39 F

ISBN : 978-2-922868-46-3

GENCOD : 9782922868463


  • La présentation de l'éditeur

Voici neuf histoires inquiétantes et profondes comme l'eau des puits, où se mêlent la loufoquerie et le tragique, la chimère et le désastre, le souvenir et l'angoisse. Neuf histoires contrastées dans lesquelles, touchés par la race ou anéantis par la violence de la fatalité, les êtres pourchassent la vie heureuse et espèrent la mort paisible. Après son roman si bouleversant Du mercure sous la langue, Sylvain Trudel propose des nouvelles à l'écriture tout aussi éblouissante, où l'imagination, l'érudition et l'émotion composent un troublant bouquet.





  • La revue de presse Valérie Marin La Meslée - Le Monde du 10 novembre 2006

Avec une prédilection pour les personnages qui y font leurs armes et ceux qui les déposent. Trudel se promène entre les générations et les milieux sociaux aussi aisément que dans les paysages : la nature prend les couleurs de son érudition sensuelle, la ville labyrinthe devient inquiétante, au milieu de laquelle le parc est un havre. Ses jeunes héros sont en quête d'absolu, englués de bondieuserie, coupables d'être heureux, souffrant d'empathie chronique et cherchant à faire le bien dans un monde où tout fait mal...
Peu de livres aujourd'hui obligent à ces arrêts sur page, respirations nécessaires après l'émerveillement du langage. C'est cela qu'offre Trudel, dont l'écriture, d'une grande lucidité poétique, le place dans la lignée des enchanteurs...


  • La revue de presse Martine Laval - Martine Laval

Ne pas se fier au titre. Ne pas imaginer découvrir ici la sérénité, lire une quelconque raison d'approuver ce meilleur des mondes, le nôtre, celui où nos pas se perdent. Mais s'abandonner aux mots, aux histoires, qui sont claques en pleine figure, bourrasques en plein coeur. Sylvain Trudel ne raconte pas de calembredaines. Il ne le peut pas. Il n'écrit pas pour passer le temps. Il l'empoigne, lie le passé au présent, lui fait cracher ses morsures à coups d'images absolues, bourrées de mots torturés, triturés... Après un trop long silence, qui a suivi Du mercure sous la langue, roman qui nous avait laissés sur le flanc et nous hante encore, Sylvain Trudel revient avec un recueil de nouvelles, des bouts de vies, des diamants noirs, miroirs de sa fureur, de sa rage, peut-être bien de sa haine. D'une lucidité effrayante, l'écrivain, autodidacte érudit, maudit l'ignorance et la bêtise, l'oubli et la cupidité, notre humanité qui s'empêtre dans son autisme, et, cerise sur le gâteau, vomit ce Dieu qui voudrait encore la ramener ! Mine de rien, par-ci, par-là, en plein tumulte narratif, il cherche une lumière, donne à ses personnages une raison d'aimer des livres - ceux qui ne «parlent pas» mais «pensent» -, d'aimer des innocences sans âge, sans amertume.



  • Les premières lignes

Épiphanies.

Né en catastrophe une nuit d'Épiphanie, entre les Rois mages et Sa Majesté Carnaval, dans une maison de bois de Pointe-Gatineau, vieux quartier endormi sous la neige et les rafales au confluent des rivières Gatineau et des Outaouais, puis nourri au biberon de cellophane et de soupe mêlée de silence, j'en garderais à jamais la hantise du vide, de la froideur et du délaissement.

«Des journaux, vite ! Il s'en vient !»

Dans l'attente des secours, ma mère s'angoissait à l'idée de souiller le lit conjugal, aussi mon père déploya-t-il sur les draps des feuillets de journal dans lesquels ma mère enveloppait les vidures des volailles, les arêtes de poisson et les épluchures de légumes. Puis, au moment où les ambulanciers déboulèrent dans la maison, ma mère tourna de l'oeil - et les deux hommes surgirent dans la chambre dans un souffle d'air froid, des flocons plein les moustaches. Jugeant en hâte des choses, ils installèrent la parturiente sur le flanc gauche pour libérer la veine cave, ensuite ils enfilèrent leur surblouse et l'un d'eux déballa son matériel - compresses, aspirateur de mucosités, clamps -, enfila des gants stériles, aspergea le périnée d'antiseptique et l'ébarba au ciseau ; pendant que l'autre s'occupait de la jeune femme qui reprenait conscience : «De quelle couleur étaient les eaux ? demanda-t-il au père tétanisé. Claires ? Brunâtres ? Rosées ?

- Claires», intervint le premier en examinant la scène.

Peu de temps après, l'enfant parut, la face contre terre et le dos au ciel.


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