Auteur : Alain Defossé
Date de saisie : 28/08/2006
Genre : Romans et nouvelles - français
Editeur : Ed. du Panama, Paris, France
Prix : 14.00 € / 91.83 F
ISBN : 978-2-7557-0123-4
GENCOD : 9782755701234
Lisbonne, la ville blanche aux sept collines et aux ruelles étroites, maternelle et possessive. Gilles y promène sa mélancolie du port à la pension de famille où il habite. Il s'est exilé là, hors de la vie, dans le deuil définitif de Diane, son amour quitté. Il n'attend rien, n'espère qu'une chose : anesthésier la douleur, s'oublier dans l'emprisonnement de cette vie trop douce.
Jusqu'à la rencontre avec Luisa et son frère, Romao. En se confiant à elle, à eux, l'homme se redécouvre encore capable de parler à quelqu'un de ce dont il ne se parlait qu'à lui-même : Diane, cet amour perdu. Il dit la perte, l'erreur, l'errance. Des liens étranges se tissent peu à peu avec le frère et la soeur, une amitié ambiguë qui, presque malgré lui, l'inscrit de nouveau parmi les vivants. Une autre existence pourrait commencer. Mais il n'y a pas de paroles sans effet : contre toute raison, c'est le passé que Luisa décidera de ressusciter.
Une langue, un style, un rythme, à l'image des errances intérieures de Gilles.
Alain Defossé est né à Nantes en 1957 et a collaboré à diverses revues littéraires. Auteur de quatre romans (Les Fourmis d'Anvers, Salvy, 1991 - Retour à la ville, Salvy, 1995 - Dimanche au Mont Valérien, Joca Seria, 2000 - Dans la douceur du soir, PARC, 2004), il a également traduit une soixantaine d'ouvrages de littérature anglaise et américaine, notamment American Psycho de Bret Easton Ellis, et des romans de John King, Irvine Welsh, Joseph Connolly, Sarah Waters...
Il va, il marche sous les arbres mauves. C'est le mois de mai, la ville gronde. Il foule aux pieds les fleurs, les clochettes tombées des arbres sans feuille encore, à peine fripées, à peine mortes. Leur parfum monte vers lui comme une vapeur, comme une bénédiction à l'envers. Les arbres aux fleurs mauves s'appellent des paulownias - il l'a su longtemps après. Voilà, l'homme marche sous les paulownias, la ville chaude succombe au mois de mai. Il n'erre pas. Il ne se perdra pas. Il marche c'est tout. Regarde sur le sol l'ombre qui le précède et qui est lui, confiant en cette silhouette qui s'émiette sur les petits pavés blancs, se rompt, se fracture au bas des murs, sur la chaussée quand le trottoir se rétrécit, et qui se réunit en un seul homme. Il envie cette aisance.
L'ombre plus obscure, massive, rectiligne, qui absorbe la sienne, lui apprend qu'il vient de passer sous l'arche de pierre. Il s'arrête devant une maison, haute derrière le portail fermé. Il lève les yeux vers le minuscule balcon vitré, délicat comme un sourire triste accroché à la façade. Il y a là juste place pour une table à thé, une plante verte, un oiseau en cage. Le balcon est, comme toujours, désert.
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