Auteur : Aharon Appelfeld
Traducteur : Valérie Zenatti
Date de saisie : 09/09/2004
Genre : Biographies, mémoires, correspondances...
Editeur : Ed. de l'Olivier, Paris, France
Prix : 19.00 € / 124.63 F
ISBN : 978-2-87929-439-1
GENCOD : 9782879294391
C'est un livre que je rêve de lire à voix haute, lentement, pour les gens que j'aime et les autres, ceux que je ne connais pas mais qui pourraient être des amis, parce qu'ils seraient traversés de la même façon que moi par ce texte.
Aharon Appelfeld m'a murmuré que la vie est terrifiante, mais que la douceur et la grâce peuvent se trouver dans les lieux les plus improbables, tels les éclats d'une lumière originelle et éternelle. Partout, y compris sur le quai d'une gare de déportation, dans le geste d'une femme pour coiffer un enfant qui n'est pas le sien.
Il m'a révélé que les mots ne contenaient pas le monde, qu'ils étaient trop pauvres, trop étroits, trop approximatifs pour décrire la palette des sentiments qui nous étreignent. Et pourtant, c'est dans la recherche du mot juste, du mot précis, honnête, modeste, que peut se trouver l'apaisement qui naît de la tension entre l'amour et la peur de la perte.
Aharon Appelfeld m'a appris que nos questions d'enfant (Dieu, la mort, le mystère de notre naissance) ne nous quittent pas et que seule la quête de nos origines peut nous faire avancer, de quelques pas.
Il m'a dit tout cela en hébreu. Mon bonheur et ma fierté ont été de pouvoir lui offrir mes mots, en français. Pour partager avec d'autres la langue et les silences d'un immense écrivain.
Valérie Zenatti, traductrice de l'ouvrage.
Aharon Appelfeld a dix ans lorsqu'il s'évade du camp de concentration. Il se réfugie dans la forêt, survit grâce aux marginaux - voleurs, vagabonds, prostituées - qui le protègent. Nous sommes en Roumanie, à la frontière de l'Ukraine, en 1942.
À la fin de la guerre, après plusieurs années d'errance, Aharon Appelfeld s'embarque pour la Palestine. Sa solitude est totale, son désarroi absolu. Quelques grands aînés lui ouvrent le chemin. Grâce à Gershom Scholem, il comprend qu'il est porteur d'un héritage, celui du judaïsme européen, et que son refus équivaudrait à un suicide. Grâce à Max Brod, il découvre Kafka : une écriture sèche, débarrassée du «kitsch allemand» ; et surtout une description rigoureuse de ce qu'il a vécu, lui, pendant la guerre, et qu'il ne peut formuler avec des mots.
Aharon Appelfeld deviendra l'un des plus grands écrivains juifs de notre temps. Pourtant, il récuse avec énergie le statut d'«écrivain de la Shoah» dont on a voulu l'affubler. Il n'a jamais voulu être un chroniqueur. Il lui a fallu en effet se forger une langue et créer un monde bien à lui pour accéder à la vérité intérieure qui est l'objet même de sa recherche. Une langue péniblement arrachée au silence, puis au bégaiement, nourrie du yiddish qu'il apprend tardivement - cette «langue sacrée» que parlaient ses grands-parents, et qu'il n'avait pas le droit d'utiliser à la maison, lorsqu'il était enfant.
Commander ce livre sur Fnac.com
Huit ans seulement : huit ans d'enfance dans une vie d'homme. Né en 1932 à Czernowitz, cette ancienne garnison militaire ottomane où, pour paraphraser l'énigme du sphinx, on était russe le matin, autrichien à midi, ukrainien le soir, Aharon Appelfeld, jeté si jeune dans le chaos de la guerre, aime à se souvenir des joies simples qu'il n'allait plus connaître : écouter les violonistes tsiganes qui, de maison en maison, jouaient pour quelques sous des mélodies belles à crier, goûter aux fraises que le père d'Aharon avait achetées dans la rue à une jeune Ruthène qui portait, «telle une couronne rouge», un panier de fruits sur la tête. «J'ai grandi dans une famille juive complètement assimilée, explique Appelfeld. Mes parents se considéraient comme des Européens. C'est l'Holocauste qui a fait de moi un juif. C'est l'Holocauste qui m'a fait prendre conscience du mystère de ma judéité.» Voici la guerre. Appelfeld, 8 ans, perd ses parents. S'il ne voit pas sa mère mourir, il entend «son seul et unique cri». Prisonnier dans le ghetto, puis dans un camp, il parvient à s'enfuir. Il a 10 ans quand il se retrouve à errer, seul, en pleine forêt ukrainienne. Instants de terreur que le temps n'a pas effacés... il parle peu, nomme juste, conjugue parcimonieusement. «J'aime quand le non-dit est plus important que le dit, explique-t-il. La Bible est un modèle à cet égard. La narration biblique est une narration silencieuse.»... Grande douceur d'une foi en l'homme, envers et contre l'homme, dont son récit, «Histoire d'une vie», est comme le livre de messe.
Copyright : Studio 108 2004-2008 - Informations légales - Vous êtes éditeur ?
Programmation : Olf Software - Infographie, XHTML/CSS : Gravelet Multimédia - Graphisme : Richard Paoli