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Le roman de Ferrare

Couverture du livre Le roman de Ferrare

Auteur : Giorgio Bassani

Préface : Pier Paolo Pasolini

Traducteur : Michel Arnaud | Muriel Gallot | Gérard Genot | Vincent Raynaud

Date de saisie : 04/07/2006

Genre : Romans et nouvelles - étranger

Editeur : Gallimard, Paris, France

Collection : Quarto

Prix : 25.00 € / 163.99 F

ISBN : 978-2-07-077298-8

GENCOD : 9782070772988


  • La revue de presse Clémence Boulouque - Le Figaro du 29 juin 2006

Certes, le reproche fait par Calvino d'une «préciosité crépusculaire», qui pourrait rappeler celle de Stefan Zweig, n'est pas dénué de fondement. Toutefois, d'autres pans de l'oeuvre du romancier sont, eux, visionnaires : ainsi en est-il du Héron, en 1968. Son dernier roman et le premier situé hors de Ferrare, dans la plaine du Pô, doit se lire à la lumière des préoccupations écologiques de Bassani, rares à l'époque, et dont les écrits militants sont aujourd'hui redécouverts en Italie. Un tempérament plus complexe que ne le laisse paraître son style lisse, donc. Quelques-uns des plus grands de son temps ont su déchiffrer chez le romancier le feu grondant sous une désuétude apparente, fustigée par l'avant-garde de son époque. Cette ambivalence est ainsi captée par Italo Calvino, qui voit dans la description de la petite-bourgeoise provinciale de Bassani : «D'un côté un amour nostalgique pour le temps où il s'y sentait intégré, de l'autre une haine mortelle pour l'outrage subi.» «Ce qui prédomine, c'est au fond le regret du petit-bourgeois juif de n'être pas un petit-bourgeois quelconque et ses efforts pour sembler tel. En réalité, toute la poésie de Bassani trouve sa source dans ce regret», écrit pour sa part, dans sa préface au Roman de Ferrare, Pier Paolo Pasolini. «Une humanité qui oublierait Buchenwald, Auschwitz, Mauthausen, je ne peux l'accepter. J'écris pour qu'on se souvienne», résumait lui-même le romancier. Les regrets, le crépuscule... comme si Giorgio Bassani était, lui aussi, un scribe du monde d'hier.


  • La revue de presse Michèle Gazier - Télérama du 1er juillet 2006

Dans un avant-propos en date du 8 février 1974, Pier Paolo Pasolini se livre à une analyse de l'oeuvre de son ami Bassani et note que dans les écrits réalistes du Ferrarais prédomine le sentiment du regret, celui «du petit-bourgeois juif de ne pas être un petit-bourgeois ordinaire». D'où le désir d'adaptation et d'intégration de tous ses personnages, depuis l'évanescente Lida Mantovani, héroïne de son premier récit éponyme de Dans les murs, jusqu'au mystérieux et marginal docteur Fadigati des Lunettes d'or en passant par Micol du Jardin des Finzi-Contini. Dans En réponse VII, Bassani écrit : «Micol veut juste être différente, elle veut vivre. [...] Micol est comme moi.»


  • La revue de presse Alexandre Fillon - Lire, juin 2006

Comment partir pour Ferrare sans glisser dans ses bagages les oeuvres de Giorgio Bassani (1916-2000), dont Vittorio De Sica adapta merveilleusement Le jardin des Finzi-Contini avec une Dominique Sanda stellaire dans le rôle de Micol ? L'édition française en Quarto de son Roman de Ferrare comprend les six livres qui le composent ainsi, notamment, qu'un plan de la ville si souvent citée dans les pages de «ce curieux écrivain réaliste», pour reprendre les mots de Pasolini... On ne sortira pas indemne d'une rencontre avec cette étrange famille locale, les Finzi-Contini...


  • La revue de presse Dominique Fernandez - Le Nouvel Observateur du 15 juin 2006

Il n'y a pas si longtemps, les écrivains italiens étaient fiers de leurs origines provinciales ; plus le territoire qu'ils exploraient était exigu, plus universel était le retentissement de leur oeuvre ; et on voit aujourd'hui ce que la littérature italienne a perdu, en renonçant à ses particularismes, en se globalisant dans le fade et l'insipide. Leonardo Sciascia, en Sicile, et Giorgio Bassani, à Ferrare, ont été les derniers romanciers à faire de leur minuscule microcosme un poste idéal d'observation de la nature humaine.
Ferrare ? Une ville sublime, à l'écart des circuits touristiques, la capitale des ducs d'Este, dont le château de brique rouge, carré, austère, métaphysique, a été immortalisé par De Chirico. Tous les récits de Bassani se déroulent à Ferrare, à l'intérieur des remparts ; et plus particulièrement dans la communauté juive de Ferrare. Lui-même a été enterré, en 2000, dans le cimetière juif de sa ville natale, au pied du rempart.
Pas de topographie plus limitée que ce quadrillage de rues auxquelles le romancier a laissé leur vrai nom ; pas de milieu plus restreint que cette société où tout le monde s'épie et médit de ses voisins. En temps normal, on étouffe sous les commérages ; en temps de dictature fasciste et de persécution raciale, les passions se déchaînent. Oh ! des passions bien laides, au premier rang desquelles Bassani met la lâcheté. Par exemple, «Une nuit de 43» (commencez par cette nouvelle, la plus belle) raconte, avec un luxe d'ambages et d'ambiguïtés typiques de la phrase bassanienne qui reproduit dans ses moindres méandres cette logorrhée cancanière, le massacre de onze citoyens fusillés en représailles, une nuit de décembre 1943, devant le fossé qui entoure le château. La vraie cause de ce drame ? La couardise de la population... Intégrer le drame privé des existences, l'échec individuel de l'amour, dans une tragédie collective, c'est une des réussites de ce grand livre, d'une tristesse et d'un pessimisme absolus.


  • La revue de presse Fabio Gambaro - Le Monde du 16 juin 2006

Pendant toute sa vie, Giorgio Bassani est resté étroitement lié à la mémoire de Ferrare, la ville de son enfance et de sa jeunesse. Bien que l'ayant quittée en 1944, à l'âge de 28 ans, pour vivre à Rome, l'écrivain - né en 1916 et disparu en 1998 -, y reviendra sans cesse dans tous ses romans et récits, de manière presque obsessionnelle. Comme s'il ne pouvait concevoir la création littéraire qu'à l'intérieur du décor géographique, sentimental et existentiel de cette très belle ville de la plaine padane, à quelques kilomètres seulement de l'embouchure du Pô. Ce décor avait été celui de son apprentissage insouciant de la vie, mais également celui de la tragédie, lorsqu'en 1938 les lois raciales de Mussolini firent basculer l'Italie dans l'horreur de l'antisémitisme, obligeant la famille Bassani - qui appartenait à la riche bourgeoisie juive de la ville - à se cacher et à fuir. Ferrare, qui fut le théâtre de cette découverte du mal, restera à jamais pour l'écrivain l'espace de l'innocence perdue, mais aussi le cadre de son engagement antifasciste. Espace mental plus encore que géographique, lieu à la fois concret et poétique, la ville hantera pour toujours l'écrivain, qui multipliera les descriptions minutieuses de rues, places et jardins, repères d'une topographie personnelle chargée de résonances intimes, comme si la réalité évoquée ne pouvait que se présenter à travers la charge émotionnelle liée à l'expérience de l'auteur.

Ce n'est donc pas un hasard si, vers la fin de sa vie, Bassani décida de réorganiser et de réécrire en partie l'essentiel de sa production narrative, en la réunissant en un seul volume intitulé Le Roman de Ferrare, enfin disponible aujourd'hui en traduction française...

Dans ces pages à la prose ample et élégante, dominée par une tonalité élégiaque et mélancolique, l'histoire tragique de l'amour impossible entre le narrateur et la jeune Micol, destinée à disparaître avec toute sa famille dans les camps nazis, permet à Bassani de développer pleinement le thème de la mémoire, en accentuant la dimension du regret pour toutes les promesses que la vie n'a pas tenues...


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