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Les quinze mille pas : un compte-rendu

Couverture du livre Les quinze mille pas : un compte-rendu

Auteur : Vitiliano Trevisan

Traducteur : Jean-Luc Defromont

Date de saisie : 14/12/2006

Genre : Romans et nouvelles - étranger

Editeur : Verdier, Lagrasse, France

Collection : Terra d'altri

Prix : 15.00 € / 98.39 F

ISBN : 978-2-86432-478-2

GENCOD : 9782864324782


  • La présentation de l'éditeur

Compter, rendre des comptes, rendre compte - le compte rendu n'est pas le bon. Dans une ville du nord de l'Italie, un narrateur essaie, sans l'aide de l'instrument précieux que serait un compte-pas, de s'orienter dans la pensée, dans la vie, dans sa tête. C'est sa condition pour ne pas mourir. Que sont ses parents devenus ? Et sa soeur, disparue d'abord, déclarée officiellement morte ensuite ? Et son frère dont il classe les livres et les dossiers épars ? Et comment faire sa valise ? Comment achever un traité conséquent sur le suicide ? Que faire d'un blouson hongrois quand on le sait retiré à un mort ? Enfin, et surtout, comment désormais classer nos papiers ?

Le narrateur ajoute de la rigueur à son cas lorsqu'il tente de formuler un diagnostic de l'humain, et qu'il nourrit d'imaginaire sa façon de s'orienter avec justice dans le labyrinthe de l'économique et du social.

Il ne craint pas que sa lucidité passe pour de la folie.

Né en 1960 dans un village de Vénétie, Vitaliano Trevisan vit à Vicence. Il a exercé une quarantaine de professions fort diverses avant de se révéler au public comme romancier et dramaturge. Les Quinze mille pas (paru en Zooa) fut salué par la critique et reconnu par le Prix de la revue Lo Straniero. «Terra d'altri» publiera prochainement son recueil de nouvelles, Shorts.





  • La revue de presse Raphaëlle Rérolle - Le Monde du 15 décembre 2006

S'il faut une bonne raison de lire des romans (en dehors du pur plaisir, cela va de soi, et peut-être aussi du désir coupable de s'insinuer dans la vie des autres), alors en voilà une : la possibilité de découvrir - fortuitement, presque toujours - quelque chose de surprenant sur la nature humaine. Sur soi-même. Chance assez rare, il est vrai, mais pas tout à fait inexistante, comme le montre le roman de Vitaliano Trevisan...
Car son singulier petit livre, tout empreint d'humour noir, fait partie de ces quelques ouvrages qui poussent à voir le monde autrement...
Par un jeu entre ce que voit son personnage et ce qu'il refuse de regarder, entre son intérieur et cet extérieur qu'il déteste, Trevisan fait apparaître des contours nouveaux, des questions inhabituelles. Pourquoi les humains parviennent-ils à s'adapter à toutes les situations ? Et si toutes les routes du monde n'en formaient qu'une seule ? Et si les secrets de famille, à commencer par ceux du narrateur, n'étaient pas exactement situés là où on pourrait le croire ? Dans les lithographies de Francis Bacon aperçues par le frère du narrateur, ce sont les déformations du visage qui font apparaître sa vérité. De même, il arrive, de temps en temps, qu'un roman très noir jette une lumière inattendue et finalement pas si désespérée sur un coin d'humanité.


  • La revue de presse Jean-Baptiste Harang - Libération du 14 décembre 2006

De sa maison de la via Dante, à Vicence, jusqu'à l'étude notariale de maître Strazzabosco, il y a quinze mille pas, Thomas Boschiero, le narrateur, les a comptés, un par un, à l'aller comme au retour, c'est très rare de trouver le même compte et si rond à l'aller et au retour, le narrateur est un compteur de pas, ce n'est pas un métier mais une activité qui s'exerce sérieusement...
Pour ressasser, pour rendre compte de son ressassement, le livre n'est ni roman ni récit, il porte en sous-titre les mots «Un compte rendu». Il faut rendre compte, surtout si on ne se rend pas compte de tout. Et faire un pas de plus pour ne pas mourir, repousser sa mort d'un pas, c'est le dernier pas qui compte, le dernier que l'on compte, écrire un traité sur le suicide pour ne pas se suicider...
Le compte rendu, tout comme il avait commencé par une préface, se termine par un épilogue qui n'a même pas le dernier mot puisqu'une bibliographie lui succède, ou plutôt une liste des livres qu'on pourrait emporter dans une valise si l'on avait l'intention d'écrire ces mille et un pas.



  • Les premières lignes

Si prenant que fût le travail d'examen et de classement des oeuvres complètes de mon frère, constituées de milliers de feuilles éparses, d'une dizaine de carnets, ainsi que de deux volumineux manuscrits intitulés : Sur Francis Bacon, pour le premier, et La Maison dans le parc dans la maison, pour le second, travail indispensable à la réalisation des objectifs que je me suis fixés, qui m'occupe nuit et jour, me laissant à peine le temps de dormir, et auquel je consacre toutes mes journées sans exception, j'étais cependant sorti de bon matin, vers neuf heures, pour me rendre sans délai à l'étude du notaire Strazzabosco, sur la piazza Castello à Vicence. Une obligation à laquelle je ne pouvais me soustraire, pensais-je en me levant ce matin-là à huit heures. Avec en tête cette idée fixe: obligation à laquelle je ne peux me soustraire, j'étais sorti de mon lit et après m'être lavé la figure et les dents - toujours la figure d'abord, puis, alors seulement, les dents - j'étais allé dans la cuisine pour me préparer mon café au lait. Votre présence est absolument nécessaire, avait dit le notaire Strazzabosco au téléphone, pas plus tard que la veille. Vous devez comprendre monsieur Boschiero, avait-il encore dit, que sans votre signature il m'est impossible de rien faire ; maintenant que votre soeur est officiellement morte, vous devenez de fait l'unique propriétaire, mais il y a tous les transferts à effectuer, les déclarations à joindre à l'acte de succession et cetera. Je comprends, avait dit Strazzabosco, que toute cette paperasserie puisse sembler bien ennuyeuse à un homme tel que vous, une pure corvée bureaucratique, mais il ne s'agit au fond que de quelques signatures ; quoi qu'il en soit, avait ajouté le notaire Strazzabosco, une obligation à laquelle vous ne pouvez vous soustraire. Du reste, pensais-je tout en préparant le café pour le café au lait, nous nous sommes soustraits au monde autant que possible, nous avons soustrait notre personne au monde pour ainsi dire, mais malheureusement il y a toujours en embuscade quelque obligation à laquelle on ne peut se soustraire. Indépendamment de notre volonté, pensais-je, il existe des cas où notre volonté, que nous croyons indépendante, est transcendée par une obligation, un devoir, qui assujettit cette même volonté et en définitive notre propre personne.


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