Auteur : Françoise Henry
Date de saisie : 07/11/2006
Genre : Romans et nouvelles - français
Editeur : Grasset, Paris, France
Prix : 14.90 € / 97.74 F
ISBN : 978-2-246-71011-0
GENCOD : 9782246710110
L'histoire de ce livre est la parole post mortem d'une mère à son fils, Martin qui, au tout début du livre, a 77 ans et va bientôt mourir dans sa chambre de la maison de retraite, tout seul et surtout, sans avoir jamais compris pourquoi il a été rejeté par ses parents. C'étaient des agriculteurs. À l'âge de 12 ans, il a été placé dans une autre famille d'agriculteurs chez lesquels il a mené une vie d'esclave en tant que valet de ferme, où il a été méprisé, battu. Il va mourir en pensant qu'il n'a jamais été aimé, puisque ses parents ne sont jamais intervenus, et que sa mère n'est même jamais venue le voir. Le rêve ultime de Martin, dans ce passage entre vie et mort, moment où généralement les souvenirs reviennent, aigus, plus violents, est d'entendre sa mère lui raconter enfin ce qui s'est passé, lui dire pourquoi. C'est ne pas mourir sans comprendre. Il s'agit juste de compréhension, c'est-à-dire qu'il n'y a pas de jugement moral ; il n'y a ni excuses ni pardon, qui seraient tous les deux impossibles. Elle va juste lui raconter ce qui s'est passé, pourquoi elle a finalement accompli ce qu'une mère peut accomplir de pire, c'est-à-dire laisser tomber son enfant. Je suis partie du début de l'histoire, si on peut dire, de la fin de Martin, c'est-à-dire de ce sentiment d'injustice qu'on peut éprouver, lorsqu'on meurt tout seul sans avoir compris ce qui a pu briser sa vie. Finalement, je me suis dit qu'effectivement, on pourrait dire que les morts ne parlent pas. Mais je pense que le besoin de consolation, le besoin de compréhension est tellement fort qu'il va entendre la voix de sa mère lui raconter ce qui s'est passé. Toute cette histoire qui se passe entre une mère morte et son fils mourant pourrait ne pas exister. C'est finalement un peu comme un défi. Je l'ai écrit comme cela. Il ne fallait pas qu'il meure dans le silence. Il faut que la mère parle. C'est un peu comme un défi au temps et à la mort, un défi au silence. Beaucoup de personnes existent, qui vont mourir et n'auront pas compris pourquoi elles n'ont pas été aimées dans leur vie. C'est là que je voulais intervenir. Je me souviens que le l'ai écrit avec une sorte de colère et de rage. Je n'avais jamais écrit un livre comme cela. Il y avait un sentiment d'urgence. Puisque je saisissais le moment ultime où, avant la mort, avant les ténèbres, il pouvait y avoir encore une chance, un rattrapage possible, de comprendre pourquoi on a été si malheureux, de comprendre car, comme je l'ai dit, il n'y a pas de pardon, il n'y a pas d'excuses. Le pire est de ne pas savoir. Martin va donc entendre la confession de sa mère. Je pense que tout cela existe, c'est-à-dire un enfant qu'on rejette parce qu'on a fait une faute et qu'on la lui fait payer. Mais cet ultime rattrapage d'avoir la chance de pouvoir comprendre peut exister aussi. C'est une tentative de consolation. C'était un titre auquel j'avais pensé d'ailleurs, c'est-à-dire pouvoir quand même avoir un accès à quelque chose qui, durant toute votre vie, vous a été refusé, un accès à cette compréhension du poids des secrets de famille, cette compréhension de choses qu'on vous a cachées toute votre vie. Je suis vraiment partie de là. C'était un défi parce que tout ce qui est dans le livre, toute la voix de la mère, tout ce qu'elle raconte - il n'y a que la voix de la mère dans ce livre -, on pourrait dire que cela n'existe pas : les morts parlent-ils ? L'écriture, justement, permet cela. Je me suis dit : allons-y justement ! S'il y a une chance, allons-y ! Cela valait le coup de vivre pour cela. L'écriture permet ce défi de ne pas mourir dans le silence. Ne pas mourir dans le silence, c'est vraiment de cela que je suis partie. C'est une rencontre avec Martin. Je pense qu'on a dû en croiser, dans notre vie, de ces gens qui ont une vie un peu «gâchée», misérable. Ce sont des gens qui ne parlent pas beaucoup, et ces gens-là m'ont toujours intéressée. C'est vers eux que je vais, et c'est vers eux que je voudrais vous mener aussi, ces gens sur lesquels a très souvent pesé un secret qui n'a pas pu être révélé du temps de leur vivant. Je voudrais porter la parole de cette mère pour dire que, même quand on croit qu'on reste dans le brouillard et dans le silence, des mots peuvent quand même peut-être être là, qui peuvent nous atteindre, nous consoler. C'est ce que j'allais dire, en fait. C'est une consolation ; peut-être impossible, alors c'est une tentative de consolation : c'est toujours mieux que rien. Je vous souhaite bonne lecture et d'espérer avec Martin.
(Propos recueillis par téléphone)
" Il m'a caressé la joue comme jamais personne ne me l'avait caressée. J'ai fondu, J'ai tout oublié. J'ai tout donné. Je me suis laissée glisser à terre avec lui. Le crépuscule nous protégeait. La terre était mouillée, l'herbe giflait doucement nos bras nus, je me suis salie, j'ai ri, j'ai eu du plaisir. Tu n'étais pas encore là, Martin, tu venais de commencer le chemin qui te mènerait au jour. " Martin n'a jamais compris pourquoi il a, un jour, été rejeté par ses parents. Il va enfin découvrir sur quel secret reposait sa vie brisée.
Comédienne et auteur pièces radiophoniques Françoise Henry est née 1959. Elle a publié Éclatements (poésies), Journée anniversaire (Calmann-Lévy, 1988), Le Postier (Calmann-Lévy, 1999), Un jour malheureux (Pau-vert 2000), Mémoires d'un oiseau (Pauvert, 2002), La Lampe (Gallimard, 2003).
Commander ce livre sur Fnac.com
«Le Rêve de Martin», ou plutôt le cauchemar de Martin, c'est du Mauriac sans rédemption, du Bazin sans cynisme, du Colette sans joie. Mais le talent de Françoise Henry est si fort, son roman si cruel, qu'on se prend à espérer, est-on candide, que Martin aura entendu, avant de s'éteindre, la confession murmurée de cette mère qui n'a rien oublié et qui demande pardon. Comme je vous demande de lire ce roman qui sort vraiment de l'ordinaire. Peut-être, cet été, dans les champs moissonnés, quand la poussière de blé colle à la sueur des hommes, croiserez-vous des Martin aux mains calleuses et au coeur serré. C'est quoi, un Martin ? «Un homme sans âge, jamais devenu mari, ni père, privé de ce qui vous fait naître mais aussi grandir, de ce qui vous jette dans le monde mais aussi vous en donne la force : l'amour d'une mère.»
Une mère écrit à son fils, c'est une lettre posthume, mais doublement. Elle est morte, il va mourir. Les choses, entre eux, vont s'apaiser...
Comédienne, auteur de théâtre, romancière («Un amour malheureux», «Mémoires d'un oiseau», «La lampe»), Françoise Henry se met, sobrement, finement, dans la peau de cette femme qui explique sa vie en lambeaux, et puis l'enfance gâchée de Martin, son adolescence écourtée, ses amours brisées par un «père» qui ne lui pardonne pas sa faute originelle. Un lyrisme à mi-voix gagne très vite le lecteur,...
J'ai décidé de t'écrire cette lettre, Martin. Je sais que tu en entendras les mots un jour ou l'autre. Peut-être nous rencontrerons-nous enfin quand tu mourras, puisque cette lettre est posthume, puisque je suis morte. Tu es mon fils, Martin.
Je pourrais écrire à tes frères et soeurs, mais il me semble que je leur ai dit tout ce que j'ai pu de mon vivant. Ils étaient là, près de moi, et quand ils ont grandi, ils étaient encore près de moi. Mais toi, tu étais loin. Par ma volonté. Par ma faute.
Je t'écris, je te parle. J'ai enfin le temps. Je n'aurais pas eu les mots, sur terre, pour te parler ainsi. Je n'ai jamais été instruite, je n'ai jamais su écrire correctement. Mais, miracle sans doute, la mort délie les langues brutes, et frustes. Elle donne un langage à ceux qui n'en avaient pas. Elle permet de dire, avec de vraies phrases, et des mots clairs, ce qu'on n'a jamais pu exprimer ici-bas. Un peu comme dans ces rêves où, tout à coup, on quitte ses lourds sabots pour s'envoler pieds nus...
Je te vois, Martin.
Quand j'étais sur terre je t'imaginais mais je ne te voyais pas. Je devais tout reconstruire dans ma pensée, et ma pensée de toi était intense, toujours brûlante, mais à chaque fois insuffisante. D'être morte m'a beaucoup soulagée. J'ai enfin pu te voir, d'en haut, comme d'un nuage. Ta modeste silhouette noire sur le bord de la route, coiffée du béret, le même depuis des années, planté sur ta tête et sans doute collé par la crasse. On peut tout se dire, n'est-ce pas ?
Copyright : Studio 108 2004-2008 - Informations légales - Vous êtes éditeur ?
Programmation : Olf Software - Infographie, XHTML/CSS : Gravelet Multimédia - Graphisme : Richard Paoli